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Ère Contemporaine

Bataille de Bapaume

2–3 janvier 1871·Bapaume, Pas-de-Calais

La bataille de Bapaume, livrée les 2 et 3 janvier 1871 dans le Pas-de-Calais, est l'une des rares victoires tactiques de l'armée française sous la République. Le général Louis Faidherbe, à la tête de l'Armée du Nord, repousse les Prussiens de Goeben sur le village de Bapaume après deux jours de combats acharnés. Mais à court de munitions, il doit décrocher vers Arras le 3 janvier au soir. Les Allemands récupèrent le terrain. Victoire perdue faute de cartouches.

Forces en Présence

Armée du Nord (France)

Commandant : Général Louis Faidherbe

Effectifs43 000 hommes
Pertes2 100 tués ou blessés, 430 prisonniers
✓ Vainqueur

Ire Armée (Prusse)

Commandant : Général August von Goeben

Effectifs25 000 hommes
Pertes750 tués ou blessés, 300 prisonniers
Effectifs & Pertes
Armée du Nord (France)Ire Armée (Prusse)
011k22k32k43k00EFFECTIFS00PERTES6%des effectifs4%des effectifs

« Rare succès tactique de la guerre républicaine. Faidherbe surclasse Goeben mais doit décrocher faute de munitions. Symbole du retard industriel français. »

Publié le 19 avril 2026

02 — Chapitre

Contexte

À la fin de décembre 1870, la situation française est désespérée. Paris est assiégé depuis trois mois, l'armée de la Loire vient de perdre Orléans après la défaite de Loigny (2 décembre 1870), le siège de Metz s'est soldé par la capitulation de Bazaine (27 octobre). Gambetta, depuis Bordeaux, tente de maintenir l'effort militaire avec les trois armées improvisées qu'il a levées : l'armée de la Loire, l'armée de l'Est et l'armée du Nord. Cette dernière, la plus récente, est commandée depuis décembre par le général Louis Faidherbe, officier du génie connu pour ses campagnes coloniales au Sénégal.

Faidherbe hérite d'une armée hétéroclite : débris de corps d'armée régulier, régiments improvisés à partir de gardes mobiles, marsouins du corps de l'infanterie de marine, quelques bataillons de chasseurs à pied. Il en fait rapidement une force combative. En trois semaines, il remporte le combat de Pont-Noyelles (23 décembre 1870), repousse les Prussiens au nord de la Somme, et organise une armée de 43 000 hommes autour d'Arras et de Cambrai. Son plan : descendre sur Amiens, puis marcher vers Paris pour tenter de briser le siège de la capitale.

Face à lui, le général Edwin von Manteuffel, qui commande la Ire armée allemande, dispose d'environ 60 000 hommes répartis entre la Normandie et le Pas-de-Calais. Mais seule une fraction de ses forces, sous le général August von Goeben, peut être concentrée rapidement autour de Bapaume pour bloquer Faidherbe. Le rapport de forces, contrairement aux batailles précédentes de la guerre républicaine, n'est pas écrasant : environ 25 000 Prussiens engagés contre 43 000 Français. Pour la première fois depuis Frœschwiller, une armée française a la supériorité numérique sur un champ de bataille face aux Prussiens.

03 — Chapitre

Déroulement

Le 2 janvier 1871 au matin, Faidherbe lance son offensive vers le sud-est, en direction d'Amiens, par deux colonnes. La colonne de gauche, sous le général Robin, marche sur Béhagnies. La colonne de droite, sous Paulze d'Ivoy, attaque Sapignies. Goeben, qui occupe Bapaume avec la 15e division et une partie de la 16e, déploie ses troupes en arc de cercle au nord du village et attend le choc.

Dès dix heures du matin, l'artillerie française, forte de 90 pièces, ouvre un feu soutenu sur les positions allemandes. Les canons français, encore plus faibles que l'artillerie Krupp, sont employés pour la première fois depuis le début de la guerre en quantité supérieure à l'ennemi sur le champ de bataille. Les batteries allemandes, dispersées entre plusieurs villages, ne peuvent pas répondre efficacement. Les fantassins français, soutenus par ce tir nourri, progressent méthodiquement vers Béhagnies et Sapignies. Les combats de rue qui s'engagent tournent à l'avantage des troupes de marine, aguerries aux combats urbains par leur service colonial. À midi, Béhagnies et Sapignies sont prises, après une résistance acharnée qui coûte 400 hommes aux Prussiens.

L'après-midi, Goeben tente une contre-attaque par sa réserve, la brigade Schmidt. Elle se heurte aux chassepots français, bien approvisionnés ce jour-là, et aux mitrailleuses Reffye déployées en appui. La contre-attaque échoue. Les Prussiens reculent sur Bapaume même, dont ils organisent la défense à la tombée du jour. Faidherbe ordonne l'arrêt des opérations et la reprise le lendemain matin.

Le 3 janvier, les combats redémarrent à l'aube avec de nouveaux assauts français sur Bapaume. Les batailles de rue dans les vergers et les fermes au nord-est du village sont particulièrement sanglantes. La 15e division prussienne, en position de faiblesse, tient difficilement. Vers midi, un bataillon de chasseurs français parvient à percer jusqu'aux premières maisons du bourg. À ce moment décisif, Faidherbe reçoit un rapport accablant : les réserves de munitions d'artillerie sont épuisées. Ses canons ne pourront tirer que quinze minutes de plus. Les cartouches chassepot sont à peine suffisantes pour une nouvelle journée de combat. Sans ravitaillement, l'armée du Nord sera désarmée dans vingt-quatre heures.

Faidherbe est face à un choix impossible. Poursuivre l'assaut alors que ses munitions s'épuisent, c'est risquer une contre-attaque allemande qui transformera la victoire en déroute. Décrocher maintenant, c'est abandonner un succès tactique indéniable. Il choisit la prudence. À dix-huit heures, il ordonne le repli général sur Arras. Les Français se retirent en bon ordre, pendant que les Allemands, épuisés eux aussi, n'osent pas les poursuivre. Le champ de bataille reste aux Prussiens par défaut. Les pertes finales : 2 100 Français hors de combat, 1 050 Allemands.

04 — Chapitre

Conséquences

Tactiquement, Bapaume est l'une des rares victoires françaises de la guerre républicaine. Faidherbe a tenu le terrain, infligé des pertes plus lourdes à l'ennemi, forcé les Prussiens à reculer sur Bapaume. Mais le repli stratégique sur Arras annule la victoire. Les Allemands, restés maîtres du champ, reprennent leurs positions en quelques jours. La marche sur Amiens, puis sur Paris, devient impossible.

Sur le plan politique, Bapaume est exploitée par le gouvernement de Défense nationale comme une victoire pour maintenir le moral. Gambetta télégraphie de Bordeaux : "L'armée du Nord a vaincu les Prussiens à Bapaume." Les journaux républicains s'emparent de la formule. Mais sur le terrain, les officiers français savent que le manque de munitions a neutralisé leur effort. Le général Robin, qui commandait la colonne de gauche, confie au colonel Freycinet : "Nous avons gagné une bataille que nous avons perdue faute de cartouches." La formule résume la tragédie logistique de la France de 1870-1871.

Faidherbe reste un général respecté. Contrairement à Bazaine, il incarne l'officier républicain loyal et compétent. Il commandera encore à Saint-Quentin le 19 janvier 1871, autre défaite honorable face à Goeben, avant la signature de l'armistice. Sa carrière se poursuivra comme gouverneur du Sénégal après la guerre, où il achèvera la conquête de la vallée du fleuve. Il deviendra sénateur inamovible sous la IIIe République et sera enterré à l'Arc de Triomphe en 1889.

Pour l'historiographie, Bapaume devient le symbole de ce qu'aurait pu être la guerre si la France avait disposé des moyens logistiques allemands. Les armées improvisées de Gambetta, avec des officiers comme Faidherbe, pouvaient affronter les Prussiens. Il leur manquait seulement quarante ans de retard industriel à rattraper.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Le soir du 3 janvier 1871, après l'ordre de repli, le général Faidherbe se retire dans son quartier général installé dans une ferme d'Ervillers. Il écrit cette nuit-là, à la lueur d'une bougie, une lettre confidentielle à Gambetta. Le texte, conservé aux archives du ministère de la Guerre, contient cette phrase lourde : "Si l'on m'avait envoyé une seule journée de munitions supplémentaires, je dormirais ce soir dans Bapaume. Nous n'avons pas perdu, monsieur le ministre. Nous n'avons pas eu les moyens de gagner." Gambetta ne répond pas. Il sait que les usines d'armement, dispersées entre Tours, Bordeaux et Nevers, ne peuvent plus fournir les fronts. La République se bat avec du courage et des armes qui s'épuisent. Faidherbe l'a compris. Il commandera encore, mais sans espoir.

Généraux impliqués

Armée du Nord (France) :
Général Louis Faidherbe
Ire Armée (Prusse) :
Général August von Goeben

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Fait partie de

Guerre franco-prussienne

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Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

La bataille de Bapaume fut-elle une victoire française ?

Bapaume fut tactiquement une victoire française : Faidherbe infligea aux Prussiens de Goeben des pertes inférieures aux siennes en chiffres absolus (1 050 Allemands contre 2 100 Français), mais dans un rapport au nombre engagé plus favorable à la France. Il repoussa les Allemands sur le village de Bapaume même et resta maître du terrain à la fin du 2 janvier 1871. Stratégiquement, la défaite vient du manque de munitions qui le força à décrocher le 3 janvier. Le gouvernement républicain l'exploita comme victoire. Les officiers sur le terrain savaient qu'ils avaient perdu faute de cartouches.

Qui était le général Faidherbe ?

Louis Léon César Faidherbe, né en 1818 à Lille, est un officier du génie devenu célèbre pendant sa carrière coloniale au Sénégal, où il fut gouverneur de 1854 à 1865. Il acheva la conquête de la vallée du fleuve et développa Saint-Louis et Dakar. Rentré en France fin 1870 après une maladie, il prit le commandement de l'Armée du Nord sur ordre de Gambetta. En cinq semaines, il mena trois batailles (Pont-Noyelles, Bapaume, Saint-Quentin), toutes confuses mais honorables. Après la guerre, il retourna au Sénégal, fut élu sénateur inamovible de la IIIe République et mourut en 1889.

Pourquoi l'Armée du Nord manqua-t-elle de munitions ?

Les usines d'armement françaises, concentrées avant la guerre autour de Paris (Saint-Étienne, Le Creusot, Châtellerault), furent coupées du gouvernement de Défense nationale quand la capitale fut assiégée en septembre 1870. Gambetta dut improviser des ateliers dispersés entre Tours, Bordeaux, Nevers et Angers pour fabriquer cartouches chassepot et obus d'artillerie. La production mensuelle, environ 12 millions de cartouches en novembre 1870, passa à 8 millions en janvier 1871, insuffisante pour nourrir les trois armées républicaines (Loire, Nord, Est). Les fronts manquaient chroniquement. À Bapaume, Faidherbe épuisa ses réserves en deux jours de combat intensif.

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