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Atlas militaire interactif/Batailles/Bataille de Zusmarshausen

Époque Moderne

Bataille de Zusmarshausen

17 mai 1648·Zusmarshausen, Bavière, Saint-Empire romain germanique

À Zusmarshausen, Turenne et Wrangel surprennent l'arrière-garde impériale en pleine retraite à travers les forêts bavaroises. Le général Holzappel est tué, l'armée impériale se disloque. Cette victoire franco-suédoise brise la dernière résistance militaire impériale et pousse Ferdinand III à signer la paix de Westphalie cinq mois plus tard.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée franco-suédoise

Commandant : Turenne, Carl Gustaf Wrangel

Effectifs18 000 hommes
PertesLégères

Armée impériale et bavaroise

Commandant : Peter Melander von Holzappel, Jost Maximilian von Gronsfeld

Effectifs20 000 hommes
Pertes3 000 tués ou capturés

« L'une des dernières grandes batailles de la guerre de Trente Ans, qui ouvre la Bavière aux armées franco-suédoises et accélère la paix de Westphalie. »

02 — Chapitre

Contexte

Le printemps 1648. Trente ans de guerre. L'Allemagne est en ruines. Des régions entières ont perdu la moitié de leur population, parfois les deux tiers. Le Palatinat, la Poméranie, le Mecklembourg, le Wurtemberg : des terres dévastées, des villages abandonnés, des champs retournés à la friche. Les négociations de paix traînent à Münster et Osnabrück depuis 1644, mais chaque camp veut négocier en position de force. La guerre continue donc, plus lasse que furieuse, alimentée par l'inertie de la destruction.

Turenne commande l'armée française en Allemagne. À 36 ans, le vicomte a déjà derrière lui une décennie de campagnes. Depuis Tuttlingen (1643), où il a hérité des débris de l'armée de Rantzau, il a reconstruit une force capable de tenir tête aux impériaux. Il connaît le terrain, les routes, les gués, les cols de la Forêt-Noire. Méthodique, économe du sang de ses soldats, il privilégie la manœuvre au combat frontal. Son allié suédois, Carl Gustaf Wrangel, partage cette approche. Les deux hommes se sont entendus pour coordonner une offensive de printemps en Bavière.

Du côté impérial, la situation est précaire. L'armée de Ferdinand III, épuisée par trois décennies de guerre, manque de tout : hommes, chevaux, argent, munitions. Le commandant en chef est Peter Melander, comte de Holzappel, un vétéran calviniste passé au service de l'empereur par opportunisme (la guerre de Trente Ans produit ces paradoxes). Holzappel est un bon soldat, mais il commande une armée à bout de souffle. Son adjoint, Jost Maximilian von Gronsfeld, dirige le contingent bavarois, lui-même réduit par des années de campagnes.

La Bavière est l'enjeu. Maximilien Ier, l'électeur de Bavière, allié historique de l'empereur, a tenté une trêve séparée avec la France en 1647. Sous la pression de Vienne, il a rompu cet armistice. Turenne et Wrangel comptent le lui faire payer en envahissant son électorat. Si la Bavière tombe, l'empereur perd son dernier allié de poids. La paix deviendra inévitable.

Les deux armées manœuvrent en Souabe depuis avril. Holzappel cherche à protéger la Bavière sans risquer une bataille rangée. Il recule lentement vers l'est, couvrant les passages du Lech et du Danube. Mais Turenne et Wrangel le pressent, coupent ses lignes, harcèlent ses flancs. Le 17 mai, les impériaux se replient vers Augsbourg en passant par Zusmarshausen, petit bourg bavarois dans les collines boisées entre l'Iller et le Lech.

03 — Chapitre

Déroulement

Le matin du 17 mai 1648, l'armée impériale se retire en colonne le long de la route d'Augsbourg. Le terrain est difficile : collines, forêts denses, chemins étroits bordés de marécages. Holzappel a placé son arrière-garde en position défensive pour couvrir le passage du gros de l'armée. C'est cette arrière-garde que Turenne vise.

Turenne a repéré la vulnérabilité. Une armée en retraite, étirée sur des kilomètres de chemin forestier, ne peut pas se déployer en ligne de bataille. L'arrière-garde, coupée du corps principal par le terrain et la distance, peut être écrasée avant que les renforts n'arrivent. Le vicomte lance sa cavalerie en avant, suivie de l'infanterie au pas de charge.

L'attaque frappe vers midi. Les cavaliers français et suédois surgissent des bois et chargent l'arrière-garde impériale. Le choc est violent. Les cuirassiers de Turenne enfoncent les premiers rangs. La cavalerie bavaroise contre-charge, stabilise la ligne pendant un moment. Les deux masses de cavalerie s'entrechoquent dans les clairières, sabre contre sabre, pistolet contre pistolet.

Holzappel, informé de l'attaque, galope vers l'arrière pour prendre le commandement. C'est sa dernière décision. Une balle de mousquet le frappe en pleine poitrine. Le général impérial s'effondre, mort. La perte du commandant en chef sème la confusion dans les rangs impériaux. Gronsfeld prend le commandement, mais la chaîne d'ordres est brisée.

Turenne exploite immédiatement la désorganisation ennemie. Il engage son infanterie, qui déborde les flancs de l'arrière-garde impériale. Les mousquetaires français tirent depuis la lisière des bois, prenant les impériaux en enfilade. Wrangel, de son côté, lance ses Suédois contre l'aile opposée. L'arrière-garde impériale se retrouve pressée de trois côtés.

La résistance dure encore une heure, peut-être deux. Des régiments bavarois se battent avec l'énergie du désespoir, couvrant la retraite de leurs camarades. Mais le poids des attaques franco-suédoises finit par tout emporter. L'arrière-garde craque. Les soldats fuient dans les bois, abandonnant canons, chariots, drapeaux. La cavalerie légère suédoise se lance dans une poursuite acharnée à travers les forêts, capturant des groupes entiers de fuyards.

Le gros de l'armée impériale, alerté trop tard, parvient à traverser le Lech et à se replier vers Augsbourg. Mais l'arrière-garde est détruite. 3 000 impériaux tués ou capturés. Leur commandant en chef est mort. L'artillerie de l'arrière-garde est perdue. Les pertes franco-suédoises sont légères : Turenne a frappé là où l'ennemi ne pouvait pas se défendre, exploitant le terrain et la surprise avec sa maîtrise habituelle.

Zusmarshausen n'est pas une bataille géante. Pas de charges de cavalerie épiques à la Breitenfeld, pas de massacre à la Nördlingen. C'est une action d'arrière-garde, brutale et rapide, typique de la guerre de mouvement que Turenne pratique mieux que quiconque.

04 — Chapitre

Conséquences

Zusmarshausen ouvre la Bavière aux armées franco-suédoises. Le Lech franchi, plus rien ne protège Munich. L'électeur Maximilien Ier voit ses terres envahies, ses villes occupées, ses paysans rançonnés. C'est l'effondrement militaire de la Bavière, le plus fidèle allié de l'empereur depuis 1620. Maximilien supplie Ferdinand III de conclure la paix. Vienne n'a plus le choix.

La mort de Holzappel prive l'armée impériale de son commandant en chef au pire moment. Gronsfeld, son successeur, ne dispose ni de l'autorité ni des moyens pour monter une contre-offensive. L'armée impériale se replie, se fragmente, perd toute capacité offensive. Les Suédois en profitent pour envahir la Bohême, menaçant Prague elle-même.

Pour Turenne, Zusmarshausen confirme sa stature de premier général de France. Sa capacité à frapper vite, au bon endroit, avec le minimum de pertes, impressionne ses alliés et terrifie ses ennemis. Wrangel, pourtant commandant d'une armée rivale, reconnaît publiquement le génie tactique du Français. Cette réputation accompagnera Turenne pendant les trente années suivantes, jusqu'à sa mort au combat en 1675.

Cinq mois après Zusmarshausen, le 24 octobre 1648, les traités de Westphalie sont signés à Münster et Osnabrück. La guerre de Trente Ans s'achève. L'Allemagne a perdu entre un quart et un tiers de sa population, certaines régions jusqu'à 60%. Le Saint-Empire survit, mais transformé : un puzzle de 300 États quasi souverains, une mosaïque confessionnelle figée, un empereur affaibli. La France et la Suède, garantes des traités, dominent l'échiquier européen.

Zusmarshausen est l'une des dernières batailles d'une guerre qui a redéfini l'Europe. Pas la plus grande, pas la plus sanglante. Mais celle qui a rendu la paix inévitable.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Peter Melander, comte de Holzappel, tué à Zusmarshausen, incarne les paradoxes de la guerre de Trente Ans. Calviniste convaincu, il avait combattu pour les protestants pendant vingt ans avant de passer au service de l'empereur catholique Ferdinand III en 1645. Le motif ? L'argent, principalement. Ferdinand lui offrit le titre de comte, des terres, et le commandement suprême de l'armée impériale. Ses anciens alliés protestants le traitèrent de traître. Ses nouveaux alliés catholiques ne lui firent jamais confiance. À Zusmarshausen, il mourut en combattant pour un camp qu'il avait rejoint par calcul, frappé d'une balle alors qu'il tentait de sauver une armée qui n'était pas vraiment la sienne. Il avait 59 ans.

Généraux impliqués

Armée franco-suédoise :
TurenneCarl Gustaf Wrangel
Armée impériale et bavaroise :
Peter Melander von HolzappelJost Maximilian von Gronsfeld
Également lié :
Fait partie de

Guerre de Trente Ans

1618 – 1648 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi la bataille de Zusmarshausen a-t-elle accéléré la paix de Westphalie ?

Zusmarshausen a brisé la dernière capacité de résistance impériale. La mort du commandant Holzappel, la destruction de l'arrière-garde et l'invasion de la Bavière ont laissé l'empereur Ferdinand III sans armée et sans allié capable de poursuivre la guerre. L'électeur Maximilien de Bavière, dont le territoire était dévasté, exigea la paix immédiate. Simultanément, les Suédois envahirent la Bohême et menaçaient Prague. Encerclé militairement, isolé diplomatiquement, l'empereur n'avait plus d'autre choix que d'accepter les conditions de Münster et Osnabrück. La paix fut signée cinq mois plus tard.

Quel rôle a joué Turenne à la bataille de Zusmarshausen ?

Turenne a conçu et exécuté l'attaque contre l'arrière-garde impériale en retraite. Son talent a consisté à repérer la vulnérabilité d'une armée étirée sur un chemin forestier et à frapper avant que l'ennemi puisse se concentrer. Il a lancé sa cavalerie en premier pour fixer l'arrière-garde, puis engagé son infanterie pour déborder les flancs. En coordonnant son action avec Wrangel, il a enfermé les impériaux dans un étau. Turenne a obtenu une victoire décisive avec des pertes minimes, démontrant la maîtrise de la guerre de mouvement qui fera de lui le plus grand général français du XVIIe siècle.

Zusmarshausen est-elle vraiment la dernière bataille de la guerre de Trente Ans ?

Zusmarshausen est l'une des dernières grandes batailles, mais pas la toute dernière. Après le 17 mai 1648, des combats se poursuivirent jusqu'à la signature des traités de Westphalie le 24 octobre. Les Suédois assiégèrent Prague en juillet-octobre 1648, prenant la rive gauche de la ville. Des escarmouches eurent lieu en Flandre et en Italie. Mais Zusmarshausen fut le dernier affrontement majeur en Allemagne impliquant les armées principales. Après cette bataille, aucune force impériale ne fut capable de livrer un combat d'envergure sur le sol allemand.

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