Accueil/Batailles/Guerre du Kippour

Ère Contemporaine

Guerre du Kippour

6–25 octobre 1973·Canal de Suez et plateau du Golan

Le 6 octobre 1973, jour du Kippour — le jeûne le plus sacré du judaïsme — l'Égypte et la Syrie attaquent simultanément Israël dans une surprise stratégique totale. Pendant trois jours, Israël est au bord du gouffre. Puis Tsahal se ressaisit, repousse les Syriens, traverse le canal de Suez et encercle la IIIe armée égyptienne. Une guerre de 19 jours qui redéfinit la guerre moderne.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Forces armées israéliennes (Tsahal)

Commandant : Lieutenant-général David Elazar

Effectifs415 000 hommes mobilisés
Pertes2 656 tués, 7 250 blessés

Forces armées égyptiennes et syriennes

Commandant : Général Ahmed Ismail Ali / Général Mustafa Tlass

Effectifs850 000 hommes (Égypte + Syrie)
Pertes8 528 tués (Égypte), 3 500 tués (Syrie)

« La guerre qui failli détruire Israël — et qui révéla les limites des doctrines blindées et aériennes héritées de 1967, déclenchant une révolution dans l'art de la guerre moderne. »

Contexte de la bataille de Guerre du Kippour

En 1967, lors de la Guerre des Six Jours, Israël avait écrasé l'Égypte, la Syrie et la Jordanie en six jours, capturant le Sinaï, la Cisjordanie, Gaza et le plateau du Golan. Cette victoire éclair avait instauré en Israël une confiance — certains diraient une arrogance — dans la supériorité absolue de ses forces armées.

Le président égyptien Anouar el-Sadate et le président syrien Hafez al-Assad préparèrent en secret une revanche depuis 1971. Leur plan : attaquer simultanément sur deux fronts à un moment et dans des conditions qui rendraient la réaction israélienne maximalement difficile. Le jour du Kippour — quand la quasi-totalité de la population juive est en jeûne et en prière, les réservistes difficiles à contacter, la radio et la télévision muettes — est choisi délibérément.

L'Égypte a tiré les leçons de 1967 : ses soldats reçoivent des missiles antichars Sagger et des missiles antiaériens SA-6, capables de détruire les chars et les avions israéliens qui avaient écrasé tout en 1967. Les Égyptiens entraînent pendant des mois leurs soldats à traverser le canal de Suez avec des équipements de génie innovants. Les Israéliens, de leur côté, ont négligé les renseignements signalant une attaque imminente — le "concept" dominant leur état-major affirme qu'un tel scénario est impossible.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 6 octobre à 14h00, 2 000 pièces d'artillerie égyptiennes ouvrent le feu simultanément le long du canal de Suez, pendant que l'armée de l'air syrienne attaque le Golan. 80 000 soldats égyptiens traversent le canal en quelques heures sur des ponts flottants. La ligne Bar-Lev, que les Israéliens croyaient infranchissable, est submergée. Dans le Golan, 1 400 chars syriens déferlent contre 170 chars israéliens.

Les premières 48 heures sont catastrophiques pour Israël. Les chars de la brigade blindée sur le Golan sont détruits par dizaines par les missiles Sagger. L'aviation israélienne subit des pertes insupportables face aux SA-6. Le gouvernement Meir envisage le recours à l'arme nucléaire. La Golda Meir téléphone à Henry Kissinger pour demander d'urgence du matériel américain.

Le pont aérien américain commence le 14 octobre — 567 vols en 32 jours. Avec du matériel frais, Israël contre-attaque. Au Golan, le "col des Pleurs" voit des combats de chars d'une intensité inégalée depuis Koursk. Les Syriens sont repoussés jusqu'à 40 kilomètres de Damas avant d'obtenir un cessez-le-feu.

Sur le canal de Suez, le général Ariel Sharon repère un vide entre la IIe et la IIIe armées égyptiennes. Dans la nuit du 15 au 16 octobre, ses chars traversent le canal vers l'ouest — en Égypte — et se retrouvent derrière les lignes égyptiennes. En quelques jours, la IIIe armée égyptienne est encerclée dans le Sinaï, privée de ravitaillement. Le cessez-le-feu du 25 octobre la sauve de la destruction totale.

Les conséquences historiques

La guerre du Kippour a des conséquences géopolitiques majeures. En Israël, la commission Agranat accable le commandement militaire et la classe politique : Golda Meir et Moshé Dayan sont contraints de démissionner. La "surprise de Yom Kippour" reste une blessure profonde dans la conscience israélienne.

En Égypte, Sadate transforme une défaite militaire partielle en victoire politique. Il avait prouvé que Tsahal n'était pas invincible. Fort de cette réputation restaurée, il put négocier avec Israël : les accords de Camp David (1978) et la paix israélo-égyptienne (1979) — une révolution diplomatique dans un Moyen-Orient incandescent.

Sur le plan militaire, Kippour révolutionne la doctrine blindée mondiale. Les missiles antichars portables et les missiles antiaériens mobiles ont rendu les doctrines héritées de la Seconde Guerre mondiale obsolètes. L'OTAN et l'URSS révisèrent entièrement leurs doctrines d'emploi des blindés et de l'aviation. Cette révolution dans les affaires militaires influencera directement les équipements et les tactiques de la guerre du Golfe de 1991.

Le choc pétrolier d'octobre 1973 — les pays arabes membres de l'OPEP décidèrent un embargo pétrolier contre les soutiens d'Israël — est une conséquence directe du Kippour. Les prix du pétrole quadruplèrent en quelques mois, plongeant l'Occident dans la première grande crise économique de l'après-guerre.

Le saviez-vous ?

Le soir du 5 octobre 1973, le chef du Mossad Zvi Zamir reçut un message de sa taupe la plus précieuse en Égypte : l'attaque aurait lieu le lendemain à 18h00. Il téléphona à ses supérieurs à 2h30 du matin. Le chef d'état-major David Elazar voulait une mobilisation générale immédiate. Golda Meir refusa — elle craignait d'être accusée d'avoir provoqué la guerre par une mobilisation préventive, comme en 1967. Elle autorisa seulement une mobilisation partielle. Les quelques heures perdues coûtèrent à Israël des centaines de chars et de vies dans les premières heures du combat. Ironie suprême : l'heure de l'attaque fournie par la taupe était fausse — l'attaque commença à 14h00 et non 18h00. La mobilisation partielle n'était de toute façon pas suffisante pour répondre à l'assaut.

Généraux impliqués

Forces armées israéliennes (Tsahal) :
Lieutenant-général David Elazar
Forces armées égyptiennes et syriennes :
Général Ahmed Ismail AliGénéral Mustafa Tlass

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Batailles liées

Questions fréquentes

Qui a gagné la guerre du Kippour ?

Militairement, Israël a remporté la guerre du Kippour après un début catastrophique. Tsahal repoussa les Syriens jusqu'aux portes de Damas, traversa le canal de Suez et encercla la IIIe armée égyptienne. Le cessez-le-feu du 25 octobre 1973, imposé par les superpuissances, sauva l'armée égyptienne de la destruction. Politiquement, Sadate put néanmoins revendiquer une forme de victoire : il avait brisé le mythe d'invincibilité israélien et créé les conditions de la paix israélo-égyptienne de 1979.

Pourquoi l'attaque du Kippour a-t-elle été une telle surprise pour Israël ?

La surprise du Kippour combine plusieurs facteurs. Le renseignement israélien disposait d'indices préoccupants mais un "concept" dogmatique dominait l'état-major : l'Égypte n'attaquerait pas tant qu'elle n'aurait pas des avions capables de détruire les bases aériennes israéliennes. Ce concept aveuglait l'interprétation des signaux d'alarme. De plus, le choix du jour du Kippour — quand la population juive était en jeûne et prière — rendait la mobilisation des réservistes extrêmement difficile. L'attaque simultanée sur deux fronts saturait les capacités de réaction israéliennes.

Quelles leçons militaires a-t-on tirées de la guerre du Kippour ?

La guerre du Kippour a révolutionné la doctrine militaire mondiale. Elle démontra que les missiles antichars portables (Sagger soviétiques) et les missiles antiaériens mobiles (SA-6) pouvaient neutraliser la supériorité blindée et aérienne héritée de la Seconde Guerre mondiale. L'OTAN révisa entièrement sa doctrine d'emploi des blindés en Europe centrale. Les forces armées du monde entier développèrent des moyens de guerre électronique pour neutraliser ces missiles guidés. Ces leçons influencèrent directement la doctrine américaine "Air-Land Battle" et les équipements utilisés lors de la guerre du Golfe de 1991.