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Ère Contemporaine

Siège de Metz

19 août – 27 octobre 1870·Metz, Moselle

Le siège de Metz dure soixante-dix jours, du 19 août au 27 octobre 1870. Après les défaites de Vionville et Gravelotte, le maréchal Bazaine enferme 180 000 soldats français dans la place. Il refuse toute tentative sérieuse de sortie. La famine, le typhus et le froid épuisent la garnison. Le 27 octobre, Bazaine capitule sans combat. 173 000 hommes passent prisonniers, la plus grande reddition de l'histoire française. Le maréchal sera jugé pour trahison en 1873.

Forces en Présence

Armée du Rhin (France)

Commandant : Maréchal François-Achille Bazaine

Effectifs180 000 hommes
Pertes6 000 tués ou blessés, 173 000 prisonniers
✓ Vainqueur

Ire et IIe Armées d'investissement (Prusse)

Commandant : Prince Frédéric-Charles de Prusse

Effectifs200 000 hommes
Pertes5 700 tués ou blessés
Effectifs & Pertes
Armée du Rhin (France)Ire et IIe Armées d'investissement (Prusse)
050k100k150k200k00EFFECTIFS00PERTES99%des effectifs3%des effectifs

« Plus grande capitulation de l'histoire militaire française. 173 000 prisonniers livrés par Bazaine, Armée du Rhin anéantie, condamnation pour trahison au procès de Trianon. »

Publié le 19 avril 2026

02 — Chapitre

Contexte

Après les défaites du 16 et du 18 août 1870 à Vionville-Mars-la-Tour et à Gravelotte-Saint-Privat, l'armée du Rhin se retrouve définitivement bloquée dans la place forte de Metz. Le maréchal François-Achille Bazaine, qui commande l'ensemble, a choisi d'abandonner l'idée de forcer le passage vers Verdun et de se replier à l'intérieur des fortifications de la ville. Il dispose encore de 180 000 hommes en état de combattre, soit la plus importante concentration militaire française de toute la guerre. Il dispose aussi de 600 canons, de plusieurs mois de munitions et d'un réseau de forts détachés (Saint-Julien, Queuleu, Saint-Quentin) qui étendent le périmètre défensif bien au-delà de la vieille ville.

Face à lui, le prince Frédéric-Charles de Prusse déploie les Ire et IIe armées allemandes, soit 200 000 hommes, en un double anneau d'investissement qui couvre vingt-cinq kilomètres autour de Metz. L'armée de couverture prussienne comprend les meilleurs corps d'armée disponibles, mais la plupart ne prendront pas part à l'assaut direct : leur mission est d'attendre, de patrouiller, de couper toute tentative de sortie. Moltke, en bon stratège, sait que la faim finira l'ouvrage à sa place.

Bazaine, de son côté, ne manifeste aucune volonté claire de percer. Les officiers sous ses ordres, les généraux Canrobert, Ladmirault, Frossard, Bourbaki, Leboeuf, attendent des instructions qui ne viennent jamais. Les conseils de guerre se succèdent sans décision. Quelques sorties sont tentées (Noisseville le 31 août, Bellevue le 7 octobre), mais elles sont toutes avortées, mal coordonnées, rappelées avant l'engagement décisif. Plus le temps passe, plus la passivité de Bazaine alimente des rumeurs empoisonnées : trahison, accord secret avec l'ennemi, négociations politiques pour restaurer l'Empire après une défaite rapide. L'historiographie moderne, Michael Howard et Geoffrey Wawro en tête, pointe plutôt une incompétence structurelle. Bazaine n'a jamais commandé d'armée d'une telle taille, il est dépassé par sa propre charge.

03 — Chapitre

Déroulement

Les premières semaines du siège se déroulent sous un relatif calme militaire. Les Prussiens construisent leurs lignes d'investissement, creusent des tranchées, installent leurs batteries de contre-batterie. Les Français restent dans leurs positions, font quelques reconnaissances, échangent des tirs de précision avec l'ennemi. Le 31 août, Bazaine tente la sortie de Noisseville, à l'est de Metz, pour reprendre contact avec l'armée de Châlons qui marche vers Sedan. L'attaque est mal coordonnée : trois corps français engagent, deux autres restent immobiles. Les gains initiaux sont perdus dès le lendemain quand Bazaine ordonne le repli sans raison apparente. Noisseville coûte 3 500 hommes pour rien.

Le 7 octobre, nouvelle tentative de sortie au sud-ouest, vers Ladonchamps, pour alléger les stocks qui s'épuisent. Les troupes de Canrobert pillent les fermes prussiennes et rapportent du ravitaillement. Le succès est limité, les pertes (1 200 hommes) jugées trop lourdes, Bazaine refuse de continuer. À partir de cette date, il n'y aura plus aucune initiative offensive sérieuse. La garnison et la population civile entrent dans la phase de famine.

La vie quotidienne se dégrade rapidement. Les chevaux de cavalerie sont abattus pour nourrir les soldats. Puis les mulets. Puis les chats et les chiens errants. Les rations de pain tombent à 200 grammes par jour, puis à 100. Les soldats mangent du cheval bouilli sans sel. Les officiers supérieurs continuent de recevoir des repas décents, ce qui exaspère la troupe. Le typhus apparaît dans les hôpitaux improvisés. Plus de 30 000 hommes sont hospitalisés ou malades à la mi-octobre. Les écuries de la cavalerie sont transformées en infirmeries. Les morts s'accumulent dans les fosses communes des faubourgs.

Le 10 octobre, Bazaine envoie secrètement le général Bourbaki en mission auprès de l'impératrice Eugénie, réfugiée en Angleterre. Le but officiel est de négocier un accord politique qui permettrait à l'armée du Rhin d'être évacuée vers la Méditerranée et utilisée pour restaurer l'Empire. La démarche, rocambolesque, échoue totalement. Eugénie refuse de s'engager dans une manœuvre politique hasardeuse. Bourbaki, embarrassé, revient en France mais ne rentre pas dans Metz. Bazaine perd ainsi son meilleur général sans rien obtenir.

Le 20 octobre, Bazaine adresse un télégramme à Bismarck pour ouvrir des pourparlers. Les Allemands exigent la capitulation pure et simple : armée prisonnière, armes et drapeaux livrés. Bazaine proteste, demande les honneurs de la guerre, puis plie. Les négociations se concluent le 26 octobre au château de Frescaty. Le lendemain, 27 octobre 1870, les troupes françaises défilent devant les Prussiens en déposant leurs fusils. Cent soixante-treize mille soldats, cinquante-six drapeaux, mille cinq cents canons passent à l'ennemi. L'Armée du Rhin, la plus puissante armée française de 1870, cesse d'exister.

04 — Chapitre

Conséquences

Metz est la plus grande reddition militaire de l'histoire française de tous les temps. Cent soixante-treize mille prisonniers contre cent quatre mille à Sedan : le chiffre dépasse tout ce qu'aucune armée française n'avait jamais livré à un ennemi, y compris sous Rocroi ou Waterloo. L'impact moral est dévastateur. Gambetta, depuis Tours, parle de "trahison" dans un manifeste enflammé. La presse républicaine accuse Bazaine de bonapartisme actif. Les monarchistes lui reprochent sa faiblesse. Personne ne le défend.

Sur le plan stratégique, la chute de Metz libère les IIe et Ire armées prussiennes pour d'autres opérations. Le prince Frédéric-Charles peut désormais envoyer des corps d'armée vers la Loire pour écraser les armées improvisées de Gambetta. C'est lui qui commandera à Loigny le 2 décembre contre Aurelle de Paladines, puis au Mans en janvier 1871 contre Chanzy. Sans la libération de 200 000 hommes après Metz, la guerre républicaine aurait peut-être duré plus longtemps, voire abouti à une paix négociée moins défavorable. Metz scelle le destin militaire de la France.

Le procès de Trianon, qui se tient en 1873 sous la présidence du duc d'Aumale, retient contre Bazaine les charges de capitulation en rase campagne et de communications suspectes avec l'ennemi. Condamné à mort, il voit sa peine commuée en détention à perpétuité à l'île Sainte-Marguerite. Il s'en évade en août 1874 grâce à une corde de draps nouée par sa femme. Il meurt en exil à Madrid en 1888, dans la misère, rejeté par tous les camps. Son nom reste associé, dans la mémoire française, à la trahison et à l'échec moral d'un chef dépassé par l'événement.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Le 26 octobre 1870 au soir, la veille de la capitulation, Bazaine réunit son dernier conseil de guerre au quartier général du fort de Plappeville. Les généraux Coffinières, Desvaux et Ladmirault protestent contre les termes de la reddition, qui laissent à l'armée ses officiers supérieurs mais livrent ses hommes comme prisonniers. Desvaux aurait lancé à Bazaine : "Monsieur le Maréchal, vous livrez les cadres sans la garnison. C'est déshonorer les épaulettes." Bazaine, blême, répondit : "Que voulez-vous que je fasse ? Les hommes n'ont plus rien dans le ventre." Le général Desvaux, par protestation, aurait cassé son épée sur le dossier de sa chaise. Le témoignage, rapporté par le capitaine Mangin dans ses mémoires, reste contesté par les historiens. Mais la scène est entrée dans la mémoire militaire comme symbole du désespoir des officiers supérieurs face à la passivité de leur chef.

Généraux impliqués

Armée du Rhin (France) :
Maréchal François-Achille Bazaine
Ire et IIe Armées d'investissement (Prusse) :
Prince Frédéric-Charles de Prusse

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Fait partie de

Guerre franco-prussienne

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Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Combien de soldats français furent faits prisonniers à Metz ?

La capitulation du 27 octobre 1870 livra aux Prussiens 173 000 soldats français, 56 drapeaux, 1 500 canons, 200 000 fusils chassepots et d'immenses stocks de munitions. C'est la plus grande reddition de l'histoire militaire française, bien supérieure aux 104 000 prisonniers de Sedan. Les soldats furent dirigés à pied vers les camps d'internement en Allemagne, à Mayence, Coblence, Cassel et Magdebourg. Beaucoup moururent en route, épuisés par le froid d'octobre, la faim et la maladie. L'ensemble de l'Armée du Rhin, la plus puissante armée française de 1870, cessa d'exister en une seule journée.

Pourquoi Bazaine fut-il jugé pour trahison ?

Le procès de Trianon en 1873 retint trois chefs d'accusation contre Bazaine. Premièrement, la capitulation en rase campagne, alors qu'il disposait encore de 180 000 hommes, de 600 canons et d'un périmètre fortifié intact. Deuxièmement, les négociations secrètes avec l'impératrice Eugénie pour tenter de restaurer l'Empire grâce à son armée prisonnière. Troisièmement, l'absence d'initiatives offensives sérieuses malgré les opportunités. Condamné à mort, il vit sa peine commuée en détention à perpétuité. Les historiens modernes parlent plutôt d'incompétence structurelle que de trahison consciente : Bazaine n'avait jamais commandé d'armée d'une telle taille.

Quelles furent les conditions de vie à Metz pendant le siège ?

À mesure que le siège se prolongeait, les conditions se détériorèrent dramatiquement. Les rations de pain tombèrent à 100 grammes par jour en octobre. Les chevaux de cavalerie, puis les mulets, puis les chiens et les chats errants furent abattus pour nourrir les soldats. Le typhus se déclara dans les hôpitaux surpeuplés. Plus de 30 000 soldats étaient hospitalisés ou malades à la mi-octobre. Les officiers supérieurs continuaient de recevoir des repas décents, ce qui exaspérait la troupe. La population civile de Metz, environ 70 000 habitants, partageait les mêmes privations. Le typhus et la dysenterie emportèrent 1 500 civils en deux mois.

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