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Ère Contemporaine

Siège de Strasbourg

14 août – 27 septembre 1870·Strasbourg, Alsace

Le siège de Strasbourg dure quarante-quatre jours, du 14 août au 27 septembre 1870. La ville fortifiée par Vauban, symbole de la puissance militaire française sur le Rhin, est pilonnée par 220 pièces d'artillerie de siège allemandes qui déversent 30 000 obus sur le centre-ville. La bibliothèque municipale brûle le 24 août, emportant 400 000 volumes dont des manuscrits médiévaux uniques. Le général Uhrich capitule après cinq brèches ouvertes dans les bastions.

Forces en Présence

Garnison de Strasbourg (France)

Commandant : Général Jean-Jacques-Alexis Uhrich

Effectifs23 000 hommes
Pertes2 500 tués ou blessés, 17 000 prisonniers
✓ Vainqueur

Corps de siège badois (Allemagne)

Commandant : Général August von Werder

Effectifs40 000 hommes
Pertes900 tués ou blessés
Effectifs & Pertes
Garnison de Strasbourg (France)Corps de siège badois (Allemagne)
010k20k30k40k00EFFECTIFS00PERTES85%des effectifs2%des effectifs

« Capitulation de la plus puissante forteresse de l'est français. Destruction de la bibliothèque municipale, préfiguration du bombardement urbain moderne. »

Publié le 19 avril 2026

02 — Chapitre

Contexte

Le 14 août 1870, huit jours après Frœschwiller-Wœrth, l'armée de Mac-Mahon bat en retraite vers l'ouest. Strasbourg, capitale de l'Alsace, reste dans son dos, coupée du reste de la France par l'avance prussienne. La ville est censée être une forteresse de premier ordre : remparts de Vauban, citadelle étoilée, arsenal imposant, garnison permanente. Elle a été la base avancée de l'armée française sur le Rhin pendant deux siècles. Elle va tomber en moins de deux mois.

Le commandant de la place est le général Jean-Jacques-Alexis Uhrich, vieil officier de soixante-huit ans, vétéran de Crimée et du Mexique. Bon soldat, courageux, dépassé par les exigences d'un siège moderne. Sa garnison compte 17 000 soldats réguliers, mélange de dépôts, de convalescents et de gardes mobiles hâtivement formés, plus 6 000 gardes nationaux civils mobilisés en urgence. Total : 23 000 hommes pour défendre huit kilomètres de remparts et un périmètre urbain qui abrite 85 000 habitants civils.

Face à Strasbourg, le général August von Werder, qui commande le corps badois de la IIIe armée allemande, dispose de 40 000 hommes et, surtout, d'une artillerie de siège sans précédent. Les Allemands amènent 220 pièces de gros calibre, dont des mortiers Krupp en acier qui tirent des obus de 280 millimètres. Cette puissance de feu, combinée à la précision nouvelle des pièces à chargement par la culasse, va transformer le siège de Strasbourg en expérience grandeur nature d'une doctrine nouvelle : le bombardement systématique d'une ville pour briser la volonté de résistance des civils.

Uhrich reçoit ordre du gouvernement de tenir jusqu'au bout. Il organise la défense comme on le faisait au XVIIIe siècle : sorties de nuit, contre-batteries, réparation quotidienne des brèches. Les officiers du génie s'occupent à combler les dégâts de la veille. Les soldats, mal nourris, dorment sur les remparts. La population civile, qui pense au début que les Prussiens respecteront les règles de la guerre et bombarderont uniquement les points militaires, va rapidement déchanter.

03 — Chapitre

Déroulement

Le 18 août au soir, les batteries allemandes ouvrent un premier feu d'harcèlement sur les faubourgs. Dans la nuit du 23 au 24 août, Werder ordonne un bombardement général de la ville elle-même, sans distinction entre cibles militaires et civiles. Les obus tombent sur les maisons, les églises, les écoles. Plus de 7 000 projectiles s'abattent sur Strasbourg en six heures. Le centre médiéval brûle. La cathédrale est touchée à plusieurs reprises. La bibliothèque municipale, installée dans l'ancienne église dominicaine des Temples-Neufs, prend feu le 24 août à trois heures du matin. 400 000 volumes, dont des manuscrits uniques comme l'Hortus deliciarum de Herrade de Landsberg (XIIe siècle), sont réduits en cendres. La perte est culturellement irréparable.

Les habitants se réfugient dans les caves. Les hôpitaux, submergés, installent les blessés dans les églises encore debout. Le ravitaillement commence à manquer : les Allemands ont bloqué toutes les routes, coupé le télégraphe, détourné le canal de la Bruche. Uhrich organise des sorties nocturnes pour briser le siège. La plus importante, le 2 septembre, voit un millier d'hommes attaquer les batteries badoises au nord. Elle échoue contre le feu nourri des sentinelles allemandes. Deux cents hommes perdent la vie en quelques minutes.

Un comité international de secours, formé à Bâle par des citoyens suisses, obtient du commandement allemand une trêve partielle le 12 septembre. Pendant vingt-quatre heures, les femmes, les enfants et les vieillards peuvent quitter la ville. Douze cents personnes s'échappent ainsi, accueillies en Suisse. Le geste restera dans les mémoires alsaciennes comme un symbole de solidarité confédérale.

À partir du 15 septembre, le bombardement change de nature. Werder, voulant accélérer la chute, fait ouvrir des tranchées de sape vers les bastions sud et sud-ouest. Les sapeurs progressent chaque nuit de cinquante mètres. Le 18 septembre, les premières brèches apparaissent au bastion 11, près de la porte de Pierre. Les Allemands concentrent alors leur feu sur cette section, prêts à donner l'assaut.

Le 24 septembre, les autorités municipales remettent à Uhrich une supplique demandant la capitulation. La ville a perdu 1 800 maisons détruites, plusieurs quartiers entiers sont inhabitables, 2 000 civils ont péri, l'eau potable manque, la typhoïde se propage. Uhrich consulte ses officiers. Le conseil de guerre se prononce pour la reddition à vingt voix contre une.

Le 27 septembre au matin, le drapeau blanc monte sur la cathédrale. Les pourparlers se tiennent dans une maison de la banlieue de Koenigshoffen. Uhrich obtient les honneurs de la guerre : les officiers conservent leurs épées, les soldats défilent avec les drapeaux roulés. À quatorze heures, les premiers Badois entrent par la porte nationale. La capitulation livre à l'Allemagne 17 000 prisonniers, 451 officiers, 1 200 canons, des stocks d'armes considérables et la plus grande ville d'Alsace. Werder adresse à Guillaume Ier un télégramme laconique : "Strasbourg est à nous."

04 — Chapitre

Conséquences

La chute de Strasbourg est un choc culturel autant que militaire. Pour la France, c'est la preuve que la guerre est perdue : si une forteresse de premier ordre, défendue par une garnison importante, tombe en quarante-quatre jours, aucune place fortifiée ne tiendra. Le moral de l'intérieur s'effondre. Paris, qui vient de proclamer la République et subit son propre siège depuis une semaine, apprend la capitulation avec consternation.

Pour l'Allemagne, Strasbourg est le premier grand succès de la guerre de siège industrielle. Les doctrines de Moltke viennent d'être validées sur un scénario nouveau : ce n'est plus seulement la bataille rangée qui donne la victoire, c'est aussi le bombardement méthodique d'une ville pour briser la résistance. Cette leçon sera reprise, amplifiée, et appliquée pendant les deux guerres mondiales. Verdun en 1916, Coventry en 1940, Dresde en 1945 : la trajectoire commence à Strasbourg.

Le destin culturel de la bibliothèque marque profondément les historiens. Les manuscrits médiévaux perdus, dont l'Hortus deliciarum de la prieure Herrade de Landsberg (XIIe siècle), étaient des sources uniques sur la vie monastique et l'encyclopédisme chrétien du Moyen Âge. Léopold Delisle, directeur de la Bibliothèque impériale de Paris, lance un appel international aux collectionneurs pour reconstituer des fonds similaires. L'Université allemande, installée dans Strasbourg à partir de 1872, refondera une bibliothèque mais la rupture historiographique est accomplie.

Sur le plan politique, Strasbourg devient la capitale symbolique de l'Alsace perdue. Pendant quarante-quatre ans, la statue de Strasbourg sur la place de la Concorde à Paris restera voilée de crêpe noir. Les écoliers de la IIIe République apprendront par cœur les noms des rues strasbourgeoises. Quand les troupes françaises y rentreront le 22 novembre 1918, la mémoire collective évoquera Uhrich, la bibliothèque brûlée, et les sapeurs badois de 1870. Strasbourg revient dans la France avec la mémoire intacte de sa perte.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Dans la nuit du 24 août 1870, à trois heures du matin, un obus incendiaire allemand tombe sur le toit de la bibliothèque municipale, installée dans l'ancienne église des Temples-Neufs. Le feu prend dans les rayonnages supérieurs. Les pompiers de Strasbourg, déjà débordés par les incendies domestiques, parviennent à sauver quelques centaines de volumes avant que le plafond ne s'effondre. Un bibliothécaire du nom de Rudolf Reuss, vingt-cinq ans, entra par trois fois dans le brasier pour récupérer des manuscrits médiévaux. La quatrième tentative faillit lui coûter la vie : une poutre lui tomba sur le dos, il fut dégagé par des voisins. Il survécut pour devenir l'historien de référence de l'Alsace sous l'annexion allemande. Dans ses mémoires, il écrit : "J'ai vu brûler les livres qui m'avaient fait choisir ce métier. J'ai pleuré devant les cendres comme on pleure un enfant."

Généraux impliqués

Garnison de Strasbourg (France) :
Général Jean-Jacques-Alexis Uhrich
Corps de siège badois (Allemagne) :
Général August von Werder

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Fait partie de

Guerre franco-prussienne

1870 – 1871 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi Strasbourg est-elle tombée si vite ?

Strasbourg est tombée parce que la doctrine allemande du bombardement massif a surclassé la doctrine française de la défense classique. Uhrich disposait de 23 000 hommes pour huit kilomètres de remparts, il manquait de canons modernes, et l'armée du Rhin, qui devait le secourir, était elle-même enfermée à Metz. Les 220 pièces d'artillerie de siège allemandes, dont des mortiers Krupp en acier, ont bombardé la ville jour et nuit pendant six semaines. Quand les brèches ouvertes par la sape au bastion 11 furent prêtes à l'assaut final, le conseil de guerre français vota la reddition à vingt voix contre une.

Qu'est devenue la bibliothèque municipale de Strasbourg ?

La bibliothèque, installée dans l'ancienne église des Temples-Neufs, brûla le 24 août 1870 vers trois heures du matin après un bombardement incendiaire allemand. Les 400 000 volumes, dont des manuscrits médiévaux uniques comme l'Hortus deliciarum de Herrade de Landsberg (XIIe siècle), furent perdus à jamais. Seules quelques centaines de pièces purent être sauvées par les pompiers et les bibliothécaires qui entrèrent dans le brasier. Après 1872, l'Université allemande de Strasbourg reconstitua une bibliothèque universitaire, mais la rupture historiographique fut totale. La perte culturelle fut l'un des chocs intellectuels européens les plus retentissants du siècle.

Quel fut le rôle du comité international de secours ?

Un comité formé à Bâle par des citoyens suisses obtint du général von Werder une trêve humanitaire le 12 septembre 1870. Pendant vingt-quatre heures, les femmes, les enfants et les vieillards purent quitter Strasbourg et gagner la Suisse. Douze cents personnes furent ainsi évacuées et accueillies dans le canton de Bâle-Ville. Ce geste de solidarité confédérale, unique pendant la guerre franco-prussienne, resta gravé dans la mémoire alsacienne. Il préfigura l'action des organisations humanitaires du XXe siècle (Croix-Rouge internationale, CICR) et démontra qu'une médiation civile entre belligérants était possible même pendant un bombardement intensif.

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