Moyen Âge
Bataille du Bach Dang
En 938, Ngô Quyền tend une embuscade géniale à la flotte chinoise du Bach Dang en plantant des pieux ferrés sous la surface de l'eau. La marée montante cache les pieux, la marée descendante les révèle et embroche les jonques chinoises. Le Viêt Nam gagne son indépendance après mille ans de domination.
Forces en Présence
Forces vietnamiennes (Viet)
Commandant : Ngô Quyền
Flotte de la Dynastie Han du Sud
Commandant : Liu Hongcao, fils du roi de Han du Sud
« Met fin à mille ans de domination chinoise sur le Viêt Nam et fonde l'indépendance vietnamienne durable. »
Contexte de la bataille de Bataille du Bach Dang
Le Viêt Nam — alors appelé Annam ou Giao Chỉ — est sous domination chinoise depuis l'an 111 av. J.-C., soit depuis plus de mille ans au moment des événements de 938. Cette domination a connu des interruptions et des révoltes, mais la culture, l'administration et la langue chinoise ont profondément imprégné la société vietnamienne tout en suscitant une résistance identitaire tenace. Les Vietnamiens ont maintenu leur langue propre, leurs coutumes et un sentiment national fort malgré des siècles d'assimilation forcée.
Au début du Xe siècle, la Chine traverse une période de chaos connue sous le nom des Cinq Dynasties et Dix Royaumes (907–960). La puissance centrale s'effrite, les provinces se rebellent, et les États périphériques saisissent l'occasion de se détacher. En Annam, le gouverneur Khúc Thừa Dụ prend le contrôle effectif du territoire en 905, initiant un mouvement d'autonomisation progressive. Son successeur Dương Đình Nghệ est assassiné en 937 par Kiều Công Tiễn, un traître qui appelle les Han du Sud à l'aide pour légitimer son coup d'État.
Ngô Quyền, gendre de Dương Đình Nghệ et chef militaire talentueux, se soulève pour venger son beau-père. Il marche sur le nord du pays, tue Kiều Công Tiễn, et se prépare à affronter la flotte que le roi des Han du Sud envoie pour rétablir son autorité. La flotte remonte le fleuve Bach Dang, voie d'accès traditionnelle aux plaines du nord du Viêt Nam. Ngô Quyền connaît ce fleuve et ses marées : il va en faire l'arme de sa victoire.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Ngô Quyền met au point un stratagème d'une ingéniosité remarquable. Il fait planter dans le lit du fleuve Bach Dang — une rivière soumise à de fortes marées — des centaines, peut-être des milliers de pieux en bois dont les pointes sont ferrées. Ces pieux sont enfoncés à une profondeur calculée : lors de la marée haute, leur sommet est immergé sous l'eau et invisible depuis la surface. Lors de la marée basse, ils affleurent et rendent le fleuve infranchissable.
La tactique est simple dans son concept, diabolique dans son exécution : attirer la flotte chinoise à marée haute dans un tronçon du fleuve hérissé de pieux, puis l'engager et la retenir jusqu'à la marée basse, moment où les pieux émergent et éventrent les coques des jonques.
Des jonques légères vietnamiennes engagent la flotte chinoise à marée haute, feintant le combat puis retraitant vers l'intérieur du fleuve — simulation de débandade pour attirer l'ennemi plus profondément dans le piège. Liu Hongcao, confiant dans la supériorité de sa flotte, s'engage sans méfiance. Ses jonques lourdes, chargées de soldats, pénètrent dans la zone piégée.
Puis la marée tourne. L'eau commence à baisser. Les pieux émergent progressivement. Les coques des jonques chinoises heurtent les pointes ferrées, s'éventrent, s'inclinent. Les soldats lourdement armés coulent. La flotte en panique tente de rebrousser chemin, mais les jonques vietnamiennes, revenues en force, attaquent depuis l'aval. Liu Hongcao lui-même est tué dans la déroute. La flotte des Han du Sud est anéantie. Il n'y aura pas de deuxième expédition.
Les conséquences historiques
La victoire du Bach Dang est l'acte fondateur de l'indépendance vietnamienne durable. Ngô Quyền ne se contente pas de sa victoire militaire : il se proclame roi, établit sa capitale à Cổ Loa et fonde la première entité étatique vietnamienne indépendante depuis l'Antiquité. Pour la première fois depuis mille ans, le Viêt Nam dispose d'un souverain qui n'est pas tributaire de la Chine.
L'indépendance sera certes fragile dans les décennies suivantes — une période de chaos interne suit la mort de Ngô Quyền en 944 — mais le principe est établi : le Viêt Nam est capable de vaincre militairement la puissance chinoise. Cette conviction fonde une résistance identitaire qui perdurera pendant toute l'histoire du pays face aux tentatives chinoises de reconquête (1076, 1285, 1288, 1427) et plus tard face aux puissances coloniales occidentales.
La bataille du Bach Dang est commémorée comme l'événement fondateur de la nation vietnamienne. Ngô Quyền est vénéré comme un héros national. Le stratagème des pieux sera réutilisé avec succès par les Vietnamiens contre les Mongols en 1288, lors d'une deuxième bataille du Bach Dang tout aussi décisive. Cette bataille est l'exemple le plus célèbre de la stratégie vietnamienne traditionnelle : compenser l'infériorité numérique par l'intelligence du terrain et la connaissance de l'environnement naturel.
Le saviez-vous ?
La stratégie des pieux de Ngô Quyền au Bach Dang fut si efficace qu'elle fut réutilisée mot pour mot 350 ans plus tard, en 1288, contre la flotte mongole de Kubilaï Khan. Le général vietnamien Trần Hưng Đạo, confronté à une flotte mongole remontant le même fleuve, replanta les mêmes pieux ferrés dans le même cours d'eau. Résultat identique : la flotte mongole fut détruite, ses amiraux tués ou capturés, et l'invasion mongole du Viêt Nam définitivement stoppée.
Le Bach Dang est ainsi le seul fleuve de l'histoire à avoir servi deux fois le même piège contre deux envahisseurs différents à trois siècles d'intervalle. Les deux batailles sont commémorées ensemble dans la mémoire nationale vietnamienne comme les deux grandes victoires fondatrices de la résistance contre la domination étrangère.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Comment Ngô Quyền a-t-il vaincu la flotte chinoise au Bach Dang ?
Ngô Quyền utilisa un stratagème brillant tirant parti des marées du fleuve Bach Dang. Il fit planter des centaines de pieux en bois aux pointes ferrées dans le lit du fleuve, à une profondeur calculée pour qu'ils soient immergés à marée haute et émergent à marée basse. Il attira la flotte des Han du Sud dans la zone piégée à marée haute avec des jonques légères simulant une retraite. Quand la marée descendit, les pieux éventrèrent les coques des jonques chinoises. Les forces vietnamiennes attaquèrent alors les navires immobilisés. Liu Hongcao, commandant la flotte, fut tué.
Pourquoi la bataille du Bach Dang de 938 est-elle fondamentale pour l'histoire du Viêt Nam ?
La bataille du Bach Dang de 938 est considérée comme l'acte fondateur de l'indépendance vietnamienne. Le Viêt Nam était sous domination chinoise depuis l'an 111 av. J.-C. — soit plus de mille ans. La victoire de Ngô Quyền mit fin à cette domination de manière durable : bien que l'indépendance formelle prit encore quelques décennies à se consolider, jamais la Chine ne parvint à reconquérir le Viêt Nam durablement après 938. Ngô Quyền est vénéré comme héros national au même titre que les sœurs Trưng qui s'opposèrent à Rome — pardon, à la Chine — au Ier siècle.
Y a-t-il eu d'autres batailles au Bach Dang dans l'histoire vietnamienne ?
Oui. La bataille du Bach Dang de 938 contre les Han du Sud est la première et la plus connue, mais une deuxième eut lieu en 1288, cette fois contre la flotte mongole de Kubilaï Khan. Le général Trần Hưng Đạo utilisa exactement le même stratagème — pieux ferrés plantés dans le lit du fleuve à profondeur calculée selon la marée — et remporta une victoire tout aussi décisive, repoussant définitivement la troisième tentative mongole d'invasion du Viêt Nam. Ces deux batailles illustrent la continuité de la stratégie militaire vietnamienne : user l'envahisseur plus fort en exploitant le terrain et l'environnement naturel.