Ère Contemporaine
Bataille de la Somme
La Somme reste la bataille la plus meurtrière de l'histoire britannique. Le seul 1er juillet 1916, l'armée britannique perd 57 470 hommes en une seule journée. En cinq mois de combats acharnés pour quelques kilomètres de terrain picard, les deux camps perdent ensemble plus d'un million de combattants. La Somme est le symbole de la guerre industrielle portée à son paroxysme le plus tragique.
Forces en Présence
Armées britannique et française
Commandant : Général Douglas Haig / Général Ferdinand Foch
IIe armée allemande
Commandant : Général Fritz von Below
« L'une des batailles les plus meurtrières de l'histoire de l'humanité, symbole absolu de la boucherie industrielle de la Première Guerre mondiale. »
Publié le 10 mars 2026 · mis à jour le 30 mars 2026
Contexte
En 1916, la guerre de tranchées dure depuis deux ans. Le front occidental est une ligne de fortifications quasi infranchissable s'étendant sur 700 kilomètres, de la mer du Nord aux Vosges. Les tentatives de percée ont toutes échoué avec des pertes effroyables : Artois en 1915, Champagne la même année, chaque offensive gagnant quelques centaines de mètres au prix de dizaines de milliers de vies. Le général Haig, commandant de l'armée britannique depuis décembre 1915, planifie une offensive massive sur la Somme. L'objectif initial est une attaque conjointe franco-britannique. Mais en février 1916, Falkenhayn lance l'offensive de Verdun, qui aspire les divisions françaises dans un broyeur infernal. L'offensive de la Somme devient avant tout britannique, destinée à soulager la pression sur les Français à Verdun.
Le plan de Haig repose sur une idée simple : écraser les défenses allemandes sous un bombardement d'artillerie sans précédent, puis faire avancer l'infanterie à travers les ruines. La préparation est d'une ampleur inégalée : 1 508 pièces d'artillerie pilonnent les lignes allemandes pendant sept jours consécutifs, tirant 1 508 000 obus. Le grondement s'entend jusqu'à Londres. Haig est convaincu que ce déluge d'acier aura détruit toutes les défenses allemandes. Les soldats britanniques pourront marcher, selon ses prévisions, sans opposition jusqu'aux positions ennemies. Des plans sont élaborés pour la poursuite de cavalerie après la percée. L'optimisme règne à l'état-major.
Ce qui attendait les soldats était radicalement différent. Les Allemands, sous les ordres du méticuleux Fritz von Below, avaient creusé des bunkers à 10 mètres de profondeur dans le calcaire picard, inaccessibles aux obus britanniques. La semaine de bombardement, loin de les anéantir, les avait simplement poussés plus profond dans leurs abris. De plus, une proportion alarmante des obus britanniques n'explosèrent pas (jusqu'à un tiers selon certaines estimations), qualité de fabrication insuffisante dans les usines travaillant à la chaîne pour fournir les quantités exigées. Les barbelés, que l'artillerie devait couper, restèrent largement intacts dans de nombreux secteurs. Au signal de l'assaut, les mitrailleurs allemands remontèrent de leurs abris, installèrent leurs Maxim sur les parapets, et attendirent.
Déroulement
Le 1er juillet 1916 à 7h30, après le déclenchement de plusieurs mines géantes sous les positions allemandes, les soldats britanniques montent à l'assaut. Ils avancent en lignes serrées à travers le No Man's Land, conformément aux ordres. En quelques minutes, les mitrailleuses allemandes ouvrent le feu. La catastrophe est immédiate et totale. Dans certains secteurs, des bataillons entiers sont anéantis en moins de dix minutes sans avoir atteint les fils de fer barbelés allemands. Le Newfoundland Regiment perd 90 % de ses effectifs en trente minutes.
Au soir du 1er juillet, l'armée britannique a subi 57 470 pertes (tués, blessés et disparus) en une seule journée. C'est le jour le plus meurtrier de toute l'histoire militaire britannique. À peine quelques objectifs mineurs ont été atteints. Du côté français, Foch obtient de meilleurs résultats au sud, avec des tactiques plus souples. Mais le bilan global est catastrophique.
Haig ne s'arrête pas. La bataille continue pendant quatre mois et demi, dans une succession d'offensives partielles, de combats pour des villages en ruines (Pozières, Thiepval, Guillemont, Ginchy, Flers, Courcelette), de mètres gagnés et reperdus dans la boue d'automne. Chaque village est un point fortifié, chaque cave un nid de mitrailleuses, chaque pommier un poste d'observation. Les Australiens et les Canadiens subissent leurs baptêmes du feu les plus sanglants dans les décombres de Pozières et de Courcelette. C'est à la Somme que les Britanniques utilisent pour la première fois les chars d'assaut, le 15 septembre 1916 lors de l'offensive de Flers-Courcelette. 49 Mark I s'ébranlent vers les lignes allemandes ; beaucoup tombent en panne ou s'enlisent dans les trous d'obus avant d'atteindre l'ennemi. Les 32 qui parviennent au combat créent la terreur dans les rangs allemands, mais Haig a engagé cette arme secrète prématurément, en trop petit nombre, sur un terrain trop ravagé pour qu'elle soit décisive. L'effet de surprise est réel mais gaspillé.
La boue de la Somme devient un enfer particulier à l'automne. Les tranchées s'effondrent, les blessés se noient dans les entonnoirs remplis d'eau. Les hommes vivent dans la fange, mangent dans la fange, meurent dans la fange. Les conditions sanitaires sont catastrophiques. Les rats pullulent, se nourrissant des cadavres. La maladie tue autant que les obus dans certains secteurs.
Le 18 novembre 1916, la bataille s'arrête sur décision de Haig, autant par épuisement que par choix stratégique. Les Alliés ont avancé de 10 kilomètres en moyenne sur un front de 30 kilomètres. Ils n'ont jamais percé. Le coût : plus d'un million de tués, blessés et disparus des deux côtés, pour un résultat qui n'a modifié en rien l'équilibre stratégique de la guerre.
Conséquences
La Somme traumatise les sociétés britannique et française pour une génération. En Grande-Bretagne, le 1er juillet 1916 reste le jour le plus sombre de l'histoire militaire nationale. Presque chaque ville, chaque village, chaque famille britannique perd quelqu'un ce jour-là. Les "Pals Battalions", ces unités de volontaires qui avaient recruté dans les mêmes quartiers, les mêmes usines, les mêmes clubs de football, sont rayés d'un coup. Accrington, Bradford, Leeds, Sheffield : des communautés entières perdent leurs jeunes hommes le même matin. Le traumatisme collectif engendre le mouvement pacifiste des années 1920-1930 et influencera directement la politique d'apaisement face à Hitler. Le souvenir de la Somme, plus que toute autre bataille, explique pourquoi Chamberlain signa les accords de Munich en 1938.
Pour l'Allemagne, la Somme est également catastrophique. Les divisions d'élite qui défendaient le secteur sont épuisées et pratiquement détruites. L'armée allemande, qui avait tenu ses positions avec une ténacité acharnée, sort de la bataille affaiblie dans ses cadres et son moral. Falkenhayn, chef d'état-major qui avait parallèlement lancé l'offensive de Verdun dans le but de "saigner la France à blanc", est lui-même victime de sa propre stratégie : l'Allemagne s'est saignée à blanc aussi, sur deux fronts simultanément. Il est remplacé par le duo Hindenburg-Ludendorff en août 1916. Ce changement de commandement marque un tournant : Ludendorff adoptera des tactiques défensives élastiques (la ligne Hindenburg) et des tactiques offensives d'infiltration (les Sturmtruppen) qui seront les innovations majeures de 1917-1918.
La Somme marque un tournant dans l'histoire militaire : c'est la démonstration définitive que la guerre industrielle moderne a rendu obsolètes toutes les tactiques offensives héritées du XIXe siècle. Artillerie, mitrailleuses et barbelés dominent le champ de bataille. La réponse (les chars, les tactiques d'infiltration, la coordination interarmes, la guerre de mouvement) mettra encore deux ans à mûrir suffisamment pour briser la paralysie des tranchées. Sur les champs de la Somme, aujourd'hui encore, les laboureurs picards retournent des obus non explosés, des fragments de métal et des os humains. La terre n'a pas fini de rendre ses morts.
Le saviez-vous ?
Parmi les soldats qui attendaient l'assaut du 1er juillet 1916 se trouvait un jeune officier de signalisation du Lancashire Fusiliers nommé J.R.R. Tolkien. Il participa à la bataille de la Somme, vit mourir la plupart de ses amis proches, et contracta la "fièvre des tranchées" qui l'envoya à l'hôpital en novembre 1916. C'est dans les hôpitaux de convalescence qu'il commença à écrire les premières ébauches de ce qui deviendrait "Le Silmarillion" puis "Le Seigneur des Anneaux". Tolkien a toujours refusé d'admettre une influence directe de la guerre sur son œuvre. Mais les Morts-Vivants marchant en files serrées, les paysages dévastés de la Mordor, les combats sans fin dans des terres de boue et de désespoir, qui connaît la Somme ne peut pas ne pas y voir le souvenir de la Picardie de 1916.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Combien de soldats sont morts à la bataille de la Somme ?
La bataille de la Somme est l'une des plus meurtrières de l'histoire humaine. Sur les cinq mois de combats (juillet-novembre 1916), les pertes totales s'élèvent à environ 1,3 million d'hommes tous camps confondus : 623 000 pertes britanniques (dont 420 000 tués), 204 000 pertes françaises, et entre 465 000 et 650 000 pertes allemandes selon les sources. Le seul 1er juillet 1916, l'armée britannique subit 57 470 pertes en une journée, le jour le plus meurtrier de toute l'histoire militaire britannique.
Pourquoi la bataille de la Somme a-t-elle été un tel désastre pour les Britanniques ?
La catastrophe du 1er juillet résulte de plusieurs erreurs combinées. La préparation d'artillerie d'une semaine, censée détruire toutes les défenses allemandes, avait en réalité échoué : les Allemands s'étaient abrités à 10 mètres de profondeur dans des bunkers indestructibles. Une proportion élevée des obus britanniques n'avait pas explosé. Quand les soldats avancèrent en lignes serrées à travers le No Man's Land, les mitrailleurs allemands remontèrent de leurs abris intacts et ouvrirent le feu. Les tactiques rigides imposées par le commandement (avancer au pas, en lignes) achevèrent le désastre.
Quels chars ont été utilisés pour la première fois à la bataille de la Somme ?
Les chars d'assaut Mark I britanniques furent utilisés pour la première fois au combat lors de la bataille de la Somme, le 15 septembre 1916, lors de l'offensive de Flers-Courcelette. 49 chars furent engagés, dont beaucoup tombèrent en panne avant d'atteindre les lignes ennemies. Les 32 qui parvinrent au combat créèrent la terreur dans les rangs allemands mais furent trop peu nombreux pour être décisifs. La surprise stratégique était immense, les soldats allemands rapportèrent avoir fui devant ces monstres d'acier crachant du feu, mais Haig avait engagé cette arme secrète prématurément et en trop petit nombre.