Le 18 août 1870, les forces prussiennes et alliées attaquent les positions françaises retranchées entre Gravelotte et Saint-Privat, à l'ouest de Metz. Malgré des pertes terribles, notamment pour la Garde prussienne à Saint-Privat, les Allemands parviennent à repousser l'armée française qui se replie dans la forteresse de Metz. L'encerclement de Bazaine et de ses 180 000 hommes devient alors inévitable.
Forces en Présence
Royaume de Prusse et alliés allemands
Commandant : Roi Guillaume Ier, Helmuth von Moltke
Empire français
Commandant : Maréchal François Achille Bazaine
« Plus grande bataille de la guerre franco-prussienne de 1870, elle scelle l'encerclement de l'armée de Bazaine dans Metz et précipite la chute du Second Empire. »
Contexte : Bataille de Gravelotte
Après les premières défaites françaises de Wissembourg, Froeschwiller et Forbach au début du mois d'août 1870, l'armée du Rhin commandée par le maréchal Bazaine se replie vers la forteresse de Metz. Les Prussiens, sous la direction stratégique du chef d'état-major Helmuth von Moltke, cherchent à empêcher cette retraite pour encercler et neutraliser cette force considérable.
Le 16 août, la bataille de Mars-la-Tour (ou Vionville) ralentit déjà le mouvement français vers l'ouest. Bazaine, au lieu de forcer le passage avec ses forces supérieures en nombre, hésite et décide de se replier sur des positions défensives solides entre Gravelotte, au sud, et Saint-Privat-la-Montagne, au nord. Cette ligne de défense d'environ dix kilomètres s'appuie sur des villages fortifiés, des ravins profonds et des hauteurs offrant d'excellents champs de tir.
La guerre franco-prussienne de 1870 est née des tensions croissantes entre la France de Napoléon III et la Prusse de Bismarck, qui cherche à unifier les États allemands sous l'égide prussienne. La candidature d'un prince Hohenzollern au trône d'Espagne sert de détonateur, et la dépêche d'Ems, habilement modifiée par Bismarck, pousse la France à déclarer la guerre le 19 juillet 1870. Mais l'armée française, mal organisée et dispersée, se heurte à une machine militaire prussienne remarquablement efficace, dotée d'un système de mobilisation moderne, d'un état-major professionnel et d'une artillerie Krupp supérieure.
Le contexte politique pèse également sur les décisions militaires. Bazaine, nommé commandant en chef de l'armée du Rhin après le limogeage de Le Bœuf, est un soldat courageux mais un stratège médiocre. Ses hésitations répétées contrastent avec l'audace et la coordination des commandants prussiens. La bataille de Gravelotte-Saint-Privat va cristalliser ces défaillances françaises tout en révélant que la victoire prussienne n'est pas sans failles.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Le 18 août 1870, les forces prussiennes lancent leur offensive sur l'ensemble de la ligne française. Le plan de Moltke prévoit un assaut coordonné : la Ire armée du général Steinmetz attaque au sud vers Gravelotte et le ravin de la Mance, tandis que la IIe armée du prince Frédéric-Charles contourne par le nord en direction de Saint-Privat.
Au sud, les combats autour de Gravelotte et du ravin de la Mance sont d'une violence inouïe. Les Français du corps Frossard occupent des positions naturellement fortes : le ravin, profond et boisé, constitue un obstacle redoutable pour les assaillants. Les fantassins prussiens du VIIe et du VIIIe corps, lancés en vagues successives par Steinmetz (qui agit de manière impétueuse et sans coordination), sont fauchés par le feu des chassepots français. Le fusil Chassepot, avec sa portée supérieure au Dreyse prussien, inflige des pertes terribles aux assaillants. Les charges prussiennes sont repoussées à plusieurs reprises, et la panique gagne même certaines unités allemandes en fin de journée. Steinmetz, critiqué pour ses assauts frontaux coûteux, manque de faire perdre la bataille à ce secteur.
Au centre, les combats autour d'Amanvillers sont également acharnés. Les Français tiennent solidement leurs positions et infligent de lourdes pertes aux assaillants, qui peinent à progresser sous le feu combiné de l'infanterie et de l'artillerie française.
C'est au nord, autour de Saint-Privat-la-Montagne, que se joue le sort de la bataille. Le village, tenu par le corps Canrobert (VIe corps français), constitue le point d'appui de l'aile droite française. Vers 17 heures, la Garde royale prussienne reçoit l'ordre d'assaut. Les gardes avancent en rangs serrés, drapeaux déployés, sur un terrain découvert. Le tir français, d'une précision meurtrière, fauche des régiments entiers. En moins de vingt minutes, la Garde prussienne perd plus de 8 000 hommes, tués ou blessés. C'est l'un des carnages les plus effroyables du XIXe siècle. Le plateau de Saint-Privat est surnommé "la tombe de la Garde" (das Grab der Garde).
Cependant, le XIIe corps saxon, arrivant par le nord-est, contourne Saint-Privat et menace l'aile droite de Canrobert. Pris entre deux feux, sans renforts (Bazaine refuse d'engager la Garde impériale en réserve), le village finit par tomber vers 20 heures après des combats de rue acharnés. L'effondrement de l'aile droite française rend l'ensemble de la position intenable.
Bazaine ordonne le repli général vers Metz. Les Français se retirent en bon ordre, mais leur retraite dans la forteresse marque le début d'un siège qui durera plus de deux mois.
Les conséquences historiques
La bataille de Gravelotte-Saint-Privat, malgré son coût effroyable pour les Prussiens (environ 20 000 pertes, soit le double des pertes françaises), constitue une victoire stratégique décisive. L'armée de Bazaine, forte de 180 000 hommes, se retrouve enfermée dans Metz, privée de toute liberté de manœuvre. Ce siège immobilise une part considérable des forces françaises et prive la France de son armée la plus expérimentée.
Les conséquences militaires sont immédiates. Napoléon III, contraint de former une nouvelle armée avec le maréchal de Mac-Mahon, tente de secourir Bazaine. Cette tentative désespérée aboutit au désastre de Sedan le 1er septembre 1870, où l'empereur lui-même est capturé. Bazaine capitule finalement à Metz le 27 octobre 1870, livrant aux Prussiens 173 000 prisonniers, plus de 1 500 canons et des quantités considérables de matériel.
Sur le plan tactique, Gravelotte révèle la puissance meurtrière des armes modernes, notamment du fusil Chassepot. Les assauts frontaux en terrain découvert deviennent suicidaires face à l'infanterie retranchée. Cette leçon, pourtant flagrante, ne sera pas pleinement assimilée par les états-majors européens, qui reproduiront les mêmes erreurs lors de la Première Guerre mondiale quarante-quatre ans plus tard.
La chute de Metz et la capture de Sedan entraînent la proclamation de la République le 4 septembre 1870 et la poursuite de la guerre par le gouvernement de la Défense nationale. La France perd l'Alsace et une partie de la Lorraine au traité de Francfort (mai 1871), semant les germes de la revanche et, à plus long terme, de la Première Guerre mondiale.
Le saviez-vous ?
Lors de l'assaut de Saint-Privat, la 1re division de la Garde royale prussienne avança en rangs serrés sur un plateau balayé par le feu des chassepots. En moins de vingt minutes, certains régiments perdirent plus de la moitié de leurs effectifs. Le 1er régiment de la Garde à pied (Kaiser Alexander Garde-Grenadier-Regiment) compta à lui seul plus de 1 000 pertes. Le roi Guillaume Ier, observant la scène depuis une hauteur, aurait été profondément bouleversé par le spectacle. Le prince Frédéric-Charles, commandant la IIe armée, nota dans son rapport que "les gardes tombaient comme des épis sous la faux". Ce massacre de l'élite prussienne marqua durablement la mémoire militaire allemande et valut à Saint-Privat le surnom de "tombe de la Garde", un terme encore utilisé dans l'historiographie militaire allemande.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Pourquoi la bataille de Gravelotte est-elle aussi appelée Saint-Privat ?
La bataille porte ce double nom car elle s'est déroulée sur un front étendu entre deux localités distinctes. Au sud, les combats se concentrent autour de Gravelotte et du ravin de la Mance, où la Ire armée prussienne attaque. Au nord, c'est autour de Saint-Privat-la-Montagne que se déroulent les combats les plus meurtriers et les plus décisifs, avec l'assaut de la Garde prussienne. Les historiens allemands utilisent généralement le nom "Schlacht bei Gravelotte", tandis que les sources françaises privilégient parfois "Saint-Privat". L'usage académique combine les deux noms pour refléter l'ampleur géographique de l'engagement.
Quel rôle le fusil Chassepot a-t-il joué dans la bataille de Gravelotte ?
Le fusil Chassepot modèle 1866, arme réglementaire de l'infanterie française, s'est révélé nettement supérieur au Dreyse prussien lors de cette bataille. Avec une portée effective de 1 200 mètres (contre 600 pour le Dreyse), il permettait aux défenseurs français d'ouvrir le feu bien avant que les assaillants ne puissent riposter. À Saint-Privat, cette supériorité balistique explique en grande partie le massacre de la Garde prussienne, fauchée à découvert. Toutefois, l'artillerie Krupp prussienne, plus moderne et à plus longue portée que les canons français, compensait en partie cet avantage au niveau de l'infanterie.
Pourquoi Bazaine a-t-il été critiqué après Gravelotte ?
Le maréchal Bazaine a été vivement critiqué pour son attitude passive pendant la bataille. Alors que son aile droite à Saint-Privat était submergée, il refusa d'engager la Garde impériale, sa principale réserve, pour soutenir le maréchal Canrobert. De plus, après la bataille, il choisit de se replier dans Metz au lieu de tenter une percée vers l'ouest, condamnant 180 000 hommes au siège. Jugé par un conseil de guerre en 1873, Bazaine fut condamné à mort pour capitulation, peine commuée en vingt ans de prison. Il s'évada en 1874 et mourut en exil à Madrid en 1888.
