« Mon centre cède, ma droite recule, situation excellente, j'attaque. »
Biographie
Joseph Jacques Césaire Joffre naît le 12 janvier 1852 à Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales. Fils d'un tonnelier, il entre à Polytechnique à 17 ans. Officier du génie, il fait carrière dans les colonies : Formose en 1885, Soudan français en 1892 (il dirige la construction du chemin de fer Kayes-Bamako), Madagascar en 1900 sous Gallieni. C'est un bâtisseur, pas un stratège de cabinet. Un homme de terrain, massif, calme, avec un appétit légendaire et un flegme que rien ne semble ébranler.
En 1911, il est nommé chef d'état-major général, le poste militaire suprême en France. Choix politique autant que militaire : Joffre est républicain, discret, obéissant au pouvoir civil. Il n'a pas l'éclat de Foch ni la morgue de Castelnau. C'est un fonctionnaire de la guerre. Son premier acte est d'adopter le Plan XVII, doctrine offensive à outrance inspirée par la pensée de Foch et Grandmaison : l'attaque frontale, l'élan vital, la supériorité morale française. Une doctrine meurtrière.
Août 1914. Le Plan XVII s'effondre en deux semaines. La bataille des Frontières (14-24 août) coûte 300 000 victimes françaises. Les armées reculent sur toute la ligne. C'est le pire désastre militaire français depuis 1870. Joffre réagit avec une brutalité administrative froide : il limoge 50 généraux en trois semaines (deux commandants d'armée, dix commandants de corps), un carnage hiérarchique sans précédent. Il nomme des hommes compétents à la place. Gallieni à Paris, Franchet d'Esperey à la 5e Armée, Foch à la 9e Armée. Puis il attend.
Le miracle de la Marne (5-12 septembre 1914) est son chef-d'oeuvre. Quand les Allemands de von Kluck pivotent vers le sud-est au lieu de contourner Paris, Joffre saisit l'occasion. Il ordonne la contre-attaque générale. Son ordre du jour du 6 septembre est célèbre : "Au moment où s'engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière." La Marne sauve la France. L'armée allemande recule. La guerre de mouvement s'arrête. Les tranchées commencent.
Mais Joffre ne sait pas faire la guerre de tranchées. De 1915 à 1916, il lance des offensives frontales coûteuses et stériles : Artois, Champagne, des dizaines de milliers de morts pour quelques centaines de mètres. L'apparition de la crise de Verdun (février 1916), qu'il a négligée en dégarni les forts, écorne sa réputation. L'offensive de la Somme (juillet 1916), pensée comme la grande percée, s'enlise dans la boue et le sang. En décembre 1916, Joffre est promu maréchal de France, un honneur doré qui masque une disgrâce : il est remplacé par Nivelle, puis par Pétain et Foch.
Joffre reste la figure la plus controversée de la Grande Guerre française. Le sauveur de la Marne est aussi le boucher des Frontières. L'homme qui limogea 50 généraux incompétents est celui qui adopta le Plan XVII. Son flegme légendaire (il ne manqua jamais un repas, même au pire de la bataille) est à la fois sa force et son mystère. Il mourut en 1931, éclipsé par Foch et Pétain dans la mémoire nationale.
Batailles clés
Duels hypothétiques
Falkenhayn est plus fin tacticien, Joffre plus solide nerveusement. Falkenhayn conçoit le piège de Verdun avec une froide intelligence ; Joffre aurait résisté par sa masse et son sang-froid. Avantage Falkenhayn en manoeuvre, Joffre en endurance.
Foch est plus offensif, plus charismatique, plus audacieux. Joffre est plus méthodique, plus calme sous la pression. Foch gagne les batailles par l'élan ; Joffre les gagne par la gestion. En 1914, Joffre est l'homme de la situation. En 1918, c'est Foch.