« Je ne suis pas celui qui a conquis ces terres. C'est Dieu qui les a reprises par mon entremise. »
Biographie
Salah al-Din Yusuf ibn Ayyub naît en 1137 à Tikrit, en Mésopotamie (l'actuel Irak). Kurde d'origine, il grandit dans l'ombre de son oncle Shirkuh, lieutenant du puissant atabeg Nur al-Din de Damas. Rien dans sa jeunesse ne laisse présager sa destinée. Il est décrit comme un jeune homme studieux, passionné par la théologie et le polo, pas particulièrement belliqueux.
Le tournant vient en 1169. Shirkuh et le jeune Saladin sont envoyés en Égypte par Nur al-Din pour intervenir dans les luttes de pouvoir du califat fatimide. Shirkuh meurt subitement. Saladin, à 32 ans, se retrouve vizir d'Égypte presque par accident. En deux ans, il abolit le califat fatimide chiite, restaure le sunnisme, et prend le contrôle total du pays. Quand Nur al-Din meurt en 1174, Saladin s'empare progressivement de la Syrie, de la Jazira et d'une partie de la Mésopotamie. Il met plus de dix ans à unifier le monde musulman du Nil à l'Euphrate. La conquête militaire des Croisés est secondaire dans sa carrière : c'est d'abord un unificateur politique.
Hattin, le 4 juillet 1187, est son chef-d'oeuvre. Saladin attire l'armée croisée du roi Guy de Lusignan dans le désert, loin de tout point d'eau, en assiégeant Tibériade. Les Croisés, assoiffés, épuisés par une marche de 30 kilomètres sous un soleil de plomb, arrivent aux Cornes de Hattin et trouvent Saladin qui a mis le feu aux broussailles. L'armée franque, aveuglée par la fumée et mourant de soif, est anéantie. Guy est capturé. Renaud de Châtillon, le seigneur brigand qui avait pillé les caravanes musulmanes, est exécuté de la main de Saladin. Mais les autres prisonniers sont traités avec une clémence qui frappe les chroniqueurs occidentaux.
Après Hattin, Jérusalem tombe en octobre 1187, 88 ans après la conquête des Croisés. Saladin refuse le massacre que les Croisés avaient infligé en 1099 (où ils avaient égorgé la population entière, musulmans, juifs et chrétiens orientaux confondus). Il autorise les chrétiens à se racheter et laisse partir ceux qui ne peuvent payer. Ce geste de magnanimité stupéfie l'Europe médiévale. La troisième croisade (1189-1192), menée par Richard Coeur de Lion, Philippe Auguste et Frédéric Barberousse, ne parvient pas à reprendre Jérusalem.
Saladin meurt à Damas le 4 mars 1193, à 56 ans. Sa fortune personnelle se résume à 47 dirhams d'argent et un dinar d'or : il avait distribué tout le reste. Son tombeau, dans la mosquée des Omeyyades de Damas, reste un lieu de pèlerinage. Pour les musulmans, il est le libérateur de Jérusalem. Pour les chrétiens médiévaux (fait rare), il est un ennemi respecté, presque admiré. Dante, dans la Divine Comédie, le place dans les Limbes parmi les "esprits magnanimes", aux côtés d'Aristote et de César, pas en Enfer.
Batailles clés
Duels hypothétiques
Le duel le plus célèbre des Croisades. Richard est un meilleur tacticien sur le champ de bataille (Arsuf le prouve). Saladin est un stratège plus complet : il unifie le monde musulman, coupe l'eau des Croisés, choisit ses batailles. Richard gagne les batailles ; Saladin gagne la guerre. Jérusalem reste musulmane.
Deux mondes. Les cavaliers mongols auraient balayé la cavalerie mamelouke de Saladin par leur mobilité et leur discipline. Saladin n'aurait pas les forteresses pour les arrêter : les Mongols ont pris Bagdad en 1258. Avantage écrasant Gengis Khan.