Ère Contemporaine — Batailles de Changsha (1939-1944)
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Ère Contemporaine

Batailles de Changsha (1939-1944)

1939-1944 (quatre batailles)·Changsha, province du Hunan, Chine

Changsha, capitale du Hunan, fut l'objet de quatre batailles majeures entre 1939 et 1944. Le général chinois Xue Yue, surnommé le 'Patton chinois', repoussa trois offensives japonaises consécutives grâce à une stratégie de 'défense élastique' combinant retraite tactique et contre-attaque décisive. La quatrième bataille, en 1944, vit finalement la chute de la ville lors de l'opération Ichi-Go.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée nationale révolutionnaire chinoise

Commandant : Xue Yue

EffectifsEnviron 300 000 hommes par bataille (variable selon les engagements)
PertesEstimées entre 90 000 et 130 000 tués et blessés sur l'ensemble des quatre batailles

Armée impériale japonaise (11e armée)

Commandant : Divers commandants (Okamura, Anan, Yokoyama)

EffectifsEnviron 100 000 à 120 000 hommes par offensive
PertesEstimées entre 60 000 et 100 000 tués et blessés sur l'ensemble des quatre batailles

« Les trois premières batailles de Changsha furent parmi les rares victoires chinoises majeures de la Seconde Guerre mondiale, prouvant que le Japon ne pouvait conquérir toute la Chine. »

Contexte de la bataille de Batailles de Changsha (1939-1944)

Depuis le début de la guerre sino-japonaise en 1937, le Japon a conquis les principales villes côtières chinoises, Pékin, Shanghai, Nankin (avec le massacre qui s'ensuivit) et Canton. Le gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-chek s'est replié dans l'intérieur, à Chongqing (Chungking), et mène une guerre de résistance prolongée. La stratégie chinoise consiste à échanger l'espace contre le temps, reculant devant l'avance japonaise tout en épuisant l'envahisseur sur un territoire immense.

Changsha, capitale de la province du Hunan et noeud de communication vital dans le centre-sud de la Chine, devient un objectif stratégique majeur pour les Japonais. Sa capture ouvrirait la route vers Chongqing et pourrait forcer le gouvernement chinois à capituler. Le contrôle de la vallée du Yangzi et de la rivière Xiang, qui traverse Changsha, est essentiel pour la logistique japonaise.

La défense de Changsha est confiée au général Xue Yue, l'un des rares généraux chinois qui a démontré une capacité à vaincre les Japonais en bataille rangée. Xue Yue développe une doctrine défensive originale qu'il appelle "Tian Lu Di Wang" (le filet du ciel et de la terre). Le principe est le suivant : laisser les forces japonaises pénétrer dans un territoire préparé, étirer leurs lignes de communication, puis les frapper sur les flancs et les arrières avec des forces fraîches gardées en réserve, coupant leur ravitaillement et les forçant à se replier.

Cette stratégie nécessite une discipline et une coordination que peu d'armées chinoises de l'époque possèdent. Mais Xue Yue, administrateur rigoureux et chef de guerre exigeant, a formé et entraîné les troupes de la 9e zone de guerre avec une sévérité qui tranche avec le laxisme de nombreux commandants chinois. Il dispose d'environ 300 000 hommes, inférieurs en équipement et en puissance de feu aux Japonais, mais connaissant parfaitement le terrain et motivés par la défense de leur terre natale.

Comment s'est déroulée la bataille ?

**Première bataille de Changsha (septembre - octobre 1939)**

En septembre 1939, la 11e armée japonaise du général Okamura lance une offensive vers Changsha avec environ 100 000 hommes. Les Japonais avancent sur trois axes le long de la rivière Xiang et de ses affluents. Xue Yue applique sa stratégie de défense élastique : les avant-gardes chinoises ralentissent l'avance japonaise en combattant sur des positions successives, puis se replient. Les Japonais progressent jusqu'aux faubourgs de Changsha, mais leurs lignes de communication sont étirées et harcelées par les guérillas chinoises.

Xue Yue lance alors ses réserves en contre-attaque sur les flancs et les arrières japonais. Privés de ravitaillement et menacés d'encerclement, les Japonais doivent battre en retraite après avoir occupé brièvement certains quartiers de la ville. C'est l'une des premières victoires chinoises significatives de la guerre, qui booste considérablement le moral chinois et vaut à Xue Yue le surnom de "Tigre de Changsha".

**Deuxième bataille de Changsha (septembre 1941)**

En septembre 1941, les Japonais renouvellent l'offensive avec des forces renforcées. La 11e armée, sous le commandement du général Anan, traverse la rivière Xinqiang et s'empare de la ville le 27 septembre. Mais Xue Yue a de nouveau préparé le piège : il a positionné des forces sur les hauteurs dominant Changsha et sur les flancs de l'avance japonaise. La contre-attaque chinoise, lancée le 1er octobre, coupe les lignes de communication japonaises. Anan, menacé d'encerclement, ordonne le repli. Les Japonais évacuent Changsha le 8 octobre, ayant subi des pertes importantes. Cette victoire est d'autant plus remarquable qu'elle intervient trois mois après l'invasion allemande de l'URSS, à un moment où les Alliés occidentaux enregistrent des défaites partout.

**Troisième bataille de Changsha (décembre 1941 - janvier 1942)**

La troisième bataille, lancée quelques jours après Pearl Harbor, est la plus spectaculaire. Les Japonais, enhardis par leurs succès dans le Pacifique, lancent une offensive majeure avec 120 000 hommes. Xue Yue, tirant les leçons des deux premières batailles, perfectionne sa stratégie. Il laisse les Japonais pénétrer jusqu'au coeur de Changsha, puis referme le piège. Les contre-attaques chinoises, lancées depuis plusieurs directions, infligent de lourdes pertes aux Japonais. La retraite japonaise, sous la pression constante des troupes chinoises, se transforme en déroute partielle. Les Japonais perdent environ 50 000 hommes selon les sources chinoises (chiffre probablement exagéré, les estimations occidentales évoquent 10 000 à 15 000).

Cette victoire, la première victoire alliée majeure après Pearl Harbor, fait de Xue Yue un héros dans le monde allié. Time Magazine publie son portrait en couverture. Churchill et Roosevelt envoient des messages de félicitations.

**Quatrième bataille de Changsha (mai - août 1944)**

La quatrième et dernière bataille s'inscrit dans le cadre de l'opération Ichi-Go, la plus grande offensive terrestre japonaise de toute la guerre. Avec des forces massives (environ 360 000 hommes sur l'ensemble de l'opération), les Japonais visent à ouvrir un corridor terrestre continu entre la Mandchourie et l'Indochine et à détruire les bases aériennes américaines en Chine. Cette fois, la supériorité numérique japonaise est écrasante, et les forces chinoises, épuisées par des années de guerre, ne peuvent résister. Changsha tombe le 18 juin 1944 après une résistance acharnée mais insuffisante.

Les conséquences historiques

Les batailles de Changsha occupent une place importante mais souvent méconnue dans l'historiographie de la Seconde Guerre mondiale. Les trois premières victoires chinoises (1939, 1941, 1941-1942) démontrent que l'armée japonaise, malgré sa supériorité en équipement et en entraînement, peut être vaincue par une stratégie adaptée au terrain et aux circonstances. Xue Yue prouve que la défense élastique, combinant retraite contrôlée et contre-attaque massive, est une réponse efficace à la puissance de feu japonaise.

Sur le plan stratégique, les trois victoires de Changsha contribuent à fixer d'importantes forces japonaises en Chine, les empêchant d'être redéployées dans le Pacifique. Les historiens estiment que la résistance chinoise dans son ensemble immobilisa entre 600 000 et un million de soldats japonais qui auraient pu être déployés contre les Alliés occidentaux en Birmanie, en Inde ou dans le Pacifique.

La troisième bataille, en janvier 1942, a une portée symbolique considérable : elle survient au moment où les Alliés subissent des désastres en cascade (chute de Hong Kong, de la Malaisie, de Singapour, des Philippines). La victoire chinoise offre un rare motif d'espoir et renforce la position diplomatique de la Chine comme membre des "Quatre Grands" alliés.

La chute finale de Changsha en 1944, lors de l'opération Ichi-Go, expose les faiblesses structurelles de l'armée nationaliste chinoise : corruption, épuisement des troupes, rivalités entre seigneurs de guerre. Cette défaite contribue à l'érosion de la crédibilité du gouvernement de Tchang Kaï-chek et, à plus long terme, à la victoire communiste de Mao Zedong en 1949.

Le saviez-vous ?

Le général Xue Yue, avant la troisième bataille de Changsha en décembre 1941, prit une décision spectaculaire pour motiver ses troupes et démontrer sa détermination. Il fit brûler tous les bateaux sur la rivière Xiang, empêchant toute retraite de ses propres forces au-delà du fleuve, rappelant le célèbre geste d'Hernán Cortés brûlant ses navires au Mexique. Il déclara à ses officiers : "Si Changsha tombe, je tomberai avec elle." Cette détermination se communiqua aux soldats, qui combattirent avec une férocité inhabituelle. Après la victoire, Xue Yue devint l'un des rares généraux alliés à faire la couverture du Time Magazine américain, sous le titre "Défenseur de Changsha". Ironie de l'histoire, après la victoire communiste de 1949, Xue Yue s'exila à Taïwan, et ses victoires furent longtemps minimisées par l'historiographie officielle de la Chine populaire.

Généraux impliqués

Armée nationale révolutionnaire chinoise :
Xue Yue
Armée impériale japonaise (11e armée) :
Divers commandants (OkamuraAnanYokoyama)

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

CETTE BATAILLE FAIT PARTIE DESeconde Guerre mondiale (1939 – 1945) →

Batailles liées

Questions fréquentes

Qu'était la stratégie de "défense élastique" utilisée à Changsha ?

La stratégie de Xue Yue, appelée "Tian Lu Di Wang" (le filet du ciel et de la terre), consistait à laisser les forces japonaises avancer dans un territoire préparé plutôt que de les affronter frontalement. Les avant-gardes chinoises ralentissaient l'avance en combattant sur des positions successives, étirant les lignes de communication japonaises. Quand les Japonais atteignaient Changsha, épuisés et ravitaillés difficilement, Xue Yue lançait des réserves fraîches en contre-attaque sur les flancs et les arrières. Les guérillas locales coupaient les routes de ravitaillement. Privés de support logistique et menacés d'encerclement, les Japonais devaient battre en retraite.

Pourquoi les batailles de Changsha sont-elles si peu connues en Occident ?

Les batailles de Changsha sont méconnues en Occident pour plusieurs raisons. Le théâtre sino-japonais a toujours été secondaire dans l'historiographie occidentale, centrée sur l'Europe et le Pacifique. Les sources chinoises, souvent exagérées dans les chiffres de pertes ennemies, ont suscité le scepticisme des historiens occidentaux. La guerre froide a ensuite divisé la mémoire : la Chine nationaliste (Taïwan) et la Chine communiste ont chacune minimisé les exploits de l'autre camp. Xue Yue, général nationaliste, a vu ses victoires effacées de l'historiographie officielle en Chine populaire pendant des décennies.

Pourquoi la quatrième bataille fut-elle perdue alors que les trois premières avaient été gagnées ?

La quatrième bataille de Changsha (1944) s'inscrit dans l'opération Ichi-Go, la plus grande offensive terrestre japonaise de la guerre, avec environ 360 000 hommes. L'armée chinoise de 1944 n'avait plus la même combativité qu'en 1939-1942 : les troupes étaient épuisées par sept ans de guerre, le ravitaillement américain transitait par la Birmanie avec difficulté, et la corruption minait l'encadrement. La supériorité numérique japonaise était cette fois écrasante. De plus, les meilleures unités chinoises avaient été envoyées en Birmanie pour rouvrir la route terrestre vers la Chine. Changsha tomba le 18 juin 1944.