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Ère Contemporaine

Bataille de Cambrai

20 novembre, 7 décembre 1917·Cambrai, Pas-de-Calais (Nord de la France)

Le 20 novembre 1917, 476 chars britanniques Mark IV franchissent les lignes allemandes en quelques heures, réalisant la percée la plus profonde depuis le début de la guerre de tranchées. Une contre-offensive allemande reprend la plupart des gains. Mais Cambrai a révélé l'avenir de la guerre : la guerre blindée.

Forces en Présence

Empire britannique

Commandant : Général Julian Byng (3ème Armée)

EffectifsEnviron 476 000 soldats, 476 chars Mark IV, 1 000 canons
Pertes44 207 tués, blessés et prisonniers

Empire allemand

Commandant : Général Georg von der Marwitz (2ème Armée)

EffectifsEnviron 300 000 soldats (avec renforts)
Pertes45 000 tués, blessés et prisonniers
Effectifs & Pertes
Empire britannique(vaincu)Empire allemand(vaincu)
0119k238k357k476k00EFFECTIFS00PERTES9%des effectifs15%des effectifs

« Première offensive massive de chars blindés de l'histoire. Cambrai préfigure la guerre mécanisée du XXe siècle et révolutionne la tactique militaire. »

Publié le 15 mars 2026 · mis à jour le 19 mars 2026

02 — Chapitre

Contexte

En novembre 1917, la guerre de tranchées sur le front occidental est dans sa troisième année. Les grandes offensives (Verdun en 1916, la Somme en 1916, Passchendaele en 1917) ont coûté des millions de vies sans produire de percée décisive. Le front est figé dans un réseau de tranchées, de barbelés et de champs de mines que ni l'artillerie ni l'infanterie ne parviennent à franchir durablement.

Le char d'assaut est apparu sur les champs de bataille en 1916, lors de la Somme, mais son emploi avait été dispersé et peu concluant. Au sein de l'état-major britannique, des officiers visionnaires, notamment le colonel John Fuller (J.F.C. Fuller) et le commandant du Corps des chars, le général Hugh Elles, élaborent un plan radicalement différent : concentrer des centaines de chars pour une attaque-surprise sur un terrain favorable, sans la longue préparation d'artillerie qui ôtait toute surprise aux offensives précédentes.

Le terrain choisi est la plaine de Cambrai : un sol ferme, non ravagé par les tirs d'artillerie préliminaires, favorable au mouvement des chars. Le secret est parfaitement gardé : les chars sont amenés de nuit, camouflés, et la préparation d'artillerie habituelle est supprimée. À la place, un bombardement d'artillerie violent mais très court (quelques minutes) précédera l'assaut. L'effet de surprise doit être total. Pour la première fois dans l'histoire de la guerre, des centaines de blindés vont attaquer en masse, de manière coordonnée, sur un front étroit. Le plan est audacieux à l'extrême : pas de préparation d'artillerie de plusieurs jours (qui prévient l'ennemi), pas de creusement de sapes (visible par l'observation aérienne), pas de concentration de troupes repérable. Les chars Mark IV, chacun pesant 28 tonnes, sont acheminés sur des trains spéciaux la nuit, déchargés dans des bois camouflés, leurs moteurs n'étant démarrés que le jour J pour ne pas alerter les sentinelles allemandes par le bruit. L'infanterie est briefée au dernier moment. Les canons sont enregistrés sur leurs cibles par calcul mathématique, sans tir de réglage préalable, une innovation technique qui préserve totalement la surprise.

03 — Chapitre

Déroulement

Le 20 novembre 1917 à 6h20, 476 chars Mark IV britanniques s'élancent sur un front de 10 kilomètres, précédés d'un bombardement d'artillerie de quelques minutes à peine. Le résultat est immédiatement spectaculaire : les défenses allemandes, qui n'ont pas été démolies par des semaines de préparation d'artillerie comme d'habitude, sont intactes mais les soldats allemands sont totalement surpris. Les chars écrasent les barbelés, franchissent les tranchées (avec des fascines de fagots portées sur leur proue), et s'enfoncent profondément dans les lignes allemandes.

En quelques heures, l'armée britannique réalise une percée de 8 à 10 kilomètres sur certains points, la plus grande avance depuis le début de la guerre de position en 1914. Les cloches sonnent à Londres pour la première fois depuis des années pour célébrer cette victoire. Des généraux qui avaient désespéré de voir une percée possible croient enfin à la fin de la guerre des tranchées.

Mais les problèmes structurels de la guerre de 1917 se révèlent rapidement. Les chars tombent en panne (la mécanique du Mark IV est fragile, ses chenilles se brisent, son moteur surchauffe), sont détruits par les canons antichar allemands improvisés (canon de 77mm tiré à plat, une adaptation tactique rapide et meurtrière), ou s'enlisent dans les points défensifs qui n'ont pas cédé. Sur 476 chars engagés le premier jour, environ 280 sont hors de combat avant la nuit, détruits, en panne ou embourbés. La cavalerie britannique, supposée exploiter la percée, ne peut s'engager efficacement sur le terrain jonché d'obstacles. Les communications sont insuffisantes : aucun système radio ne relie les chars entre eux ni avec l'infanterie. Les officiers doivent envoyer des coureurs à pied pour transmettre les ordres, un anachronisme face à la vitesse de la manœuvre blindée. L'infanterie, épuisée, ne peut suivre le rythme des chars.

Après trois jours, la progression ralentit et s'arrête. Le 30 novembre, l'armée allemande lance une contre-offensive surprise avec des tactiques d'infiltration nouvelles (les "stormtroopers" de Ludendorff) : des petites unités très mobiles contournent les points forts, s'infiltrent dans les arrières. En quelques jours, les Allemands reprennent presque tout ce qu'ils avaient perdu. Les stormtroopers utilisent des grenades, des lance-flammes et des mitrailleuses légères pour neutraliser les nids de résistance. Leur vitesse de progression stupéfie les Britanniques, habitués à la lenteur des offensives conventionnelles. Le commandement britannique, pris au dépourvu par l'ampleur de la contre-attaque, peine à organiser la défense. Fin décembre, le front est à peu près revenu à sa position initiale. Le bilan humain est lourd des deux côtés sans gain territorial significatif.

04 — Chapitre

Conséquences

Cambrai n'est pas une victoire britannique, les gains territoriaux sont annulés par la contre-offensive allemande. Mais c'est l'une des batailles les plus importantes du XXe siècle sur le plan tactique et doctrinal. Elle démontre de façon irréfutable deux choses : d'abord, que le char d'assaut, employé en masse et par surprise, peut briser les défenses de tranchées ; ensuite, que les tactiques d'infiltration de petites unités mobiles peuvent elles aussi percer les lignes.

Ces deux leçons seront assimilées et appliquées en 1918. Le 8 août 1918, la "Bataille d'Amiens" (le "jour noir de l'armée allemande") verra 604 chars alliés reproduire à grande échelle le concept de Cambrai, cette fois avec succès. Les tactiques d'infiltration allemandes, perfectionnées depuis Cambrai, seront utilisées lors de l'Opération Michael en mars 1918.

À plus long terme, Cambrai est la préfiguration directe de la guerre blindée de la Seconde Guerre mondiale. Fuller et Liddell Hart, qui théorisèrent les leçons de Cambrai, influencèrent Heinz Guderian, le général qui conçut les Panzer-Divisionen allemandes et réalisa la percée décisive à travers les Ardennes en 1940. Les Allemands avaient retenu les leçons de Cambrai mieux que les Alliés. Guderian écrira dans ses mémoires que l'étude de Cambrai fut déterminante dans sa réflexion sur la Blitzkrieg. En France, le premier officier à avoir théorisé une doctrine de chars similaire était un certain colonel Charles de Gaulle, dont l'ouvrage "Vers l'armée de métier" (1934) prônait les divisions blindées autonomes. L'état-major français l'ignora. Les conséquences de cet aveuglement se mesurèrent en mai 1940, quand les Panzer de Guderian percèrent à Sedan en appliquant les principes que Cambrai avait esquissés vingt-trois ans plus tôt.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Les soldats qui pilotaient les chars Mark IV à Cambrai vivaient dans des conditions proches de l'enfer. La température intérieure d'un char en action atteignait 50 à 60 degrés Celsius. Les vapeurs d'échappement et les vapeurs de combustion remplissaient l'habitacle. Le bruit était si intense (on estime à 120 décibels) que la communication se faisait par gestes ou par coups de marteau sur les parois. Les vibrations étaient permanentes et épuisantes. Les équipages portaient des masques en cuir et des lunettes de protection contre les éclats de métal qui ricochaient à l'intérieur lorsqu'une balle frappait la coque. L'espérance de vie d'un char en action était de quelques heures. Malgré ces conditions, les équipages de Cambrai avaient réalisé en une matinée ce que des millions de soldats d'infanterie n'avaient pas réussi en trois ans.

Généraux impliqués

Empire britannique :
Général Julian Byng (3ème Armée)
Empire allemand :
Général Georg von der Marwitz (2ème Armée)

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Fait partie de

Première Guerre mondiale

1914 – 1918 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Qu'était le char Mark IV et quelles étaient ses capacités et ses limites ?

Le char Mark IV britannique, version améliorée du premier char de 1916, pesait environ 28 tonnes et se déplaçait à 6 km/h maximum. Il était armé de canons de 57mm (version "mâle") ou de mitrailleuses (version "femelle"). Sa capacité principale était de franchir les obstacles : ses chenilles lui permettaient de passer des tranchées de 3,5 mètres de large et des barbelés. Ses limites étaient nombreuses : moteur peu fiable, chaleur insupportable pour l'équipage de 8 hommes, consommation d'essence élevée, blindage insuffisant contre les canons antichars (même improvisés), et manque total de communications avec l'infanterie et les autres chars. À Cambrai, environ 280 chars sur 476 tombèrent en panne ou furent détruits le premier jour.

Comment les Allemands ont-ils pu lancer une contre-offensive aussi efficace à Cambrai ?

La contre-offensive allemande du 30 novembre 1917 révéla les nouvelles tactiques d'infiltration développées par l'état-major allemand, notamment sous l'influence du général Oskar von Hutier. Plutôt que d'attaquer frontalement les points forts britanniques, de petites unités très mobiles (les "stormtroopers" ou Stosstruppen) contournaient les positions défensives, s'infiltraient dans les arrières ennemis et coupaient les communications et les ravitaillements. Les nœuds de résistance isolés, privés de soutien, tombaient ensuite plus facilement. Ces tactiques, utilisées pour la première fois à grande échelle à la bataille de Riga (septembre 1917), s'avérèrent aussi efficaces contre les Britanniques à Cambrai qu'elles l'avaient été contre les Russes.

Pourquoi les cloches sonnèrent-elles à Londres pour Cambrai ?

Le 20 novembre 1917, lorsque les premières nouvelles de la percée de Cambrai parvinrent à Londres, le gouvernement britannique ordonna de faire sonner les cloches des églises pour la première fois depuis le début de la guerre, réservant ce signal aux grandes victoires. La percée initiale était spectaculaire : 8 à 10 kilomètres en quelques heures, là où des mois de batailles n'avaient rien produit. La joie fut de courte durée : dix jours plus tard, la contre-offensive allemande annula la plupart des gains, et le bilan final fut décevant. Ces cloches de novembre 1917 restent comme un symbole de l'euphorie prématurée et de la nature ambiguë d'une bataille qui avait pourtant montré le chemin vers la victoire finale.

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