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Antiquité

Bataille du Granique

Mai 334 av. J.-C.·Rive du Granique (rivière Biga), Anatolie

En mai 334 av. J.-C., Alexandre le Grand traverse l'Hellespont avec 36 000 hommes. Sur la rivière Granique, en Anatolie, il défait les satrapes perses qui défendaient l'entrée de l'Asie Mineure. Il manque mourir trois fois sous les coups, sauvé in extremis par Cleitos le Noir.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Royaume de Macédoine et Ligue de Corinthe

Commandant : Alexandre le Grand, Parménion

Effectifs36 000 fantassins, 6 000 cavaliers
Pertes300 à 1 000 morts

Empire perse achéménide (satrapes anatoliens)

Commandant : Spithridate, Arsamès, Memnon de Rhodes

Effectifs20 000 cavaliers, 20 000 mercenaires grecs hoplites
Pertes14 000 morts (mercenaires grecs massacrés), 1 000 cavaliers
Effectifs & Pertes
Royaume de Macédoine et Ligue de Corinthe(vainqueur)Empire perse achéménide (satrapes anatoliens)(vaincu)
09k18k27k36k00EFFECTIFS00PERTES3%des effectifs75%des effectifs

« Première grande victoire d'Alexandre le Grand en Asie, qui ouvre la conquête de l'Empire perse. »

Publié le 2 mai 2026

02 — Chapitre

Contexte

Au printemps 334 av. J.-C., Alexandre le Grand a 22 ans. Roi de Macédoine depuis deux ans seulement, il vient d'unifier le monde grec sous son hégémonie après les troubles consécutifs à l'assassinat de son père Philippe II en 336. Maintenant, il accomplit la mission que son père préparait depuis dix ans : envahir l'Empire perse achéménide, le plus vaste empire jamais connu, qui s'étend de la Méditerranée à l'Indus.

Le prétexte officiel est la vengeance des Grecs : 150 ans plus tôt, Xerxès Ier avait envahi la Grèce, brûlé Athènes, massacré aux Thermopyles. Plus profondément, l'enjeu est économique. La Macédoine, royaume guerrier sans grande richesse, vise les revenus colossaux des satrapies perses. Et politiquement, Alexandre cherche à éliminer la menace perse qui finance les opposants grecs depuis un siècle.

Alexandre traverse l'Hellespont en mai 334 avec une armée de 36 000 fantassins, 6 000 cavaliers, et un convoi logistique impressionnant : ingénieurs, médecins, géographes, philosophes (Callisthène, neveu d'Aristote, suit la campagne). Aristote lui-même, son ancien précepteur, lui a transmis les Ephémérides Royales : recueils des leçons des grandes batailles passées. Alexandre est obsédé par Achille, dont il prétend descendre par sa mère Olympias. À Troie, il dépose une couronne sur le tombeau du héros homérique.

Face à lui, l'Empire achéménide est une machine essoufflée. Darius III, monté sur le trône en 336, est un compromis politique entre satrapes locaux. Il sous-estime le danger macédonien. Memnon de Rhodes, chef mercenaire grec au service des Perses et seul stratège lucide, propose la "stratégie scyphe" : retraite, terre brûlée, harcèlement. Mais les satrapes anatoliens (Spithridate, Arsamès, Mithridate) refusent cet effacement humiliant. Ils décident d'engager le combat sur la rivière Granique, à la frontière de leur territoire.

03 — Chapitre

Déroulement

La rivière Granique (le Biga moderne) est étroite, profonde, aux berges abruptes. C'est un obstacle défensif majeur. Les Perses se déploient sur la rive orientale, en hauteur. La cavalerie satrapique forme la première ligne sur 5 kilomètres. Derrière, les hoplites mercenaires grecs de Memnon (15 000 hommes) constituent la réserve. La position est forte.

Alexandre arrive sur la rive ouest en milieu d'après-midi. Parménion, son général en chef et conseiller (le seul vétéran de Philippe II encore actif), conseille de camper et d'attaquer au matin. Alexandre refuse : "Ce serait honteux pour l'Hellespont, après avoir traversé pour combattre les Perses, de craindre le Granique". Il ordonne l'attaque immédiate.

Le déploiement macédonien est classique : phalange au centre commandée par Parménion, Compagnons (cavalerie d'élite) à droite avec Alexandre, cavalerie thessalienne à gauche. La phalange macédonienne, armée de la sarisse (lance de 6 mètres), est l'innovation tactique de Philippe II. Aucune cavalerie au monde ne charge avec succès contre une phalange en ordre serré.

L'attaque commence par un mouvement diversionnaire de la cavalerie thessalienne sur la gauche. Pendant que les Perses reportent leur attention vers ce flanc, Alexandre lance ses Compagnons en charge oblique sur la rive est. Le franchissement du fleuve sous une pluie de javelots perses est le moment le plus périlleux. Alexandre, en tête, est reconnaissable à son casque blanc à plumes blanches. Plusieurs satrapes (Mithridate, Roesakès) se précipitent vers lui pour l'abattre et terminer la guerre d'un coup.

Mithridate frappe Alexandre d'un coup de lance qui brise sa cuirasse. Le roi tombe presque. Roesakès lui assène un coup de hache qui fend son casque sans toucher la tête. Alexandre se redresse, abat Roesakès. Spithridate, arrivant par derrière, lève sa cimeterre. C'est Cleitos le Noir, frère de la nourrice d'Alexandre, qui sauve son roi en tranchant le bras de Spithridate au moment où celui-ci frappe. Cet épisode, rapporté par Arrien et Plutarque, est l'un des plus célèbres de la vie d'Alexandre.

Une fois la rive franchie, la cavalerie macédonienne déborde la cavalerie perse. Sans cohésion, les satrapes s'enfuient un par un. Le centre macédonien franchit alors le fleuve sans résistance. Reste les mercenaires grecs de Memnon, abandonnés par leurs employeurs perses. Memnon refuse la reddition. Alexandre, furieux qu'ils aient combattu pour les "barbares", les fait charger sur les quatre côtés. 14 000 hoplites sont massacrés. Seuls 2 000 sont épargnés et envoyés aux travaux forcés en Macédoine. Geste cruel, qui découle d'un calcul stratégique froid : terroriser les autres mercenaires grecs au service de l'Empire perse pour les dissuader de continuer.

04 — Chapitre

Conséquences

Le Granique ouvre l'Asie Mineure à Alexandre. La Lydie, la Carie, la Lycie, la Pamphylie tombent en quelques mois. Sardes, capitale de la Lydie, se rend sans combat. Éphèse aussi. Halicarnasse résiste mais finit par capituler après un siège long. Memnon de Rhodes, le seul stratège perse capable de menacer Alexandre par la mer, meurt de maladie en 333 pendant le siège de Mytilène. Sa mort retire la dernière menace stratégique sur les arrières d'Alexandre.

L'année suivante, en novembre 333, Alexandre rencontre Darius III en personne à Issos. La victoire est encore plus nette. En octobre 331, Gaugamèles consacre l'écrasement définitif. Babylone, Suse, Persépolis, Ecbatane tombent successivement. Darius III, en fuite vers la Bactriane, est assassiné par son propre satrape Bessos en 330. L'Empire achéménide n'existe plus.

Le Granique est donc le pied dans la porte. Sans cette première victoire, la conquête macédonienne aurait pu s'enliser dès l'arrivée en Anatolie. Tactiquement, Alexandre y prouve trois choses : son courage personnel (il a failli mourir trois fois en quelques minutes), sa capacité à improviser sous pression, et la supériorité de la combinaison cavalerie-phalange macédonienne sur les armées perses traditionnelles.

Sur le plan symbolique, Alexandre envoie après le Granique 300 panoplies perses à Athènes pour orner le Parthénon, avec cette inscription : "Alexandre fils de Philippe et les Grecs (à l'exception des Lacédémoniens) prennent ces dépouilles aux barbares qui habitent l'Asie". Geste politique : Athènes, conquise il y a peu par Philippe II, est rappelée à son rôle dans la guerre panhellénique. Sparte, qui a refusé la coalition, est ostentatoirement exclue.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

La scène où Cleitos le Noir sauve Alexandre est l'une des plus célèbres de l'Antiquité. Selon Arrien (Anabase, I, 15), Alexandre venait d'abattre Mithridate, gendre de Darius III, quand Roesakès lui assena un coup de hache qui fendit son casque sans le tuer. Le casque blanc à plumes, devenu icône, était sauvé par sa qualité d'orfèvrerie. Au même moment, Spithridate, satrape de Lydie, s'apprête à frapper Alexandre par derrière. Cleitos, qui chevauche à côté de son roi (frère de Lanikè, la nourrice du jeune Alexandre), tranche d'un seul coup l'épaule droite de Spithridate au moment précis où celui-ci abaisse sa cimeterre. Quinze ans plus tard, en 328 av. J.-C., dans un banquet à Maracanda (Samarcande), Alexandre, ivre, transpercera ce même Cleitos d'une lance lors d'une dispute sur l'orientalisation du roi. Il pleurera sur son corps pendant trois jours.

Généraux impliqués

Royaume de Macédoine et Ligue de Corinthe :
Empire perse achéménide (satrapes anatoliens) :
SpithridateArsamèsMemnon de Rhodes

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi la bataille du Granique est-elle importante ?

Le Granique (mai 334 av. J.-C.) est la première grande victoire d'Alexandre le Grand contre l'Empire perse achéménide. Sans cette première victoire, la conquête macédonienne aurait pu s'enliser dès l'arrivée en Anatolie. La victoire ouvre la Lydie, la Carie, la Lycie à Alexandre, qui prend Sardes, Éphèse et Halicarnasse en quelques mois. Tactiquement, elle valide la combinaison phalange macédonienne plus cavalerie des Compagnons. Symboliquement, elle inaugure la conquête asiatique du jeune roi de 22 ans, qui se conclura sept ans plus tard avec la mort de Darius III et l'effondrement complet de l'Empire perse.

Qui a sauvé la vie d'Alexandre au Granique ?

Cleitos le Noir, frère de Lanikè (la nourrice macédonienne d'Alexandre depuis l'enfance) et l'un des Compagnons (cavalerie d'élite), sauve Alexandre au moment décisif. Selon Arrien (Anabase, I, 15), pendant la mêlée sur la rive du Granique, Spithridate, satrape de Lydie, s'apprête à frapper Alexandre par derrière avec sa cimeterre. Cleitos tranche d'un seul coup d'épée l'épaule droite de Spithridate au moment précis où celui-ci abaisse son arme. Alexandre, qui venait d'être étourdi par un coup de hache de Roesakès, ne réalisera l'événement qu'après le combat. Quinze ans plus tard, en 328 av. J.-C., Alexandre tuera ce même Cleitos lors d'une dispute en banquet à Maracanda. Il pleurera sur son corps pendant trois jours.

Combien d'hommes Alexandre commandait-il au Granique ?

Selon Arrien et Diodore, Alexandre disposait de 36 000 fantassins et 6 000 cavaliers à son passage de l'Hellespont. Au Granique, ses forces engagées étaient légèrement inférieures (les troupes thraces et grecques rejoignaient progressivement). Face à lui, l'armée perse satrapique comptait environ 40 000 hommes : 20 000 cavaliers et 20 000 mercenaires grecs hoplites de Memnon de Rhodes. La supériorité numérique perse était donc minime, voire nulle. La différence se fit sur la qualité tactique : la cavalerie des Compagnons macédoniens, équipée de lances longues (xystoi) et entraînée à la charge concentrée, brisa la cavalerie perse en ordre dispersé.