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Ère Contemporaine

Bataille de Loigny

2 décembre 1870·Loigny-la-Bataille, Eure-et-Loir, Beauce

Le 2 décembre 1870, l'Armée de la Loire tente de reprendre Orléans pour ouvrir la route de Paris assiégé. À Loigny, dans la plaine de Beauce, les troupes françaises improvisées se heurtent à des Prussiens aguerris. Malgré le sacrifice des zouaves pontificaux et des volontaires de l'Ouest, la ligne française s'effondre. Orléans tombe le lendemain.

Forces en Présence

Armée de la Loire (France)

Commandant : Général Antoine Chanzy

Effectifs90 000 hommes
Pertes5 000 à 6 000 tués et blessés
✓ Vainqueur

Armée prussienne

Commandant : Grand-duc Frédéric-François II de Mecklembourg

Effectifs34 000 hommes
Pertes2 500 à 3 000 tués et blessés
Effectifs & Pertes
Armée de la Loire (France)Armée prussienne
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« Échec de la tentative française de libérer Orléans et de marcher sur Paris assiégé, Loigny brise l'élan de l'Armée de la Loire et scelle le sort de la guerre franco-prussienne en province. »

02 — Chapitre

Contexte

La France vit le pire automne de son histoire moderne. Sedan a emporté l'Empereur, Mac-Mahon et 100 000 hommes le 2 septembre 1870. Paris est assiégé depuis le 19 septembre. La IIIe République, proclamée le 4 septembre, lutte pour sa survie. Léon Gambetta, ministre de l'Intérieur du gouvernement de la Défense nationale, quitte Paris en ballon le 7 octobre pour organiser la résistance depuis Tours. Sa mission : lever des armées en province et briser le siège prussien.

L'énergie de Gambetta est prodigieuse. En deux mois, il mobilise, arme et équipe près de 600 000 hommes. Les cadres manquent cruellement : officiers de réserve inexpérimentés, sous-officiers tirés de la garde nationale mobile, soldats qui n'ont jamais tenu un fusil avant octobre. L'Armée de la Loire, confiée au général de la Motte-Rouge puis à Aurelle de Paladines, rassemble les meilleures de ces troupes improvisées.

Le 9 novembre 1870, l'Armée de la Loire remporte à Coulmiers la seule vraie victoire française de la guerre : Orléans est reprise aux Bavarois. La France exulte. Gambetta croit pouvoir marcher sur Paris. L'espoir renaît dans un pays qui n'espérait plus rien.

Mais la réalité militaire est cruelle. Les troupes françaises sont mal entraînées, mal équipées pour l'hiver qui s'installe, mal coordonnées entre elles. Les Prussiens, eux, disposent de soldats professionnels, d'une artillerie supérieure et du réseau ferroviaire pour concentrer rapidement leurs forces. Le prince Frédéric-Charles reçoit l'ordre de reprendre Orléans avec des renforts considérables.

Fin novembre, l'offensive prussienne se déploie sur un large front en Beauce. L'Armée de la Loire, étirée sur 60 kilomètres de Vendôme à Gien, ne peut pas être forte partout. Le 2 décembre 1870, les deux armées se rencontrent entre Loigny et Poupry, dans la plaine ouverte de la Beauce. La date est symbolique : c'est l'anniversaire du coup d'État de Napoléon III (1851) et d'Austerlitz (1805). Le destin a le sens de l'ironie.

Le terrain ne laisse aucune place à la ruse. La Beauce est une plaine agricole immense, sans relief, sans couvert. Pas de colline où s'embusquer, pas de forêt où tendre une embuscade. La bataille sera un affrontement frontal dans la boue gelée, sous un ciel de plomb.

03 — Chapitre

Déroulement

L'aube du 2 décembre est glaciale. La plaine de Beauce disparaît sous un brouillard givrant qui réduit la visibilité à quelques centaines de mètres. Les Prussiens du grand-duc de Mecklembourg, environ 34 000 hommes bien concentrés, avancent vers Loigny et Poupry. Face à eux, les corps français sont dispersés, les communications difficiles, les ordres contradictoires.

## Les premiers engagements autour de Poupry

Les combats commencent dans la matinée par des escarmouches autour des villages de Poupry et Lumeau. L'infanterie française du 15e corps se bat avec courage dans les fermes et les hameaux, transformant chaque bâtiment en fortin improvisé. Les tirs d'artillerie prussienne pilonnent ces positions, effondrant les murs et incendiant les toits de chaume. Les soldats français, dont beaucoup combattent pour la première fois, découvrent l'horreur du feu moderne.

L'artillerie prussienne, servie par des professionnels, domine largement. Les canons Krupp en acier tirent plus vite, plus loin et plus précisément que les pièces françaises. Sous ce feu écrasant, les contre-attaques françaises s'épuisent les unes après les autres. Les villages changent de mains, mais la tendance est claire : les Prussiens progressent.

## Le sacrifice des zouaves pontificaux

En début d'après-midi, la situation française devient critique. Le centre menace de rompre. C'est alors que le général de Sonis lance la charge qui deviendra la légende de Loigny. Les zouaves pontificaux, volontaires catholiques qui avaient défendu le pape à Rome jusqu'en septembre 1870, montent à l'assaut du village de Loigny à la baïonnette, derrière leur bannière du Sacré-Cœur.

Le spectacle est à la fois héroïque et désespéré. Les zouaves avancent en terrain découvert, droit sur les positions prussiennes. Les fusils à aiguille prussiens fauchent les rangs. Le colonel de Charette, petit-neveu du chef vendéen, mène ses hommes en tête. Sonis est fauché d'une balle, sa jambe fracassée (elle sera amputée). Les volontaires de l'Ouest, Bretons et Vendéens, se joignent à la charge. Ils prennent Loigny à la baïonnette dans un assaut furieux.

## La contre-attaque prussienne et l'effondrement

La victoire est éphémère. Les Prussiens lancent une contre-attaque massive sur Loigny avec des réserves fraîches. L'artillerie concentre ses tirs sur le village reconquis. Les zouaves, décimés (ils perdent la moitié de leur effectif), ne peuvent tenir. Les renforts français promis n'arrivent pas : les routes de Beauce sont encombrées, les ordres se perdent, la nuit tombe.

À la tombée du jour, les Français reculent sur toute la ligne. Loigny, Poupry, Lumeau : tout est perdu. Les troupes françaises refluent dans le désordre vers le sud. Les blessés gisent dans la plaine gelée, abandonnés entre les lignes. Les pertes françaises atteignent 5 000 à 6 000 hommes. Les Prussiens, bien que victorieux, ont aussi souffert : 2 500 à 3 000 pertes, preuve que les Français se sont battus avec acharnement.

Le lendemain, 3 décembre, Orléans tombe pour la seconde fois. L'Armée de la Loire se scinde en deux : le 15e et le 16e corps reculent vers le sud, tandis que le 21e corps de Chanzy se replie vers l'ouest, vers Josnes puis Le Mans. Le rêve de libérer Paris par le sud est mort dans la plaine de Beauce.

04 — Chapitre

Conséquences

Loigny est bien plus qu'une défaite militaire. C'est l'effondrement d'un espoir. Depuis la victoire de Coulmiers le 9 novembre, la France croyait que les armées de province pouvaient briser le siège de Paris et renverser le cours de la guerre. Loigny prouve que ces armées improvisées, malgré le courage individuel de leurs soldats, ne peuvent pas vaincre les troupes professionnelles prussiennes en bataille rangée.

La chute d'Orléans le 3 décembre coupe l'Armée de la Loire en deux tronçons incapables de se rejoindre. Le plan de Gambetta, une marche convergente sur Paris, est ruiné. La guerre en province se poursuit pendant deux mois encore (Chanzy combattra au Mans en janvier 1871, Bourbaki échouera à l'Est), mais le résultat est écrit.

Sur le plan humain, Loigny laisse une empreinte profonde dans la mémoire catholique et royaliste française. Le sacrifice des zouaves pontificaux et des volontaires de l'Ouest est immédiatement élevé au rang de martyrologe. L'ossuaire de Loigny-la-Bataille, construit après la guerre, conserve les ossements de 1 200 soldats français. Le général de Sonis, amputé, devient une figure emblématique du catholicisme militaire ; son procès de béatification sera ouvert au XXe siècle.

Loigny illustre aussi la tragédie de la guerre de 1870 pour la France : un pays qui se bat avec un courage indéniable, mais qui ne dispose ni des cadres, ni de l'entraînement, ni de l'artillerie pour vaincre la machine militaire prussienne. Le fossé entre la bravoure individuelle et l'efficacité collective est le drame de toutes les armées improvisées de Gambetta. Les soldats de Loigny méritaient mieux que la défaite ; mais la guerre moderne ne se gagne pas seulement avec du courage.

L'après-guerre transforme Loigny en lieu de mémoire. L'église de Loigny-la-Bataille conserve des reliques de la bataille, des uniformes troués et des drapeaux déchirés. Chaque année, une cérémonie commémore le sacrifice du 2 décembre 1870. Dans une France divisée entre républicains et monarchistes, laïcs et catholiques, Loigny devient un symbole disputé : les uns y voient la preuve de l'héroïsme national, les autres le témoignage de la bravoure catholique et légitimiste.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Le général de Sonis, gravement blessé lors de la charge sur Loigny, resta toute la nuit dans la plaine gelée parmi les morts et les mourants. La température descendit à moins dix degrés. Un soldat mort lui servait d'oreiller, un autre de couverture. Il fut retrouvé le lendemain matin, vivant par miracle mais la jambe gangrenée. Le chirurgien l'amputa sans anesthésie suffisante. Sonis, qui refusa de crier, récita des prières pendant l'opération. Il survécut vingt ans encore, marchant avec une jambe de bois, et devint l'une des figures les plus vénérées du catholicisme militaire français.

Généraux impliqués

Armée de la Loire (France) :
Général Antoine Chanzy
Armée prussienne :
Grand-duc Frédéric-François II de Mecklembourg

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Fait partie de

Guerre franco-prussienne

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Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Qui étaient les zouaves pontificaux à la bataille de Loigny ?

Les zouaves pontificaux étaient des volontaires catholiques, principalement français, belges et néerlandais, qui avaient défendu les États du pape contre l'unification italienne jusqu'en septembre 1870. Quand Rome tomba, ils rentrèrent en France et s'engagèrent dans l'Armée de la Loire sous le colonel de Charette. À Loigny, ils chargèrent les positions prussiennes à la baïonnette derrière leur bannière du Sacré-Cœur. La moitié d'entre eux furent tués ou blessés. Leur sacrifice devint un symbole pour la France catholique et monarchiste.

Pourquoi la bataille de Loigny fut-elle décisive dans la guerre de 1870 ?

Loigny brisa l'élan de l'Armée de la Loire, seule force française capable de marcher sur Paris assiégé. La défaite du 2 décembre 1870 entraîna la chute d'Orléans le lendemain et la scission de l'armée en deux tronçons séparés. Le plan de Gambetta (convergence des armées de province vers Paris) devint irréalisable. La guerre continua deux mois, mais l'issue ne faisait plus de doute. Loigny prouva que les armées improvisées de la République ne pouvaient vaincre les Prussiens en bataille rangée.

Quel rôle joua Gambetta dans la défense de la France en 1870-1871 ?

Léon Gambetta quitta Paris assiégé en ballon le 7 octobre 1870 pour organiser la résistance en province depuis Tours. En deux mois, il leva, arma et équipa près de 600 000 hommes, un exploit logistique sans précédent. Il créa l'Armée de la Loire, l'Armée du Nord et l'Armée de l'Est. Malgré la victoire de Coulmiers (9 novembre), ses armées improvisées manquaient de cadres, d'entraînement et d'artillerie. Loigny, Le Mans et Héricourt scellèrent l'échec de son effort héroïque.

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