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Ère Contemporaine

Bataille de la Marne

5–12 septembre 1914·Vallée de la Marne, Île-de-France

La "Victoire de la Marne" est le miracle militaire qui sauve la France en septembre 1914. Après un mois de défaites catastrophiques, le général Joffre lance une contre-offensive qui stoppe net l'avance allemande et oblige l'ennemi à se replier sur l'Aisne. C'est la fin du plan Schlieffen, la mort de la guerre courte, et le début de quatre années de tranchées.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armées françaises et Corps expéditionnaire britannique

Commandant : Général Joseph Joffre

Effectifs1 082 000 hommes
Pertes250 000 tués ou blessés

Ier et IIe armées allemandes

Commandant : Généraloberstleutnant Helmuth von Moltke le Jeune

Effectifs900 000 hommes
Pertes220 000 tués ou blessés

« Arrête l'invasion allemande à 50 km de Paris et enterre le plan Schlieffen — la guerre rapide devient guerre de tranchées pour quatre ans. »

Contexte de la bataille de Bataille de la Marne

L'été 1914 voit l'Allemagne déployer le plan Schlieffen dans sa version modifiée : envelopper la France par la Belgique avec l'aile droite renforcée, écraser l'armée française en six semaines, puis transférer les troupes à l'est pour affronter la Russie. La stratégie repose sur la vitesse. Pendant tout le mois d'août, le plan semble fonctionner. L'armée française est bousculée aux frontières, l'armée britannique est enfoncée à Mons, les divisions françaises reculent vers le sud dans une "grande retraite" épuisante.

Paris semble à portée. Le gouvernement français quitte la capitale pour Bordeaux le 2 septembre. Le gouverneur militaire de Paris, le général Gallieni, prépare la défense de la ville et observe avec attention les mouvements allemands. Les avions de reconnaissance signalent quelque chose d'inattendu : la Ire armée allemande du général von Kluck, au lieu de contourner Paris par l'ouest comme prévu, tourne vers l'est en passant au nord-est de la capitale.

Ce changement de direction, destiné à couper la retraite des armées françaises plutôt que d'encercler Paris, crée un écart béant entre la Ire et la IIe armée allemandes. Gallieni le voit le premier. Joffre, informé, comprend l'opportunité extraordinaire qui s'offre : attaquer le flanc exposé de von Kluck dans cet écart. Le moment est venu de contre-attaquer. Le 4 septembre, Joffre donne l'ordre général. Les armées françaises épuisées vont devoir, une dernière fois, se retourner et attaquer.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 5 septembre 1914, l'armée de Paris du général Maunoury attaque le flanc droit découvert de von Kluck. C'est le signal de la contre-offensive générale. Von Kluck doit se retourner pour faire face à cette menace imprévue. Mais en se retournant, il creuse encore davantage l'écart avec la IIe armée de Bülow — un vide de 45 kilomètres dans les lignes allemandes, dans lequel Joffre va s'engouffrer.

L'armée britannique de French et la IXe armée française de Foch pénètrent dans ce couloir. Les communications entre les commandants allemands se brouillent. Le lieutenant-colonel Hentsch, envoyé par Moltke pour évaluer la situation, dépasse peut-être ses instructions en autorisant le repli. La controverse historique dure encore.

L'épisode des "taxis de la Marne" reste dans la mémoire collective, bien qu'il soit partiellement mythifié. Gallieni réquisitionne 600 taxis parisiens pour transporter en urgence 6 000 soldats du 7e corps d'armée jusqu'au front de l'Ourcq. Ce n'est pas décisif militairement — le gros des troupes arrive par train — mais le symbole est puissant : Paris se mobilise pour se défendre.

Les combats durent une semaine, intenses et meurtriers. Les armées allemandes, qui avaient marché sans relâche pendant un mois, sont à bout. Leur logistique est à la limite. Les soldats français, quoiqu'épuisés, combattent sur leur sol et à proximité de leurs bases de ravitaillement. Le 9 septembre, Bülow ordonne le repli de la IIe armée. Von Kluck n'a plus le choix : la Ire armée recule à son tour. En trois jours, les armées allemandes reculent de 50 à 60 kilomètres jusqu'à l'Aisne.

Sur l'Aisne, elles s'arrêtent et s'enterrent. Les Français tentent de les déborder par le nord — les Allemands font de même. C'est la "course à la mer", qui durera jusqu'en novembre 1914 et se terminera par la formation d'une ligne de tranchées ininterrompue des Vosges à la mer du Nord.

Les conséquences historiques

La Marne est l'une des batailles les plus importantes du XXe siècle. Elle détruit le plan Schlieffen et toutes les espérances allemandes d'une guerre courte. La France ne sera pas écrasée en six semaines. La guerre à deux fronts que Schlieffen voulait éviter à tout prix devient réalité. L'Allemagne devra désormais tenir contre la France et la Grande-Bretagne à l'ouest, et contre la Russie à l'est.

Pour la France, la Marne est un soulagement prodigieux après les désastres d'août — mais une victoire incomplète. L'armée allemande n'est pas détruite, elle est seulement repoussée. Elle va s'enterrer sur des positions défensives formidables que quatre années de combats acharnés ne parviendront pas à faire bouger de plus de quelques kilomètres.

La bataille de la Marne engage ainsi la France dans une guerre d'attrition qui la saignera à blanc : 1 400 000 soldats français morts entre 1914 et 1918. Verdun, la Somme, le Chemin des Dames — toutes ces tragédies sont les enfants de la Marne. La victoire de 1914 a sauvé la France mais ouvert la porte aux quatre années les plus meurtrières de son histoire.

Moltke le Jeune, anéanti par l'échec du plan qu'il avait modifié contre l'avis de Schlieffen, dit à l'Empereur Guillaume II le 14 septembre : "Majesté, nous avons perdu la guerre." Il avait raison sur le fond, tort sur le calendrier : il faudrait quatre ans de plus.

Le saviez-vous ?

Le général Gallieni, gouverneur de Paris et véritable initiateur de la contre-offensive de la Marne, ne fut jamais vraiment reconnu de son vivant. Joffre, commandant en chef, s'attribua l'essentiel de la gloire. La rivalité entre les deux hommes empoisonnera leurs relations jusqu'à la mort de Gallieni en 1916. Nommé ministre de la Guerre en 1915, Gallieni mena contre Joffre une campagne administrative acharnée pour lui reprendre sa réputation. Il mourut d'une opération chirurgicale en mai 1916, peu après avoir démissionné. Nomm maréchal à titre posthume en 1921, cinq ans après Joffre, il attendit d'être mort pour recevoir la dignité que beaucoup estimaient lui revenir de son vivant.

Généraux impliqués

Armées françaises et Corps expéditionnaire britannique :
Général Joseph Joffre
Ier et IIe armées allemandes :
Généraloberstleutnant Helmuth von Moltke le Jeune

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

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Questions fréquentes

Qui a gagné la bataille de la Marne en 1914 ?

La France et ses alliés britanniques ont remporté la bataille de la Marne. Le général Joffre, avec le soutien du gouverneur de Paris Gallieni, lança une contre-offensive le 5 septembre 1914 qui exploita une brèche de 45 kilomètres entre les Ire et IIe armées allemandes. En une semaine de combats, les armées du Kaiser furent repoussées de 50 à 60 kilomètres jusqu'à l'Aisne, sauvant Paris et la France d'une défaite rapide. Cette victoire est considérée comme l'une des plus importantes de la Première Guerre mondiale.

Combien de soldats ont combattu à la bataille de la Marne ?

La bataille de la Marne est l'une des plus grandes batailles de l'histoire en termes d'effectifs engagés. Du côté franco-britannique, environ 1 082 000 hommes participèrent aux combats, répartis en six armées françaises et un corps expéditionnaire britannique. L'Allemagne engagea environ 900 000 hommes avec ses Ire et IIe armées. Les pertes furent considérables des deux côtés : environ 250 000 tués et blessés français et britanniques, et 220 000 du côté allemand en une seule semaine de combats.

Qu'est-ce que les taxis de la Marne ?

Le 7 septembre 1914, le général Gallieni réquisitionna environ 600 taxis parisiens Renault AG pour transporter en urgence des renforts — environ 6 000 soldats du 103e régiment d'infanterie — jusqu'au front de l'Ourcq, où l'armée de Maunoury était en difficulté. Les chauffeurs firent deux rotations dans la nuit, compteur allumé, et furent remboursés par l'armée (27 000 francs en tout). L'apport militaire fut limité — le gros des renforts arriva par train — mais le symbole de Paris défendant Paris reste l'image la plus forte de la bataille.