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Moyen Âge

Bataille de Bosworth

22 août 1485·Plaine de Bosworth, Leicestershire

À Bosworth, Henri Tudor débarqué du Pays de Galles affronte Richard III, roi d'Angleterre depuis deux ans. La trahison en pleine bataille des Stanley fait basculer le combat. Richard III meurt dans une charge désespérée, devenant le dernier roi anglais tué au combat. Henri Tudor monte sur le trône sous le nom d'Henri VII.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Maison de Lancastre / Tudor

Commandant : Henri Tudor (futur Henri VII)

EffectifsEnviron 5 000 soldats (dont Gallois, Français, Écossais)
PertesLégères

Maison d'York (Couronne d'Angleterre)

Commandant : Richard III

EffectifsEnviron 8 000 soldats
PertesLourdes, Richard III tué, armée en déroute

« Fin de la guerre des Deux-Roses. Richard III dernier roi Plantagenêt tué au combat. Avènement de la dynastie Tudor. »

Publié le 15 mars 2026 · mis à jour le 19 mars 2026

02 — Chapitre

Contexte

La guerre des Deux-Roses (1455–1485) est une série de guerres civiles anglaises qui oppose deux branches de la maison royale Plantagenêt pour la possession du trône d'Angleterre : la maison de Lancastre (dont l'emblème est la rose rouge) et la maison d'York (rose blanche). Ces guerres ont ravagé la haute noblesse anglaise pendant trente ans, décimant des familles entières et déstabilisant profondément le royaume.

Richard III est monté sur le trône en 1483 dans des circonstances controversées : il a fait déclarer illégitimes les enfants de son frère Édouard IV, dont les deux jeunes princes (Édouard et Richard) qui furent enfermés dans la Tour de Londres et disparurent mystérieusement. Richard, jusqu'alors duc de Gloucester, fut alors proclamé roi. Sa légitimité fut immédiatement contestée, et sa réputation ternie par le sort supposé des "princes dans la Tour".

Henri Tudor, comte de Richmond, est un prétendant au trône par lignée lancastrienne. Sa mère, Margaret Beaufort, était arrière-petite-fille de Jean de Gand, fils d'Édouard III. La légitimité est mince : les Beaufort, descendants d'une union adultérine, avaient été déclarés légitimes puis exclus de la succession. Henri n'a presque aucun droit au trône par les critères dynastiques stricts. Mais il est le dernier espoir des Lancastriens, et la haine envers Richard III fait le reste.

En exil en Bretagne puis en France depuis l'âge de quatorze ans, Henri prépare son retour avec l'aide du roi de France Charles VIII, qui lui fournit soldats et argent. En août 1485, il débarque à Milford Haven au Pays de Galles avec environ 2 000 soldats français et des mercenaires. Le choix du Pays de Galles n'est pas un hasard : la famille Tudor est d'origine galloise, et Henri joue sur la fibre nationale en brandissant le dragon rouge de Cadwaladr, symbole des Gallois. Des contingents gallois et anglais mécontents du régime de Richard le rejoignent en route. Il marche vers l'Angleterre centrale, cherchant à rallier les nobles indécis. Les frères Stanley (Thomas, Lord Stanley, et William) sont l'enjeu crucial. Ils commandent environ 6 000 hommes, plus que l'armée d'Henri. Thomas Stanley est marié à Margaret Beaufort, la mère d'Henri, ce qui fait de lui un beau-père potentiel du prétendant. Mais il a aussi servi loyalement Richard III. Les loyautés des Stanley sont notoirement ambiguës, calculées au millimètre. Ils attendront le dernier moment pour choisir leur camp.

03 — Chapitre

Déroulement

Les deux armées se rencontrent le 22 août 1485 dans les champs marécageux près de Market Bosworth, en Leicestershire. Richard III dispose de l'avantage numérique, environ 8 000 hommes contre 5 000 pour Henri, mais sa position politique est fragile. Les frères Stanley, qui commandent environ 6 000 hommes supplémentaires, se tiennent en dehors du champ de bataille, attendant de voir comment la situation évolue avant de choisir leur camp. Richard tient William Stanley en otage pour garantir la loyauté de son frère, mais la menace ne suffira pas.

La bataille s'engage par un échange d'artillerie et de tirs d'archers, puis les infanteries s'affrontent. L'avant-garde d'Henri, commandée par le comte d'Oxford, résiste bien malgré l'infériorité numérique. Richard attend le bon moment pour lancer sa cavalerie lourde dans une charge décisive.

Le tournant de la bataille est le choix des Stanley. Les milliers d'hommes des deux frères restent immobiles sur les hauteurs, observant le combat comme des spectateurs d'un tournoi sanglant. Richard leur a envoyé des messages exigeant leur engagement. Pas de réponse. L'incertitude est insoutenable.

Richard voit Henri Tudor, relativement peu protégé, qui s'avance vers les hommes des Stanley pour les rallier en personne. C'est le moment de vérité. Richard décide alors de tout miser sur un coup : il lance une charge de cavalerie personnelle, avec sa garde rapprochée d'environ 800 à 1 000 chevaliers, directement vers Henri pour le tuer et mettre fin à la bataille d'un seul coup. Décapiter l'ennemi. C'est une manœuvre audacieuse, presque désespérée, qui correspond à la personnalité de Richard : un combattant expérimenté de trente-deux ans, vétéran de Barnet et de Tewkesbury, un homme qui n'a jamais fui un combat.

Pendant quelques instants dramatiques, la charge de Richard fonctionne. Ses chevaliers percent les lignes ennemies, renversent le porte-étendard d'Henri (William Brandon, tué sur le coup), et s'approchent à quelques mètres de Henri Tudor lui-même. John Cheney, le plus grand homme de l'armée d'Henri, tente de barrer la route à Richard et est renversé. Henri est en danger de mort. Les chroniques décrivent Richard combattant furieusement, frappant de toutes parts, son cheval embourbé dans les marécages qui bordent le champ de bataille.

Mais les Stanley, voyant l'occasion, interviennent enfin. William Stanley lance ses hommes contre le flanc de la charge de Richard. L'effet est dévastateur. La garde personnelle de Richard, en pointe et dispersée par sa propre charge, est submergée par des milliers de soldats frais. Les chevaliers yorkistes tombent un par un. Richard, désarçonné, continue de combattre à pied. Ses conseillers le pressent de fuir. On lui apporte un cheval rapide pour s'échapper. Il refuse. "Dieu m'interdit de reculer d'un pas", auraient été ses derniers mots selon la chronique de Crowland. Richard combat jusqu'à ce qu'il soit abattu, frappé à la tête par une hallebarde. Sa couronne, tombée de son casque, fut ramassée et posée, selon la tradition, sur la tête d'Henri par Lord Stanley lui-même. Richard III est le dernier roi anglais mort au combat.

04 — Chapitre

Conséquences

La bataille de Bosworth met fin à la guerre des Deux-Roses et à la période Plantagenêt. Henri Tudor monte sur le trône sous le nom d'Henri VII, fondant la dynastie des Tudor qui régnera sur l'Angleterre jusqu'en 1603. Il consolide sa position en épousant Élisabeth d'York, fille d'Édouard IV, unissant symboliquement les deux roses dans son emblème (la rose Tudor, mi-rouge mi-blanche).

Les Tudor transforment profondément l'Angleterre. Henri VII rétablit l'autorité royale après des décennies de guerres civiles, renforce les finances du royaume et développe une administration centrale efficace. Son fils Henri VIII (1509–1547) rompt avec Rome et crée l'Église d'Angleterre, une révolution religieuse aux conséquences millénaires. Sa petite-fille Élisabeth Ire (1558–1603) préside à l'âge d'or anglais. Sans Bosworth, l'Angleterre eût peut-être continué sous une monarchie yorkiste très différente.

Richard III, quant à lui, a laissé une réputation ambivalente dans l'histoire. Son corps fut dépouillé sur le champ de bataille et exhibé nu à Leicester pendant deux jours, traitement humiliant pour un roi oint. Il fut enterré sans cérémonie dans l'église des Greyfriars. Shakespeare, un siècle plus tard, en fit un monstre tyrannique et diforme dans sa pièce historique, "Richard III", l'une des plus célèbres du théâtre anglais : un bossu tortueux, assassin de ses neveux, séducteur cynique. Cette image, forgée par les propagandistes Tudor qui avaient besoin de noircir le prédécesseur pour légitimer le successeur, a dominé pendant cinq siècles.

Les historiens modernes ont réhabilité en partie son règne et sa personne. Richard avait été un administrateur compétent dans le Nord de l'Angleterre, un soldat courageux, un fondateur d'institutions juridiques. En 2012, son squelette fut retrouvé sous un parking de Leicester, confirmé par ADN en 2013. Il souffrait effectivement d'une scoliose mais n'était pas le monstre décrit par Shakespeare. Les blessures sur le crâne, au moins onze coups dont deux mortels, confirment qu'il mourut au combat, cerné et frappé de toutes parts. Il fut réinhumé avec les honneurs royaux en 2015, à la cathédrale de Leicester, cinq siècles après Bosworth.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

En 2012, des archéologues britanniques firent une découverte extraordinaire sous le parking du Council House de Leicester : le squelette de Richard III lui-même. L'ADN mitochondrial prélevé confirma l'identité en 2013. Le squelette révéla une scoliose prononcée (qui avait inspiré la bosse de Shakespeare), plusieurs blessures mortelles à la tête (cohérentes avec un combat à pied après la perte de son cheval), et même une trace de flèche dans le dos, probablement infligée après sa mort. Richard III avait combattu à pied, cerné de toutes parts, frappé à la tête sans casque. Sa réinhumation en 2015 à la cathédrale de Leicester attira des milliers de personnes : un roi mort depuis 530 ans, redevenu d'actualité pour quelques jours.

Généraux impliqués

Maison de Lancastre / Tudor :
Henri Tudor (futur Henri VII)
Maison d'York (Couronne d'Angleterre) :
Richard III

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Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Qui étaient les "princes dans la Tour" et quel rapport avec Bosworth ?

Les "princes dans la Tour" sont Édouard (13 ans) et Richard (10 ans), fils du roi Édouard IV. Après la mort de leur père en 1483, leur oncle Richard de Gloucester (futur Richard III) les fit interner dans la Tour de Londres en attendant, officiellement, le couronnement d'Édouard. Les deux enfants disparurent et ne furent plus jamais revus. La question de leur sort reste un mystère historique non résolu : furent-ils assassinés sur ordre de Richard III ? Moururent-ils de maladie ? Furent-ils smuglés hors d'Angleterre ? Cette affaire ternit immédiatement la réputation de Richard et contribua à légitimer la rébellion d'Henri Tudor contre un roi perçu comme un usurpateur infanticide.

Pourquoi Richard III chargea-t-il personnellement vers Henri Tudor à Bosworth ?

La charge personnelle de Richard III reste l'un des gestes les plus spectaculaires et débattus de l'histoire militaire anglaise. Plusieurs explications sont plausibles : Richard était un combattant expérimenté et courageux (il avait combattu à Barnet et Tewkesbury) ; il voyait l'occasion de trancher le conflit d'un seul coup en tuant son adversaire ; il savait peut-être que les Stanley allaient trahir et voulut frapper avant qu'ils interviennent. Cette charge, audacieuse jusqu'à la témérité, faillit réussir, Richard s'approcha très près d'Henri Tudor. Mais le terrain marécageux ralentit ses chevaux et les Stanley intervinrent. Ce fut sa mort.

Quand et comment le corps de Richard III fut-il retrouvé ?

Le corps de Richard III fut retrouvé en septembre 2012 lors de fouilles archéologiques conduites par l'Université de Leicester sous un parking de la ville, sur le site de l'ancienne église des Greyfriars où il avait été enterré après la bataille. L'identification fut confirmée en février 2013 par analyse d'ADN comparé avec des descendants maternels vivants. Le squelette présente une scoliose importante (une courbure de la colonne vertébrale), plusieurs blessures à la tête dont deux mortelles (fractures du crâne) et une blessure pénétrante à la hanche. Ces blessures correspondent aux récits de la bataille. Richard fut réinhumé avec les honneurs royaux à la cathédrale de Leicester en mars 2015.