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Ère Contemporaine

Bataille de la Marne

5–12 septembre 1914·Vallée de la Marne, Île-de-France

La "Victoire de la Marne" est le miracle militaire qui sauve la France en septembre 1914. Après un mois de défaites catastrophiques, le général Joffre lance une contre-offensive qui stoppe net l'avance allemande et oblige l'ennemi à se replier sur l'Aisne. C'est la fin du plan Schlieffen, la mort de la guerre courte, et le début de quatre années de tranchées.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armées françaises et Corps expéditionnaire britannique

Commandant : Général Joseph Joffre

Effectifs1 082 000 hommes
Pertes250 000 tués ou blessés

Ier et IIe armées allemandes

Commandant : Généraloberstleutnant Helmuth von Moltke le Jeune

Effectifs900 000 hommes
Pertes220 000 tués ou blessés
Effectifs & Pertes
Armées françaises et Corps expéditionnaire britannique(vainqueur)Ier et IIe armées allemandes(vaincu)
0271k541k812k1082k00EFFECTIFS00PERTES23%des effectifs24%des effectifs

« Arrête l'invasion allemande à 50 km de Paris et enterre le plan Schlieffen, la guerre rapide devient guerre de tranchées pour quatre ans. »

Publié le 10 mars 2026 · mis à jour le 19 mars 2026

02 — Chapitre

Contexte

L'été 1914 voit l'Allemagne déployer le plan Schlieffen dans sa version modifiée : envelopper la France par la Belgique avec l'aile droite renforcée, écraser l'armée française en six semaines, puis transférer les troupes à l'est pour affronter la Russie. La stratégie repose sur la vitesse. Six semaines. Pas un jour de plus. Pendant tout le mois d'août, le plan semble fonctionner. L'armée française est bousculée aux frontières lors de la bataille des Frontières (14-25 août), l'armée britannique est enfoncée à Mons, les divisions françaises reculent vers le sud dans une "grande retraite" épuisante. Les pertes françaises d'août 1914 dépassent 300 000 hommes. Le seul mois d'août coûte plus de vies que n'importe quelle bataille isolée de la guerre.

Paris semble à portée. Le gouvernement français quitte la capitale pour Bordeaux le 2 septembre, emportant archives et réserves d'or. La panique gagne les Parisiens : des milliers de civils fuient vers le sud. Le gouverneur militaire de Paris, le général Gallieni, 65 ans, sorti de sa retraite pour la circonstance, prépare la défense de la ville et observe avec attention les mouvements allemands. Les avions de reconnaissance signalent quelque chose d'inattendu : la Ire armée allemande du général von Kluck, au lieu de contourner Paris par l'ouest comme le prescrivait le plan Schlieffen original, tourne vers l'est en passant au nord-est de la capitale. Von Kluck poursuit les troupes françaises en retraite. Il veut les achever. Mais en les poursuivant, il commet une erreur fatale.

Ce changement de direction, destiné à couper la retraite des armées françaises plutôt que d'encercler Paris, crée un écart béant entre la Ire et la IIe armée allemandes de Bülow. 45 kilomètres de vide. Aucune troupe pour couvrir ce flanc. Gallieni le voit le premier grâce aux observations aériennes du capitaine Bellenger. Joffre, informé, comprend l'opportunité extraordinaire qui s'offre : attaquer le flanc exposé de von Kluck dans cet écart. Le commandant en chef français, homme massif, placide, dormant huit heures par nuit même en pleine crise, prend alors la décision la plus importante de la guerre. Le 4 septembre, il signe l'ordre général n°6. Les armées françaises épuisées, qui reculent depuis un mois, vont devoir se retourner et attaquer. "L'heure est venue de se faire tuer sur place plutôt que de reculer", écrit-il à ses généraux.

03 — Chapitre

Déroulement

Le 5 septembre 1914, l'armée de Paris du général Maunoury attaque le flanc droit découvert de von Kluck sur l'Ourcq. C'est le signal de la contre-offensive générale. Von Kluck, surpris, doit se retourner pour faire face à cette menace imprévue. Il rappelle deux corps d'armée qui poursuivaient les Français vers le sud. Mais en se retournant, il creuse encore davantage l'écart avec la IIe armée de Bülow : un vide de 45 kilomètres dans les lignes allemandes, sans aucune troupe pour le couvrir. Joffre va s'y engouffrer.

L'armée britannique de French et la IXe armée française de Foch pénètrent dans ce couloir. La progression est lente, prudente (le corps expéditionnaire britannique avance de seulement 12 kilomètres par jour, méfiant après les défaites d'août), mais elle menace de couper en deux le dispositif allemand. Les communications entre les commandants allemands se brouillent. Moltke le Jeune, retranché au Grand Quartier Général à Luxembourg, à 200 kilomètres du front, perd le contact avec ses armées. Il envoie le lieutenant-colonel Hentsch évaluer la situation sur le terrain. Hentsch découvre une brèche béante et autorise le repli de la IIe armée. A-t-il dépassé ses instructions ? La controverse historique dure encore. Ce qui est certain : un simple lieutenant-colonel décida du sort de la bataille.

L'épisode des "taxis de la Marne" reste dans la mémoire collective, bien qu'il soit partiellement mythifié. Gallieni réquisitionne environ 600 taxis Renault AG parisiens pour transporter en urgence 6 000 soldats du 103e et du 104e régiment d'infanterie jusqu'au front de l'Ourcq. Les chauffeurs font deux rotations dans la nuit du 7 au 8 septembre, compteur allumé. L'armée les rembourse : 27 000 francs au total. Ce n'est pas décisif militairement (le gros des renforts arrive par train) mais le symbole est puissant : Paris défend Paris.

Les combats durent une semaine, intenses et meurtriers sur un front de plus de 200 kilomètres, de Meaux à Verdun. Six armées françaises et le corps expéditionnaire britannique affrontent cinq armées allemandes. Les pertes s'accumulent à un rythme effroyable : entre 20 000 et 25 000 morts par jour des deux côtés. Les armées allemandes, qui avaient marché sans relâche pendant un mois, couvrant parfois 40 kilomètres par jour dans la chaleur d'août, sont à bout. Leur logistique est au point de rupture : les chevaux meurent d'épuisement, les munitions se raréfient, les soldats n'ont pas dormi depuis des jours. Les soldats français, quoiqu'épuisés eux aussi, combattent sur leur sol et à proximité de leurs bases de ravitaillement. Le 9 septembre, Bülow ordonne le repli de la IIe armée, craignant l'encerclement. Von Kluck n'a plus le choix : la Ire armée recule à son tour. En trois jours, les armées allemandes reculent de 50 à 60 kilomètres jusqu'à l'Aisne.

Sur l'Aisne, elles s'arrêtent et creusent les premières tranchées. Les Français tentent de les déborder par le nord, les Allemands font de même. C'est la "course à la mer", qui durera jusqu'en novembre 1914 et se terminera par la formation d'une ligne de tranchées ininterrompue des Vosges à la mer du Nord. 700 kilomètres de boue et de barbelés.

04 — Chapitre

Conséquences

La Marne est l'une des batailles les plus importantes du XXe siècle. Elle détruit le plan Schlieffen et toutes les espérances allemandes d'une guerre courte. La France ne sera pas écrasée en six semaines. La guerre à deux fronts que Schlieffen voulait éviter à tout prix devient réalité. L'Allemagne devra désormais tenir contre la France et la Grande-Bretagne à l'ouest, et contre la Russie à l'est. Le cauchemar stratégique allemand commence.

Pour la France, la Marne est un soulagement prodigieux après les désastres d'août, mais une victoire incomplète. L'armée allemande n'est pas détruite, elle est seulement repoussée. Elle va s'enterrer sur des positions défensives formidables que quatre années de combats acharnés ne parviendront pas à faire bouger de plus de quelques kilomètres. Le nord de la France, ses mines, ses usines, ses terres agricoles, reste occupé par l'ennemi.

La bataille de la Marne engage ainsi la France dans une guerre d'attrition qui la saignera à blanc : 1 400 000 soldats français morts entre 1914 et 1918. Verdun, la Somme, le Chemin des Dames, toutes ces tragédies sont les enfants de la Marne. La victoire de 1914 a sauvé la France mais ouvert la porte aux quatre années les plus meurtrières de son histoire. Une génération entière d'hommes sera fauchée.

Moltke le Jeune, anéanti par l'échec du plan qu'il avait modifié contre l'avis de Schlieffen, est relevé de son commandement en septembre et remplacé par Falkenhayn. Il dit à l'Empereur Guillaume II le 14 septembre : "Majesté, nous avons perdu la guerre." Il avait raison sur le fond, tort sur le calendrier : il faudrait quatre ans de plus et des millions de morts supplémentaires pour que l'Allemagne accepte sa défaite.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Le général Gallieni, gouverneur de Paris et véritable initiateur de la contre-offensive de la Marne, ne fut jamais vraiment reconnu de son vivant. Joffre, commandant en chef, s'attribua l'essentiel de la gloire. La rivalité entre les deux hommes empoisonnera leurs relations jusqu'à la mort de Gallieni en 1916. Nommé ministre de la Guerre en 1915, Gallieni mena contre Joffre une campagne administrative acharnée pour lui reprendre sa réputation. Il mourut d'une opération chirurgicale en mai 1916, peu après avoir démissionné. Nomm maréchal à titre posthume en 1921, cinq ans après Joffre, il attendit d'être mort pour recevoir la dignité que beaucoup estimaient lui revenir de son vivant.

Généraux impliqués

Armées françaises et Corps expéditionnaire britannique :
Ier et IIe armées allemandes :
Généraloberstleutnant Helmuth von Moltke le Jeune
Fait partie de

Première Guerre mondiale

1914 – 1918 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Qui a gagné la bataille de la Marne en 1914 ?

La France et ses alliés britanniques ont remporté la bataille de la Marne. Le général Joffre, avec le soutien du gouverneur de Paris Gallieni, lança une contre-offensive le 5 septembre 1914 qui exploita une brèche de 45 kilomètres entre les Ire et IIe armées allemandes. En une semaine de combats, les armées du Kaiser furent repoussées de 50 à 60 kilomètres jusqu'à l'Aisne, sauvant Paris et la France d'une défaite rapide. Cette victoire est considérée comme l'une des plus importantes de la Première Guerre mondiale.

Combien de soldats ont combattu à la bataille de la Marne ?

La bataille de la Marne est l'une des plus grandes batailles de l'histoire en termes d'effectifs engagés. Du côté franco-britannique, environ 1 082 000 hommes participèrent aux combats, répartis en six armées françaises et un corps expéditionnaire britannique. L'Allemagne engagea environ 900 000 hommes avec ses Ire et IIe armées. Les pertes furent considérables des deux côtés : environ 250 000 tués et blessés français et britanniques, et 220 000 du côté allemand en une seule semaine de combats.

Qu'est-ce que les taxis de la Marne ?

Le 7 septembre 1914, le général Gallieni réquisitionna environ 600 taxis parisiens Renault AG pour transporter en urgence des renforts, environ 6 000 soldats du 103e régiment d'infanterie, jusqu'au front de l'Ourcq, où l'armée de Maunoury était en difficulté. Les chauffeurs firent deux rotations dans la nuit, compteur allumé, et furent remboursés par l'armée (27 000 francs en tout). L'apport militaire fut limité, le gros des renforts arriva par train, mais le symbole de Paris défendant Paris reste l'image la plus forte de la bataille.

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