Ère Contemporaine

Bataille de Caporetto

24 octobre - 19 novembre 1917·Kobarid (Caporetto), Slovénie

En octobre 1917, une offensive austro-allemande utilisant des tactiques d'infiltration révolutionnaires enfonce le front italien à Caporetto. En trois semaines, l'armée italienne recule de plus de 150 kilomètres, perd 265 000 prisonniers et frôle l'effondrement total. Ce désastre provoque la destitution de Cadorna et pousse les Alliés à créer le Conseil supérieur de guerre interallié.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Forces austro-allemandes

Commandant : Général Otto von Below, général Konrad Krafft von Dellmensingen

EffectifsEnviron 350 000 hommes (dont 7 divisions allemandes)
PertesEnviron 20 000 tués et blessés

Armée italienne (2e Armée)

Commandant : Général Luigi Cadorna (commandant en chef), général Luigi Capello (2e Armée)

EffectifsEnviron 400 000 hommes sur le secteur attaqué
PertesEnviron 10 000 tués, 30 000 blessés, 265 000 prisonniers, 300 000 déserteurs ou isolés

« La plus grande défaite de l'histoire militaire italienne ; Caporetto provoque une crise nationale et oblige les Alliés à créer un commandement unifié. »

Contexte de la bataille de Bataille de Caporetto

Depuis l'entrée en guerre de l'Italie en mai 1915 aux côtés de l'Entente, le front italo-autrichien est le théâtre d'une guerre d'usure épuisante le long du fleuve Isonzo, dans les Alpes juliennes. Le général Luigi Cadorna, commandant en chef italien, a lancé pas moins de onze batailles de l'Isonzo entre juin 1915 et septembre 1917, gagnant quelques kilomètres au prix de pertes effroyables. L'armée italienne a subi plus de 300 000 morts et 740 000 blessés en deux ans de combats dans des conditions alpines terribles.

Le moral des troupes italiennes est au plus bas à l'automne 1917. Les soldats, principalement des conscrits issus des classes populaires du Mezzogiorno et de la Vénétie, supportent mal la brutalité du commandement de Cadorna, qui n'hésite pas à faire fusiller des soldats pour l'exemple et à décimer des unités entières. La propagande socialiste et pacifiste s'infiltre dans les rangs. Les désertions se multiplient. La révolution russe de février 1917 et les mutineries françaises du printemps ont des échos en Italie.

Du côté austro-hongrois, la situation est également précaire. L'armée impériale, affaiblie par trois ans de guerre sur plusieurs fronts, ne peut plus supporter seule l'effort contre l'Italie. Vienne fait appel à l'Allemagne, qui détache sept divisions d'élite du front occidental sous le commandement du général Otto von Below. Ces divisions apportent non seulement des renforts mais aussi des tactiques nouvelles : les Sturmtruppen (troupes d'assaut) pratiquent l'infiltration, une méthode qui consiste à contourner les points forts ennemis plutôt qu'à les attaquer de front.

Le plan d'attaque est conçu par le général Krafft von Dellmensingen, spécialiste de la guerre de montagne. L'offensive vise le secteur de Caporetto (aujourd'hui Kobarid en Slovénie), un point faible du dispositif italien situé dans une vallée étroite de l'Isonzo. L'idée est de percer sur un front étroit puis d'exploiter en profondeur, prenant les positions italiennes à revers en descendant les vallées.

La préparation se fait dans le plus grand secret. Les divisions allemandes sont acheminées de nuit, les canons sont dissimulés dans les replis du terrain montagneux. Le renseignement italien, dirigé par un état-major incompétent et arrogant, ignore les signes d'une offensive imminente. Le général Capello, commandant la 2e Armée italienne dans le secteur menacé, est malade et hospitalisé ; son remplaçant ne connaît pas le terrain.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 24 octobre 1917 à 2 heures du matin, un bombardement d'une violence inouïe s'abat sur les positions italiennes dans la haute vallée de l'Isonzo. Les Austro-Allemands utilisent massivement des obus au gaz (phosgène et chlore) en plus des explosifs conventionnels. Dans les vallées étroites des Alpes juliennes, les gaz lourds s'accumulent dans les positions basses, asphyxiant des garnisons entières qui n'ont pas le temps de mettre leurs masques.

À 8 heures, l'infanterie austro-allemande se lance à l'assaut. Les troupes d'assaut allemandes (Sturmtruppen) appliquent la tactique d'infiltration avec une efficacité dévastatrice. Plutôt que d'attaquer les positions fortifiées de front, de petits groupes de soldats d'élite, armés de grenades, de mitrailleuses légères et de lance-flammes, s'infiltrent entre les points forts italiens, descendant les vallées et remontant les crêtes pour apparaître dans le dos des défenseurs.

Parmi les officiers allemands qui se distinguent ce jour-là figure le lieutenant Erwin Rommel, à la tête d'un détachement de Wurtembergeois. Rommel mène une avancée spectaculaire de 12 kilomètres en une seule journée à travers les montagnes, capturant plus de 9 000 prisonniers italiens avec moins de 200 hommes en contournant systématiquement les positions de résistance. Sa performance à Caporetto lui vaut la plus haute décoration allemande, le Pour le Mérite.

La percée est immédiate et profonde. La 2e Armée italienne, surprise, démoralisée et mal commandée, se disloque en quelques heures. Les communications entre les unités sont coupées par les infiltrations allemandes. Les postes de commandement italiens sont capturés ou évacués dans la panique. Des divisions entières se rendent sans combattre, les soldats jetant leurs armes et se rendant en colonnes.

Dans les jours qui suivent, l'effondrement s'accélère. L'armée italienne recule en désordre vers l'ouest, abandonnant des quantités colossales de matériel : canons, camions, dépôts de munitions et de vivres. Les routes sont encombrées de colonnes de réfugiés civils mêlés aux militaires en retraite. Cadorna ordonne retraite sur retraite, mais ses ordres n'atteignent souvent pas les unités isolées par la progression ennemie.

La retraite ne s'arrête que sur la ligne du Piave, à 150 kilomètres en arrière de la position initiale, début novembre. Le fleuve Piave et les pluies d'automne, qui transforment les plaines en bourbiers, freinent l'avancée austro-allemande autant que la résistance italienne. Le 9 novembre, la ligne du Piave est stabilisée avec l'aide de divisions françaises et britanniques envoyées en urgence.

Les conséquences historiques

Caporetto est la plus grande catastrophe militaire de l'histoire italienne. Les chiffres sont vertigineux : 10 000 tués, 30 000 blessés, 265 000 prisonniers, et environ 300 000 soldats dispersés, déserteurs ou isolés. L'armée italienne perd 2 500 canons, 3 000 mitrailleuses et des quantités immenses de matériel. Des régions entières du Frioul et de la Vénétie sont occupées par l'ennemi.

La conséquence politique immédiate est la destitution du général Cadorna, remplacé par le général Armando Diaz le 9 novembre 1917. Diaz adopte une approche radicalement différente : il améliore les conditions de vie des soldats, réduit les punitions arbitraires, renforce le moral par une propagande patriotique et prépare méthodiquement la contre-offensive. Sous son commandement, l'armée italienne se reconstruit et remporte la victoire décisive de Vittorio Veneto en octobre 1918.

Caporetto a des répercussions majeures sur la conduite de la guerre alliée. La nécessité d'envoyer des renforts franco-britanniques en Italie affaiblit temporairement le front occidental. Plus important, le désastre pousse les Alliés à créer le Conseil supérieur de guerre interallié en novembre 1917, premier pas vers le commandement unifié qui sera confié à Foch en avril 1918. La leçon de Caporetto est que la guerre ne peut être gagnée sans coordination entre les armées alliées.

Dans la mémoire italienne, le mot "Caporetto" est devenu synonyme de désastre et de déroute, un traumatisme national qui traverse le XXe siècle. L'écrivain Ernest Hemingway, ambulancier sur le front italien, s'inspira de la retraite de Caporetto pour son roman "L'Adieu aux armes" (1929), l'un des chefs-d'œuvre de la littérature de guerre.

Le saviez-vous ?

Le lieutenant Erwin Rommel, futur "Renard du désert" de la Seconde Guerre mondiale, se distingua spectaculairement à Caporetto. Avec un détachement de moins de 200 Wurtembergeois, il s'infiltra dans les montagnes pendant trois jours, capturant plus de 9 000 prisonniers italiens et le mont Matajur sans subir de pertes significatives. Sa méthode consistait à apparaître dans le dos des positions italiennes et à obtenir leur reddition par la surprise plutôt que par le combat. Cette performance lui valut le Pour le Mérite, la plus haute décoration allemande, à seulement 26 ans. Les tactiques d'infiltration qu'il perfectionna à Caporetto influencèrent sa doctrine de guerre mobile en Afrique du Nord.

Généraux impliqués

Forces austro-allemandes :
Général Otto von Belowgénéral Konrad Krafft von Dellmensingen
Armée italienne (2e Armée) :
Général Luigi Cadorna (commandant en chef)général Luigi Capello (2e Armée)
Également lié :
CETTE BATAILLE FAIT PARTIE DEPremière Guerre mondiale (1914 – 1918) →

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la tactique d'infiltration utilisée à Caporetto ?

La tactique d'infiltration, développée par les Allemands sous le nom de Sturmtruppen (troupes d'assaut), consiste à contourner les points forts ennemis plutôt qu'à les attaquer de front. De petits groupes de soldats d'élite, armés d'armes légères (grenades, mitrailleuses portatives, lance-flammes), s'infiltrent entre les positions défensives, descendant les vallées et remontant les crêtes pour apparaître dans le dos des défenseurs. Les points forts, isolés et coupés de leurs arrières, sont ensuite réduits par l'infanterie de suivi. Cette méthode, testée à Riga en septembre 1917, fut perfectionnée à Caporetto.

Pourquoi l'armée italienne s'est-elle effondrée si rapidement à Caporetto ?

Plusieurs facteurs expliquent l'effondrement : le moral des troupes était au plus bas après deux ans de batailles de l'Isonzo meurtrières et les méthodes brutales de Cadorna (décimations, exécutions sommaires). La surprise tactique fut totale, les gaz et l'infiltration disloquant les lignes de communication. Le commandement local était désorganisé (Capello hospitalisé, remplaçant inexpérimenté). Enfin, la propagande pacifiste avait sapé la volonté de combattre de nombreuses unités. Beaucoup de soldats se rendirent volontairement, considérant la guerre comme perdue.

Quelles leçons les Alliés tirèrent-ils de la défaite de Caporetto ?

Caporetto enseigna aux Alliés que la guerre ne pouvait être gagnée sans coordination entre les armées nationales. Le Conseil supérieur de guerre interallié fut créé en novembre 1917 pour harmoniser les stratégies. Ce processus aboutit en avril 1918 à la nomination de Foch comme commandant suprême des forces alliées. Sur le plan tactique, les Alliés étudièrent les méthodes d'infiltration allemandes pour les contrer et les adapter. L'armée italienne elle-même, sous le nouveau commandement de Diaz, se réforma profondément et remporta Vittorio Veneto un an plus tard.