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Ère Contemporaine

Bataille de Shiloh

6–7 avril 1862·Pittsburg Landing, Tennessee

Les 6 et 7 avril 1862, les Confédérés attaquent par surprise l'armée de Grant à Pittsburg Landing, Tennessee. Le premier jour, les Nordistes sont repoussés jusqu'au fleuve. Le second jour, renforcé par Buell, Grant contre-attaque et chasse les Confédérés. 23 700 victimes en deux jours. L'Amérique découvre le vrai visage de la guerre.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée du Tennessee (Union)

Commandant : Général Ulysses S. Grant

Effectifs65 000 hommes (dont 25 000 renforts de Buell)
Pertes13 000 tués, blessés et disparus

Armée du Mississippi (Confédération)

Commandant : Général Albert Sidney Johnston / P.G.T. Beauregard

Effectifs44 000 hommes
Pertes10 700 tués, blessés et disparus
Effectifs & Pertes
Armée du Tennessee (Union)Armée du Mississippi (Confédération)
016k33k49k65k00EFFECTIFS00PERTES20%des effectifs24%des effectifs

« Première grande bataille sanglante de la guerre de Sécession à l'Ouest, Shiloh pulvérise l'illusion d'une guerre courte et révèle la détermination de Grant sous la pression. »

02 — Chapitre

Contexte

Le début de 1862 est catastrophique pour la Confédération à l'Ouest. En février, Grant a pris les forts Henry et Donelson dans le Tennessee, ouvrant les fleuves Tennessee et Cumberland à la flotte nordiste. Nashville, capitale du Tennessee, tombe sans combat. Le général Albert Sidney Johnston, commandant confédéré du théâtre occidental, est contraint de se replier vers le sud, vers Corinth, nœud ferroviaire vital du Mississippi.

Johnston est considéré par Jefferson Davis comme le meilleur général de la Confédération. Vétéran de la guerre du Texas, de la guerre du Mexique et de la campagne de l'Utah, c'est un soldat de premier plan. Sa mission est claire : stopper l'avancée nordiste avant que Grant ne s'empare de Corinth et ne coupe les communications ferroviaires confédérées entre l'Est et l'Ouest.

Johnston rassemble une armée de 44 000 hommes à Corinth, la plus grande force confédérée jamais concentrée à l'Ouest. Son plan est simple et audacieux : attaquer Grant avant que l'armée de Don Carlos Buell (25 000 hommes), en marche depuis Nashville, ne le rejoigne. L'enjeu est la supériorité numérique : Grant seul est vulnérable ; Grant et Buell combinés seront trop forts.

Grant, lui, s'est installé à Pittsburg Landing, un embarcadère sur la rive ouest du Tennessee, à 30 kilomètres au nord de Corinth. Il attend Buell pour lancer une offensive combinée vers le sud. Ses 40 000 hommes campent dans un périmètre de quelques kilomètres autour de Pittsburg Landing, entre la rivière Snake Creek au nord et Lick Creek au sud. Le terrain est boisé, vallonné, coupé de ravins et de ruisseaux.

Grant ne se retranche pas. Il ne fait pas creuser de tranchées, pas de fossés, pas de parapets. Son armée est en position offensive, pas défensive. Les camps sont installés pour le confort, pas pour la sécurité. Grant, confiant après ses victoires de février, sous-estime l'ennemi. Il écrira plus tard : "J'avais formé la résolution de prendre l'offensive. Je n'avais pas le moindre soupçon que l'ennemi pût attaquer."

C'est l'erreur la plus coûteuse de la carrière de Grant. Johnston, exactement au même moment, marche vers le nord avec 44 000 hommes pour l'attaquer par surprise.

03 — Chapitre

Déroulement

## Jour 1 : la surprise confédérée (6 avril)

L'aube du dimanche 6 avril 1862 est paisible à Pittsburg Landing. Les soldats nordistes préparent le petit-déjeuner. Certains se baignent dans le Tennessee. Personne ne s'attend à une attaque. À 6 heures du matin, des coups de feu éclatent dans les bois au sud du camp. Les piquets de garde nordistes signalent des colonnes ennemies. En quelques minutes, toute la ligne sud du camp est en feu.

Johnston a déployé ses 44 000 hommes en quatre lignes successives sur un front de cinq kilomètres. La première vague déferle sur les camps nordistes. Les Confédérés tombent sur des soldats en train de manger, des tentes encore debout, des fusils en faisceaux. La surprise est totale. Des régiments entiers de recrues fuient vers le fleuve sans combattre. D'autres se battent avec acharnement dans leurs camps, transformant chaque tente en position de tir.

## Le Nid de Guêpes (Hornet's Nest)

Le combat se concentre autour d'un chemin creux bordé de taillis que les Nordistes surnommeront le "Hornet's Nest" (le Nid de Guêpes). La division du général Benjamin Prentiss s'y retranche avec des éléments de la division de W.H.L. Wallace. Pendant six heures, les Confédérés lancent au moins onze assauts frontaux contre cette position. Chaque charge est fauchée par un feu meurtrier. Les balles sifflent si dru que les soldats sudistes comparent le bruit au bourdonnement d'un nid de guêpes.

Johnston est partout, à cheval sur la première ligne, encourageant ses hommes. Vers 14 h 30, il est touché à la jambe par une balle qui sectionne l'artère poplitée. Le général, qui a envoyé son chirurgien soigner des blessés nordistes, n'a personne pour l'assister. Il se vide de son sang en quelques minutes. Albert Sidney Johnston est le plus haut gradé tué au combat de toute la guerre de Sécession.

Le commandement passe à Beauregard. En fin d'après-midi, les Confédérés rassemblent 62 canons face au Nid de Guêpes, le plus grand nombre jamais concentré sur le continent américain. La canonnade pulvérise les positions nordistes. Prentiss se rend avec 2 200 hommes. Mais la résistance du Nid de Guêpes a coûté aux Confédérés six heures précieuses.

## La ligne du fleuve

Au soir du 6 avril, Grant est acculé au Tennessee. Son armée est comprimée dans un périmètre étroit autour de Pittsburg Landing. Des milliers de fuyards se terrent sous les falaises du fleuve. Mais Grant tient encore grâce à la "ligne de la dernière chance" : ses canonnières sur le Tennessee pilonnent les lignes confédérées, et des batteries d'artillerie massées sur la colline de Pittsburg Landing barrent la route.

Beauregard, convaincu que la victoire est acquise, ordonne la suspension de l'attaque à la tombée de la nuit. C'est une erreur fatale. Pendant la nuit, les 25 000 hommes de Buell traversent le Tennessee sur des transports et débarquent à Pittsburg Landing. Grant passe de 30 000 à 55 000 combattants frais.

## Jour 2 : la contre-attaque de Grant (7 avril)

Le 7 avril à l'aube, Grant lance sa contre-attaque. Les troupes fraîches de Buell attaquent la gauche confédérée, les divisions de Grant reformées frappent le centre et la droite. Les Confédérés, épuisés par les combats de la veille, affaiblis par la mort de Johnston, reculent pied à pied.

Les combats du second jour sont aussi violents que ceux du premier. Beauregard tente de stabiliser ses lignes, mais la supériorité numérique nordiste est écrasante. En début d'après-midi, il ordonne la retraite vers Corinth. Les Nordistes, trop épuisés, ne poursuivent pas. La bataille est terminée.

04 — Chapitre

Conséquences

Shiloh est un électrochoc. 23 700 victimes en deux jours, plus que toutes les batailles précédentes de la guerre de Sécession réunies. L'Amérique, Nord et Sud, découvre que cette guerre ne sera pas l'aventure rapide et glorieuse que chacun avait imaginée. Les corps empilés dans les bois de Shiloh, les blessés qui hurlent toute la nuit dans le Nid de Guêpes, les chevaux morts gonflant au soleil : les correspondants de guerre décrivent des scènes que le public refuse d'abord de croire.

Grant est violemment attaqué par la presse du Nord. Comment a-t-il pu se laisser surprendre ? Pourquoi n'avait-il pas de retranchements ? Des rumeurs d'ivresse circulent (elles sont fausses). Sherman, lui aussi surpris le premier jour, est accusé d'incompétence. Les appels au renvoi de Grant se multiplient. Lincoln le défend : "Je ne peux pas me passer de cet homme. Il se bat." La phrase résume la philosophie de Lincoln : la guerre se gagne avec des généraux qui combattent, pas avec des généraux qui manœuvrent sans jamais risquer la bataille.

La mort de Johnston est une perte irremplaçable pour la Confédération. Jefferson Davis le considérait comme le plus grand soldat du Sud. Son remplacement par Beauregard, jugé trop prudent et trop théâtral, affaiblit le commandement confédéré à l'Ouest. La question hante l'historiographie : si Johnston avait survécu, aurait-il poussé l'attaque jusqu'au fleuve le soir du 6 avril ? Nul ne le saura.

Grant tire de Shiloh deux leçons qui guideront le reste de sa carrière. La première : toujours se retrancher, même en position offensive. Il ne sera plus jamais surpris. La seconde : la guerre sera longue, brutale, et se gagnera par l'attrition, pas par les manœuvres élégantes. Grant accepte les pertes comme le prix de la victoire. Cette philosophie, impitoyable mais lucide, le mènera de Vicksburg à Appomattox.

Shiloh révèle aussi le caractère de Grant sous la pression. Le soir du 6 avril, Sherman trouve Grant sous un arbre, sous la pluie, fumant un cigare. "On a pris une sacrée raclée aujourd'hui", dit Sherman. Grant répond : "Oui. On les aura demain." Cette capacité à encaisser le choc, à refuser la panique, à contre-attaquer quand tout semble perdu, c'est ce qui fait de Grant le général dont Lincoln a besoin.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

La nuit entre les deux jours de Shiloh est un cauchemar que les survivants n'oublieront jamais. Une pluie glaciale tombe sur le champ de bataille. Les blessés des deux camps gisent mêlés dans les bois, appelant à l'aide, criant de soif. Des porcs sauvages sortent des bois et dévorent les morts et les blessés trop faibles pour se défendre. Le général Grant, cherchant un abri, entre dans une cabane de rondins transformée en hôpital de campagne. Le sol est couvert de membres amputés. L'odeur est insoutenable. Grant ressort et passe la nuit sous la pluie, adossé à un arbre, préférant le froid à cette horreur.

Généraux impliqués

Armée du Tennessee (Union) :
Général Ulysses S. Grant
Armée du Mississippi (Confédération) :
Général Albert Sidney JohnstonP.G.T. Beauregard

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi Grant a-t-il été surpris à Shiloh malgré sa réputation de stratège ?

Grant venait de remporter deux victoires faciles aux forts Henry et Donelson. Confiant, il estimait que les Confédérés étaient démoralisés et incapables d'attaquer. Il n'ordonna ni retranchements ni patrouilles offensives. Ses 40 000 hommes campaient sans protection dans les bois de Pittsburg Landing. Johnston, marchant depuis Corinth avec 44 000 hommes, attaqua par surprise à l'aube du 6 avril. Grant reconnut plus tard son erreur et ne se laissa plus jamais surprendre dans le reste de la guerre.

Qui était Albert Sidney Johnston et pourquoi sa mort changea-t-elle la bataille ?

Albert Sidney Johnston était le plus haut gradé de l'armée confédérée et le général que Jefferson Davis estimait le plus. À Shiloh, il dirigeait l'attaque depuis la première ligne. Vers 14 h 30, une balle sectionna son artère poplitée. Il se vida de son sang en minutes, car il avait envoyé son chirurgien soigner des prisonniers nordistes. Sa mort priva les Confédérés de leur commandant le plus agressif au moment critique. Beauregard, qui lui succéda, suspendit l'attaque à la tombée de la nuit, laissant Grant recevoir ses renforts.

Quel fut l'impact de Shiloh sur le déroulement de la guerre de Sécession ?

Shiloh prouva que la guerre serait longue et sanglante. 23 700 victimes en deux jours pulvérisèrent l'illusion d'une victoire rapide. Grant en tira deux leçons : toujours se retrancher, et accepter l'attrition comme prix de la victoire. Lincoln le protégea contre la presse hostile. Johnston, meilleur général confédéré de l'Ouest, était mort. L'offensive sudiste dans le Tennessee était brisée. Grant poursuivrait sa campagne vers Corinth, puis Vicksburg, coupant la Confédération en deux.