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Ère Contemporaine

Siège de Vicksburg

18 mai – 4 juillet 1863·Vicksburg, Mississippi

Du 18 mai au 4 juillet 1863, Grant assiège la forteresse confédérée de Vicksburg, clé du Mississippi. Après deux assauts frontaux repoussés, il affame la garnison pendant 47 jours. La reddition de Pemberton, le même jour que la défaite de Lee à Gettysburg, marque le tournant de la guerre civile américaine.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée du Tennessee (Union)

Commandant : Général Ulysses S. Grant

Effectifs77 000 hommes
Pertes4 900 tués et blessés, 700 morts de maladie

Garnison confédérée

Commandant : Lieutenant-général John C. Pemberton

Effectifs33 000 hommes
Pertes3 200 tués et blessés, 29 500 prisonniers à la reddition
Effectifs & Pertes
Armée du Tennessee (Union)(vainqueur)Garnison confédérée(vaincu)
019k39k58k77k00EFFECTIFS00PERTES7%des effectifs99%des effectifs

« La chute de Vicksburg donne à l'Union le contrôle total du Mississippi, coupe la Confédération en deux et consacre Grant comme le meilleur stratège nordiste de la guerre de Sécession. »

02 — Chapitre

Contexte

Le Mississippi est le nerf de la guerre. Contrôler le fleuve, c'est couper la Confédération en deux moitiés incapables de se soutenir. Le Texas, l'Arkansas et la Louisiane occidentale fournissent bétail, chevaux et recrues aux armées sudistes. Tant que Vicksburg tient, ces ressources passent. Le président Lincoln le résume d'une phrase : "Vicksburg est la clé. La guerre ne peut pas être gagnée tant que cette clé n'est pas dans notre poche."

Vicksburg est une forteresse naturelle. La ville est perchée sur des falaises de 60 mètres dominant un coude du Mississippi. Des batteries d'artillerie lourde contrôlent le fleuve sur des kilomètres. Au nord, le delta marécageux du Yazoo rend toute approche par voie terrestre quasi impossible. Les ingénieurs confédérés ont ajouté des tranchées, des redoutes et des parapets à ce que la nature avait déjà rendu formidable.

Grant, nommé commandant du département du Tennessee, s'acharne sur Vicksburg depuis l'automne 1862. Ses premières tentatives échouent les unes après les autres. La marche par le nord (décembre 1862) s'embourbe dans les bayous. Sherman est repoussé à Chickasaw Bayou. Le canal de contournement creusé en face de Vicksburg se remplit de boue. Un passage par les bayous de la rive ouest se perd dans un labyrinthe de marécages. Cinq plans, cinq échecs. La presse du Nord réclame le renvoi de Grant. Lincoln le protège : "Je ne peux pas me passer de cet homme. Il se bat."

Au printemps 1863, Grant conçoit un plan audacieux qui viole toutes les règles de la guerre conventionnelle. Il fait descendre sa flotte au sud de Vicksburg en forçant le passage sous les batteries confédérées (nuit du 16 avril 1863 : 12 transports, 7 sont touchés, 1 seul coulé). Simultanément, il fait marcher ses troupes sur la rive ouest du Mississippi, à travers les bayous, jusqu'à un point d'embarquement au sud.

Le 30 avril, Grant traverse le Mississippi à Bruinsburg avec 24 000 hommes. Il est maintenant au sud de Vicksburg, sur la rive est, sans ligne de ravitaillement. C'est le pari le plus risqué de la guerre. Grant décide de vivre sur le pays et de frapper vite avant que les Confédérés ne puissent concentrer leurs forces.

En 18 jours, il livre cinq batailles (Port Gibson, Raymond, Jackson, Champion Hill, Big Black River), remporte les cinq, et repousse Pemberton dans Vicksburg. C'est l'une des campagnes les plus brillantes de l'histoire militaire américaine. Grant a parcouru 300 kilomètres, vaincu deux armées séparées et investi Vicksburg depuis l'est, direction d'où personne ne l'attendait.

03 — Chapitre

Déroulement

## Les assauts manqués (19-22 mai)

Le 19 mai, Grant lance un assaut direct sur les fortifications de Vicksburg. Il espère que l'élan de sa campagne éclair emportera les défenses confédérées. L'assaut échoue : les tranchées sont trop profondes, les parapets trop hauts, les défenseurs trop bien retranchés. Les pertes nordistes sont lourdes.

Le 22 mai, Grant tente un second assaut, plus massif. Trois corps d'armée attaquent simultanément sur un front de cinq kilomètres. Les troupes de Sherman, McPherson et McClernand montent à l'assaut sous un feu d'artillerie et de mousqueterie dévastateur. Certains soldats atteignent le sommet des parapets avant d'être repoussés. La perte est sévère : 3 200 tués et blessés en une journée. Grant comprend que Vicksburg ne tombera pas par la force.

## Le siège (25 mai – 3 juillet)

Grant change de stratégie. Si l'assaut est impossible, la faim fera le travail. Il installe ses 77 000 hommes en arc de cercle autour de Vicksburg, du fleuve au nord au fleuve au sud. Les tranchées d'approche avancent chaque jour vers les lignes confédérées. La guerre de siège, avec ses sapes, ses mines et ses contre-mines, rappelle les méthodes de Vauban.

La vie dans les tranchées est un enfer pour les deux camps. La chaleur du Mississippi en été atteint 40 degrés. Les mouches, les moustiques, la dysenterie ravagent les effectifs. Les tireurs d'élite font des victimes chaque jour. Les canonnières nordistes sur le fleuve et l'artillerie terrestre pilonnent Vicksburg sans relâche : 2 800 obus par jour selon certaines estimations.

À l'intérieur de la ville, la population civile s'enterre. Les habitants creusent des grottes dans les falaises de lœss pour échapper aux bombardements. Les femmes et les enfants vivent sous terre pendant des semaines. La nourriture manque progressivement. Les soldats confédérés passent du bœuf au mulet, du mulet au rat. Le pain est fait de pois broyés mélangés à de la farine de maïs. Les chevaux et les mules sont abattus pour nourrir la garnison.

## La mine et les derniers jours

Le 25 juin, les sapeurs de l'Union font exploser une mine sous le fort principal (la Grande Redoute). L'explosion creuse un cratère béant, mais les Confédérés tiennent les bords du trou et repoussent l'assaut qui suit. Une seconde mine explose le 1er juillet. Même résultat. Les défenseurs sont épuisés, affamés, décimés par la maladie, mais ils ne lâchent pas.

Pemberton sait que la situation est désespérée. Les rations sont réduites au strict minimum. Les soldats sont trop faibles pour tenir les tranchées. Les désertions augmentent. Le 3 juillet, Pemberton envoie un drapeau blanc. Les négociations commencent. Grant exige une reddition inconditionnelle, puis accepte une libération sur parole (les prisonniers jurent de ne plus combattre avant d'être échangés). Le 4 juillet 1863, jour de l'Indépendance américaine, 29 500 soldats confédérés déposent les armes.

04 — Chapitre

Conséquences

Vicksburg tombe le même jour que la défaite de Lee à Gettysburg. Le 4 juillet 1863 est le jour le plus noir de la Confédération. À l'est, Lee bat en retraite vers la Virginie après trois jours de carnage en Pennsylvanie. À l'ouest, le Mississippi est perdu. Le président Lincoln résume la situation : "Le Père des Eaux coule désormais libre jusqu'à la mer."

La chute de Vicksburg coupe la Confédération en deux. Le Texas, l'Arkansas et la Louisiane occidentale sont isolés. Les approvisionnements en bétail, en chevaux et en sel (essentiel pour conserver la viande) cessent de traverser le fleuve. L'économie confédérée, déjà fragile, est amputée d'un tiers de son territoire. Port Hudson, dernier bastion confédéré sur le Mississippi, se rend le 9 juillet. Le fleuve est entièrement sous contrôle nordiste.

Grant sort de Vicksburg avec une réputation de stratège de premier ordre. Sa campagne, 18 jours de manœuvres audacieuses suivis de 47 jours de siège méthodique, est étudiée dans les académies militaires. Lincoln le nomme commandant de toutes les armées de l'Union en mars 1864. Grant appliquera alors la même détermination implacable contre Lee en Virginie : pas de recul, pas de pause, pression constante jusqu'à la reddition d'Appomattox (9 avril 1865).

Pour Vicksburg, la blessure est profonde. La ville refuse de célébrer le 4 juillet pendant 81 ans. Ce n'est qu'en 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale, que Vicksburg recommence à fêter le jour de l'Indépendance. Le champ de bataille est aujourd'hui un parc national, l'un des mieux préservés de la guerre de Sécession, avec 1 330 monuments et marqueurs commémoratifs.

Sur le plan militaire, Vicksburg est un modèle de guerre combinée : flotte fluviale, infanterie, artillerie de siège, guerre de mines, tout converge vers un objectif unique. Grant montre qu'un siège ne se résume pas à attendre : il faut créer les conditions du siège par une campagne de manœuvres préalable. Cette leçon restera valable pendant un siècle.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Pendant le siège, les habitants de Vicksburg creusèrent plus de 500 grottes dans les falaises de lœss pour échapper aux bombardements. Des familles entières vivaient sous terre, avec mobilier, tapis et bougies. Mary Ann Loughborough, épouse d'un officier confédéré, décrivit dans son journal la routine surréaliste de la vie souterraine : prendre le thé pendant que les obus explosaient au-dessus, bercer son bébé au rythme des détonations. Un jour, un obus transperça le plafond de sa grotte et s'enfonça dans le sol sans exploser, à un mètre du berceau. Elle continua de vivre dans la même grotte.

Généraux impliqués

Armée du Tennessee (Union) :
Général Ulysses S. Grant
Garnison confédérée :
Lieutenant-général John C. Pemberton

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi Vicksburg était-il stratégiquement vital pendant la guerre de Sécession ?

Vicksburg contrôlait le Mississippi, artère vitale de la Confédération. La ville, perchée sur des falaises de 60 mètres, dominait un coude du fleuve avec ses batteries d'artillerie lourde. Tant que Vicksburg tenait, le Texas, l'Arkansas et la Louisiane occidentale pouvaient envoyer bétail, chevaux et recrues aux armées confédérées. Lincoln résuma l'enjeu : "Vicksburg est la clé. La guerre ne peut pas être gagnée tant que cette clé n'est pas dans notre poche."

Comment Grant a-t-il réussi à investir Vicksburg après cinq échecs ?

Au printemps 1863, Grant conçut un plan audacieux. Il fit forcer le passage de sa flotte sous les batteries de Vicksburg (nuit du 16 avril), marcha ses troupes sur la rive ouest à travers les bayous, et traversa le Mississippi au sud de la forteresse. Sans ligne de ravitaillement, vivant sur le pays, il remporta cinq batailles en 18 jours, couvrit 300 kilomètres et enferma Pemberton dans Vicksburg par l'est, direction d'où personne ne l'attendait. C'est l'une des campagnes les plus brillantes de l'histoire militaire.

Pourquoi Vicksburg a-t-elle refusé de célébrer le 4 juillet pendant 81 ans ?

La reddition de Vicksburg le 4 juillet 1863, jour de l'Indépendance américaine, fut vécue comme une humiliation insupportable. Les habitants associèrent la date à la faim, aux bombardements, à la capitulation. La ville refusa de célébrer le 4 juillet jusqu'en 1944, quand le patriotisme de la Seconde Guerre mondiale fit passer la fierté locale au second plan. Ce boycott de 81 ans illustre la profondeur des blessures de la guerre civile dans le Sud américain.