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Atlas militaire interactif/Batailles/Bataille de Vionville-Mars-la-Tour

Ère Contemporaine

Bataille de Vionville-Mars-la-Tour

16 août 1870·Vionville et Mars-la-Tour, Lorraine

Bloquée en pleine retraite vers Verdun, l'armée du maréchal Bazaine se heurte à un seul corps d'armée prussien, quatre fois inférieur en nombre. Alvensleben tient toute la journée à force d'audace et grâce à la légendaire charge de la brigade Bredow. Bazaine refuse d'engager ses réserves. La route de l'Ouest est définitivement coupée. Deux jours plus tard, cent soixante mille Français sont enfermés dans Metz. La catastrophe de Sedan devient inévitable.

Forces en Présence

Armée du Rhin (France)

Commandant : Maréchal François-Achille Bazaine

Effectifs137 000 hommes
Pertes16 000 tués, blessés ou disparus
✓ Vainqueur

IIe Armée (Prusse)

Commandant : Général Konstantin von Alvensleben, Général Konstantin von Voigts-Rhetz, sous l'autorité du Prince Frédéric-Charles

Effectifs65 000 hommes
Pertes16 000 tués, blessés ou disparus
Effectifs & Pertes
Armée du Rhin (France)IIe Armée (Prusse)
034k69k103k137k00EFFECTIFS00PERTES12%des effectifs25%des effectifs

« Victoire stratégique prussienne qui coupe la route de Verdun et enferme l'armée française du Rhin dans Metz. »

Publié le 19 avril 2026

02 — Chapitre

Contexte

Le 16 août 1870, quelques semaines après la déclaration de guerre, l'armée française joue déjà sa survie. Les premières batailles ont tourné au désastre : Wissembourg et Frœschwiller le 4 et 6 août, puis Spicheren le même jour. L'armée du Rhin, commandée par le maréchal François-Achille Bazaine, recule de Metz vers Verdun pour tenter de rejoindre l'armée de Châlons et préparer une bataille rangée sur la Meuse.

Moltke l'Ancien, chef d'état-major prussien, a compris depuis le début du conflit que la France alignait deux armées séparées. Il veut les écraser l'une après l'autre. Sa IIe armée, dirigée par le prince Frédéric-Charles de Prusse, se lance dans une manœuvre audacieuse : traverser la Moselle en amont de Metz, puis couper par le nord pour barrer la route de Verdun à Bazaine. Les Prussiens avancent par des étapes forcées, tirant parti de leur organisation ferroviaire supérieure et de leur état-major professionnel formé à l'École de guerre de Berlin.

Bazaine, ancien officier de Crimée promu maréchal pour services rendus au Mexique, hésite. Il ordonne la retraite, puis la suspend, puis la reprend, sans jamais accepter la décision qu'impose la situation : se battre ou s'enfuir vite. Son armée, environ cent trente-sept mille hommes, campe autour des villages de Vionville, Rezonville et Mars-la-Tour, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Metz, sur le plateau qui surplombe la rive gauche de la Moselle. Les soldats ont marché sans relâche depuis deux jours, les cantines sont vides, les chevaux sont épuisés, le ravitaillement ne suit plus. Les officiers s'interrogent : pourquoi cette lenteur ?

Le matin du 16 août, seul un corps d'armée prussien, le IIIe du général von Alvensleben, s'approche des positions françaises. Trente mille hommes face à une armée quatre fois plus nombreuse. Alvensleben, persuadé qu'il n'a devant lui qu'une arrière-garde française en retraite, décide d'attaquer pour retarder le mouvement et laisser à la IIe armée prussienne le temps d'arriver en renfort. C'est un pari audacieux. S'il se trompe, son corps est anéanti. Bazaine, de son côté, ignore complètement qu'il a cette occasion devant lui.

03 — Chapitre

Déroulement

Vers neuf heures, l'artillerie prussienne ouvre le feu sur les positions françaises autour de Vionville. Les canons Krupp en acier tirent plus vite et plus loin que les pièces en bronze françaises. Les obus à percussion éclatent au milieu des colonnes françaises encore en formation de marche. La surprise est totale. Le corps d'armée du général Frossard, posté à l'aile gauche, prend la canonnade sans comprendre d'où sort l'attaque.

Les divisions prussiennes de Stülpnagel et de Buddenbrock se lancent à l'assaut de Vionville et de Flavigny, deux villages défendus par l'infanterie française. Le chassepot, fusil français à verrou qui porte deux fois plus loin que le Dreyse prussien, fait des ravages dans les rangs allemands. Les pertes s'accumulent sans que Vionville ne tombe. Alvensleben comprend qu'il joue un coup de poker : il n'a plus de réserves, il faut tenir coûte que coûte en attendant les renforts.

C'est alors que se produit la charge la plus célèbre de la bataille. Vers quatorze heures, devant l'effondrement probable du centre prussien sous le feu français, Alvensleben ordonne à la brigade de cavalerie Bredow, huit cents sabres de cuirassiers et uhlans, de charger l'artillerie française déployée à découvert. Les cavaliers traversent la fumée et le terrain labouré sous un déluge de balles. Ils enfoncent les batteries, sabrent les servants, bousculent l'infanterie de soutien. La brigade perd la moitié de ses hommes en quelques minutes, mais elle gagne du temps, un temps précieux. Les Prussiens appelleront plus tard cette charge la Todesritt von Mars-la-Tour, la chevauchée de la mort.

Au même moment, à l'aile droite, le général von Voigts-Rhetz arrive avec le Xe corps prussien. Ses divisions entrent en ligne autour de Mars-la-Tour. La cavalerie française du général Legrand tente une contre-charge : Legrand est tué à la tête de ses hommes. La cavalerie lourde prussienne du général von Barby charge à son tour. Dans la même journée, près de cinq mille cavaliers des deux camps s'affrontent au sabre et à la lance dans ce qui reste la dernière grande bataille de cavalerie de l'histoire européenne.

Pendant tout l'après-midi, Bazaine refuse d'engager ses réserves. Il a l'occasion de jeter cinquante mille hommes frais contre les Prussiens épuisés, de percer le centre, de reprendre la route de Verdun. Il ne le fait pas. Ses ordres restent flous, parfois contradictoires. Les généraux Canrobert, Frossard et Ladmirault attendent des instructions qui ne viennent pas. À la tombée du jour, les deux armées épuisées restent sur leurs positions. Les Prussiens, quoique inférieurs en nombre, ont tenu. La route de Verdun est barrée.

04 — Chapitre

Conséquences

Vionville-Mars-la-Tour est la porte d'entrée de la catastrophe française. Tactiquement, les deux camps revendiquent la victoire : les pertes sont équilibrées, chacun tient ses positions au soir. Stratégiquement, les Prussiens ont gagné tout ce qu'ils voulaient. Bazaine, au lieu d'accepter une nouvelle bataille le lendemain pour forcer le passage, ordonne le repli sur Metz. Deux jours plus tard, à Gravelotte-Saint-Privat, les Prussiens l'enferment définitivement dans la place. Cent soixante mille soldats français se retrouveront prisonniers, inutiles pour la suite de la guerre.

Pour la France, cet enfermement est une sentence. L'armée du Rhin ne ressortira jamais. Mac-Mahon, envoyé en renfort avec l'armée de Châlons, marchera droit dans un autre piège à Sedan, où Napoléon III se rendra le 2 septembre. La IIIe République, proclamée deux jours plus tard, devra mener seule une guerre déjà perdue.

Pour la Prusse, la bataille valide toutes les innovations qui ont permis la mobilisation de 1870 : les chemins de fer militaires, l'état-major professionnel, l'artillerie Krupp à chargement par la culasse. Moltke prouve qu'une armée moderne bien commandée peut battre une armée plus nombreuse mal conduite. L'Europe entière prend note. En quelques années, toutes les grandes puissances copieront le modèle prussien.

Sur le plan humain, la charge de la brigade Bredow entre dans la mythologie militaire allemande. Elle sera étudiée dans toutes les écoles de cavalerie pendant quarante ans, jusqu'à ce que les mitrailleuses de 1914 rendent ce genre d'exploit impossible. La Todesritt devient un symbole du devoir accompli au prix de sa vie, repris par la propagande impériale puis par les idéologues du siècle suivant.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Pendant que la bataille fait rage, le maréchal Bazaine passe plusieurs heures à commander en personne une batterie de la Garde impériale, celle qu'il avait au Mexique. Il pointe les pièces, corrige la hausse, donne les ordres de feu comme un simple capitaine. Ses officiers sont consternés. Le chef d'une armée de cent trente-sept mille hommes s'amuse au tir de précision pendant que le sort de la France se joue à quelques kilomètres. L'historien britannique Michael Howard a résumé la scène par une formule cinglante : Bazaine était redevenu caporal à l'heure où la France avait besoin d'un César. Cette conduite sera l'un des chefs d'accusation retenus contre lui au procès de Trianon en 1873. Condamné à mort pour trahison, puis à la détention à perpétuité, il s'évade de sa prison de l'île Sainte-Marguerite en 1874 et meurt dans la misère à Madrid en 1888.

Généraux impliqués

Armée du Rhin (France) :
Maréchal François-Achille Bazaine
IIe Armée (Prusse) :
Général Konstantin von AlvenslebenGénéral Konstantin von Voigts-Rhetzsous l'autorité du Prince Frédéric-Charles

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Fait partie de

Guerre franco-prussienne

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Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Qui a gagné la bataille de Vionville-Mars-la-Tour ?

Tactiquement, la bataille est indécise : les deux camps restent sur leurs positions au soir du 16 août 1870, avec des pertes comparables, environ 16 000 hommes de chaque côté. Stratégiquement, la victoire revient aux Prussiens. Le corps d'armée de von Alvensleben, malgré son infériorité numérique, a réussi à barrer la route de Verdun à l'armée française. Le maréchal Bazaine, au lieu de forcer le passage, ordonne le repli sur Metz. Deux jours plus tard, à Gravelotte-Saint-Privat, l'armée du Rhin sera définitivement enfermée dans la place.

Pourquoi Bazaine n'a-t-il pas attaqué à Vionville ?

La passivité de Bazaine reste l'une des grandes énigmes de la guerre de 1870. Il disposait d'une supériorité numérique écrasante face à un seul corps d'armée prussien isolé pendant plusieurs heures. Il aurait pu écraser Alvensleben avant l'arrivée des renforts et ouvrir la route de Verdun. Plusieurs hypothèses ont été avancées par les historiens : attentisme prudent du commandant, incompétence tactique, volonté secrète de se replier sur Metz, voire sympathies bonapartistes incompatibles avec la République en germe. Son procès de 1873 retiendra la trahison, sans preuves formelles convaincantes.

Qu'est-ce que la chevauchée de la mort de Mars-la-Tour ?

La Todesritt est la charge de la brigade de cavalerie Bredow, vers quatorze heures le 16 août 1870. Huit cents cuirassiers et uhlans prussiens traversent au galop l'artillerie française déployée à découvert entre Vionville et Rezonville. Ils sabrent les servants de pièces, bousculent l'infanterie de soutien, gagnent un temps précieux pour le corps d'armée d'Alvensleben débordé. La brigade perd près de la moitié de ses hommes en quelques minutes. Cette charge devient le symbole héroïque de la cavalerie prussienne et sera étudiée dans toutes les écoles militaires européennes jusqu'en 1914.

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