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Moyen Âge

Bataille de Hattin

4 juillet 1187·Cornes de Hattin, près du lac de Tibériade, Galilée

Le 4 juillet 1187, Saladin attire l'armée du royaume de Jérusalem dans un piège au désert près du lac de Tibériade. Épuisés par la soif, encerclés par le feu et la cavalerie ayyoubide, les Croisés sont anéantis en quelques heures. Le roi Gui de Lusignan est capturé, la Vraie Croix prise, et Jérusalem sera reconquise le 2 octobre suivant. Cette défaite provoque la Troisième Croisade.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Sultanat ayyoubide

Commandant : Saladin (Salah ad-Din Yusuf ibn Ayyub)

EffectifsEntre 20 000 et 30 000 hommes, majoritairement cavaliers
PertesLégères

Royaume de Jérusalem et ordres militaires

Commandant : Gui de Lusignan, roi de Jérusalem

EffectifsEnviron 20 000 hommes dont 1 200 chevaliers, la quasi-totalité des forces du royaume
PertesCatastrophiques : l'armée entière capturée ou tuée, dont le roi, le Grand Maître des Templiers, et la Vraie Croix perdue

« Hattin anéantit l'armée du royaume de Jérusalem, permettant à Saladin de reprendre Jérusalem trois mois plus tard et de déclencher la Troisième Croisade. »

Contexte de la bataille de Bataille de Hattin

En 1187, le royaume de Jérusalem — fondé en 1099 lors de la Première Croisade — est affaibli par des divisions internes et une succession de dirigeants médiocres. Saladin, sultan d'Égypte et de Syrie depuis 1174, a progressivement unifié le monde musulman autour de lui et encercle le royaume de toutes parts. La trêve conclue en 1185 est rompue par Renaud de Châtillon, seigneur de Transjordanie, qui attaque une caravane musulmane en violation flagrante des accords — geste provocateur qui donne à Saladin un prétexte parfait pour la guerre sainte.

Au printemps 1187, Saladin rassemble la plus grande armée qu'il ait jamais levée : entre 20 000 et 30 000 hommes selon les estimations, dont une majorité de cavaliers légères. Il franchit le Jourdain en juin et assiège Tibériade le 2 juillet. La citadelle, défendue par la femme du comte Raymond III de Tripoli, tient mais réclame des secours.

Le conseil de guerre croisé est divisé. Raymond III, seigneur de Tripoli et l'homme le plus expérimenté militairement, conseille de ne pas tomber dans le piège : Saladin veut que les Croisés traversent le désert par une chaleur écrasante pour aller secourir Tibériade. Laisser tomber la ville vaut mieux que de perdre l'armée entière. Mais Renaud de Châtillon et les Maîtres des Templiers et Hospitaliers, brûlant de se battre, accusent Raymond de lâcheté — certains le soupçonnent même de trahison, lui qui entretient des relations cordiales avec les musulmans. Le roi Gui de Lusignan, faible et indécis, change d'avis dans la nuit et ordonne la marche vers Tibériade.

Le 3 juillet, l'armée croisée quitte sa source d'eau de Séphoris et s'engage dans le désert. Saladin a tout prévu : ses cavaliers harcèlent la colonne toute la journée, l'empêchant de progresser rapidement. À la nuit, les Croisés n'ont parcouru que la moitié du chemin. Ils campent sans eau, épuisés, au pied des collines volcaniques dites "Cornes de Hattin" — un endroit sans source ni puits.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 4 juillet 1187 au matin, la situation des Croisés est déjà désespérée. Une nuit sans eau dans le désert de Galilée en plein été a épuisé hommes et chevaux. La fumée des broussailles enflammées délibérément par les Musulmans s'ajoute à la torture de la soif. Certains soldats refusent déjà de combattre.

Saladin dispose ses forces en arc de cercle autour des deux collines basaltiques dites "Cornes de Hattin". Sa cavalerie légère harcèle les Croisés de toutes parts sans s'exposer au choc frontal des chevaliers. L'infanterie croisée, démoralisée, commence à fuir vers les hauteurs pour chercher de l'air ou se rendre, malgré les sommations de ses officiers. Gui de Lusignan tente de rallier ses hommes, en vain.

Les chevaliers, seuls réellement disciplinés, chargent à plusieurs reprises pour tenter de percer l'encerclement. Les charges sont furieuses mais inutiles : les cavaliers ayyoubides s'écartent, laissent passer la charge, puis reviennent aussitôt. Sans infanterie pour les appuyer et sans eau pour leurs chevaux épuisés, les chevaliers ne peuvent maintenir la pression. Chaque charge revient avec moins d'hommes.

L'épisode le plus dramatique voit la Vraie Croix — relique suprême portée en étendard à chaque bataille croisée — tomber aux mains des Musulmans. Son porteur, l'évêque d'Acre, est tué. Pour les Croisés, c'est un choc psychologique aussi dévastateur que la défaite militaire. La Vraie Croix ne sera jamais récupérée.

Vers la fin de l'après-midi, la résistance s'effondre. Le roi Gui de Lusignan est capturé, avec la quasi-totalité des chevaliers survivants. Raymond III de Tripoli parvient à s'échapper avec quelques cavaliers lors d'une charge — les Musulmans s'écartèrent délibérément pour le laisser fuir, selon certaines sources, soit par calcul politique soit parce qu'ils le considéraient comme un allié potentiel. Renaud de Châtillon est capturé et exécuté personnellement par Saladin — vengeance pour le massacre de la caravane. Les Templiers et Hospitaliers capturés sont exécutés en masse ; les autres prisonniers nobles sont rançonnés.

Les conséquences historiques

Les conséquences de Hattin sont immédiates et dévastatrices pour les Croisés. Privé de son armée, le royaume de Jérusalem ne peut défendre ses forteresses : elles tombent les unes après les autres au cours de l'été 1187. Saladin reprend Jérusalem le 2 octobre 1187, quatre-vingt-huit ans après sa prise par les Croisés en 1099. Contrairement au massacre de 1099, Saladin accorde une capitulation honorable et laisse les habitants partir contre rançon — geste de magnanimité qui marqua profondément les contemporains des deux camps.

La nouvelle de la chute de Jérusalem provoque une onde de choc en Europe occidentale. Le pape Grégoire VIII meurt de tristesse selon la tradition. Ses successeurs lancent ce qui deviendra la Troisième Croisade (1189–1192), réunissant les trois plus grands souverains d'Occident : Frédéric Barberousse (qui mourra noyé en route), Philippe II Auguste de France, et Richard Cœur de Lion d'Angleterre. Cette croisade permettra de reprendre le littoral palestinien mais pas Jérusalem.

La Troisième Croisade aboutit au traité de Jaffa (1192) entre Richard Cœur de Lion et Saladin : les Croisés gardent le littoral, les pèlerins chrétiens peuvent visiter Jérusalem librement, mais la ville reste musulmane. C'est un compromis que ni camp ne considère satisfaisant — il nourrira les croisades suivantes pendant encore un siècle.

Sur le long terme, Hattin marque le début du reflux croisé en Terre Sainte. Le royaume de Jérusalem ne retrouvera jamais sa puissance d'avant 1187. Acre, dernier bastion croisé, tombera en 1291 — fin définitive de la présence croisée en Orient.

Le saviez-vous ?

Saladin traita différemment ses deux prisonniers les plus illustres après Hattin. Au roi Gui de Lusignan, il offrit une coupe d'eau fraîche — geste d'hospitalité oriental signifiant que sa vie était sauve. Quand Gui tendit la coupe à Renaud de Châtillon, Saladin la reprit vivement : "Ce n'est pas moi qui lui ai donné à boire" — formule signifiant que les règles de l'hospitalité ne s'appliquaient pas à Renaud. Il l'exécuta personnellement d'un coup de sabre pour avoir rompu la trêve et massacré des pèlerins musulmans. La scène, rapportée par plusieurs chroniqueurs arabes et francs, illustre le code d'honneur singulier de Saladin : implacable avec ceux qui rompent leur parole, magnanime avec les ennemis loyaux.

Généraux impliqués

Sultanat ayyoubide :
Saladin (Salah ad-Din Yusuf ibn Ayyub)
Royaume de Jérusalem et ordres militaires :
Gui de Lusignanroi de Jérusalem

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

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Questions fréquentes

Pourquoi les Croisés ont-ils commis l'erreur fatale de marcher sur Tibériade ?

La décision de marcher sur Tibériade est l'une des erreurs stratégiques les plus analysées du Moyen Âge. Raymond III de Tripoli, le plus expérimenté des chefs croisés, avait clairement exposé le danger : traverser le désert en été pour secourir une place assiégée jouait le jeu de Saladin. Mais les pressions politiques et psychologiques furent plus fortes que la raison militaire. Renaud de Châtillon et les Maîtres des ordres militaires stigmatisèrent l'abstention comme de la lâcheté, voire de la trahison. Le roi Gui, faible et désireux d'affirmer son autorité, céda dans la nuit au camp de Séphoris — scellant le destin du royaume.

Comment Saladin a-t-il reconquis Jérusalem après Hattin ?

Après Hattin, Saladin avança méthodiquement, prenant les forteresses croisées privées de leurs garnisons parties combattre à Hattin. Acre, Jaffa, Ascalon tombèrent en quelques semaines. Jérusalem, défendue par des civils et peu de soldats, negocia une capitulation le 2 octobre 1187. Contrairement au massacre de 1099 lors de la prise croisée, Saladin permit aux habitants de partir contre une rançon : 10 dinars par homme libre, 5 pour une femme, 1 pour un enfant. Il libéra personnellement plusieurs milliers de captifs trop pauvres pour payer. Ce comportement contrasta fortement avec la brutalité de la Première Croisade.

Qu'est devenue la Vraie Croix capturée à Hattin ?

La Vraie Croix — fragment de bois présenté comme la croix de la Crucifixion, relique la plus sacrée des Croisés — fut capturée à Hattin quand son porteur, l'évêque d'Acre, fut tué. Saladin l'emporta à Damas où elle fut exposée renversée en signe de victoire. Les Croisés tentèrent plusieurs fois de la racheter lors des négociations ultérieures, sans succès. Richard Cœur de Lion en fit une condition du traité de 1192 : Saladin refusa. La Vraie Croix disparaît ensuite des sources historiques — son sort exact reste inconnu. Elle ne fut jamais restituée et sa trace se perd après la mort de Saladin en 1193.