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Époque Moderne

Bataille de Plassey

23 juin 1757·Palashi (Plassey), Bengale

À Plassey en 1757, Robert Clive et ses 3 000 hommes renversent le Nawab du Bengale et ses 60 000 soldats — non par la force brute, mais par une conspiration préparée avec le traître Mir Jafar. Cette "bataille" à peine combattue transforme la Compagnie britannique des Indes orientales en puissance souveraine d'un État de 40 millions d'habitants.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Compagnie britannique des Indes orientales

Commandant : Robert Clive

Effectifs3 000 hommes (2 100 cipayes et 900 Européens)
Pertesenviron 72 tués ou blessés

Nawab du Bengale

Commandant : Siraj ud-Daulah

Effectifsentre 50 000 et 70 000 hommes, 53 canons, 10 éléphants de guerre
Pertesenviron 500 tués ou blessés, puis déroute totale

« Établit la domination britannique sur le Bengale et pose les bases de l'Empire britannique des Indes, transformant la Compagnie des Indes orientales en puissance souveraine. »

Contexte de la bataille de Bataille de Plassey

En 1756, le nouveau Nawab du Bengale, Siraj ud-Daulah, âgé de vingt ans et méfiant envers les ambitions croissantes des Européens dans ses territoires, ordonne à la Compagnie britannique des Indes orientales de démanteler les fortifications qu'elle construit à Calcutta. Devant le refus, il attaque et s'empare de Calcutta en juin 1756. Dans les caves du Fort William, il emprisonne les prisonniers anglais dans une pièce exiguë — l'épisode tristement connu sous le nom de "Trou Noir de Calcutta" — où beaucoup périssent étouffés pendant la nuit. Le nombre exact de victimes est très débattu par les historiens, certains estimant l'incident très exagéré dans la propagande britannique, mais l'événement scandalise l'Angleterre.

Robert Clive, officier de la Compagnie des Indes orientales déjà célèbre pour sa défense d'Arcot (1751), est envoyé de Madras avec une force de secours. Il reprend Calcutta en janvier 1757. Mais Clive ne se contente pas de récupérer la ville : il commence à tisser une conspiration avec des nobles bengalis mécontents du Nawab, notamment Mir Jafar, commandant en chef de l'armée bengalie que Siraj ud-Daulah a humilié. Mir Jafar accepte de faire défaut pendant la bataille en échange de la promesse d'être nommé Nawab à la place de Siraj ud-Daulah.

Ce complot — aussi cynique que brillant — transforme la "bataille" de Plassey en une affaire largement décidée avant même que les premiers coups de feu ne soient tirés. Clive dispose de 3 000 hommes face à une armée nominalement dix fois supérieure en nombre, mais sait qu'une grande partie de cette armée ne combattra pas.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 23 juin 1757, les deux armées se retrouvent à Plassey, dans une boucle de la rivière Bhagirathi. Siraj ud-Daulah dispose d'une force imposante : 50 000 fantassins, 18 000 cavaliers, 53 canons servis notamment par des artilleurs français (la France et l'Angleterre sont alors en guerre — c'est la Guerre de Sept Ans). Clive n'a que 3 000 hommes — une poignée.

Au matin, l'artillerie bengalie ouvre le feu. Clive se réfugie dans un verger de manguiers et engage des échanges d'artillerie défensifs, attendant. Une averse tropicale soudaine détrempe la poudre bengalie — les canons s'enrayent — mais les Britanniques, qui avaient protégé leur poudre sous des bâches, continuent de tirer. C'est le premier coup du sort.

Mir Jafar, conformément au plan, maintient ses 35 000 hommes en retrait, simulant l'hésitation et l'incompétence sans jamais charger. Sans le gros des troupes bengalies, Siraj ud-Daulah ne peut lancer qu'un nombre limité d'hommes contre les positions britanniques. Clive, voyant l'inaction bengalie, comprend que le complot fonctionne. Il ordonne une contre-attaque. Ses cipayes et soldats européens avancent en bon ordre, l'artillerie bengalie hors service, face à une armée déjà moralement vaincue par la trahison de son propre commandant.

Siraj ud-Daulah, réalisant la trahison, s'enfuit du champ de bataille sur un chameau. Il sera retrouvé quelques jours plus tard et exécuté sur ordre de Mir Jafar. La "bataille" a duré quelques heures. Les pertes britanniques sont dérisoires : environ 72 tués ou blessés.

Les conséquences historiques

Plassey est l'une des batailles les plus conséquentes de l'histoire moderne — non pas en raison du combat lui-même, qui fut peu meurtrier, mais de ses effets à long terme. En renversant le Nawab du Bengale, la Compagnie des Indes orientales s'empare d'un État de 40 millions d'habitants générateur de revenus commerciaux immenses. Mir Jafar, Nawab fantoche, doit payer à la Compagnie et à Clive personnellement des sommes colossales. Clive repart en Angleterre fabulesement riche.

La Compagnie, enrichie par les revenus fiscaux du Bengale, peut financer des armées encore plus importantes et étendre sa domination à d'autres États indiens. En 1764, à la bataille de Buxar, elle confirme sa domination. En 1784, le Parlement britannique prend le contrôle politique de la Compagnie. En 1857, après la révolte des Cipayes, la Couronne britannique annexe directement l'Inde — le "Raj" est né.

Plassey est ainsi le pivot autour duquel s'effectue la transformation d'une société commerciale en puissance coloniale impériale. Le Bengale, qui était l'une des régions les plus riches et les plus manufctuurières du monde en 1750, connaîtra une désindustrialisation progressive sous la domination britannique — sujet d'un vif débat historiographique sur les coûts économiques du colonialisme.

Le saviez-vous ?

Robert Clive, après sa victoire de Plassey, reçut du Nawab fantoche Mir Jafar et de ses proches des sommes tellement colossales que ses contemporains parlèrent de "pillage organisé". Clive lui-même reconnut plus tard devant le Parlement britannique qui l'enquêtait sur ses enrichissements : "Quand je pense à l'immensité de ma fortune et aux nombreuses occasions qui s'offrirent à moi de m'enrichir encore, je m'étonne de ma modération."

Sa fortune accumulée en Inde lui permit d'acheter des propriétés, de financer des ambitions politiques et de devenir l'un des hommes les plus riches d'Angleterre. Mais la conscience de ses actes le rongeait : dépressif, dépendant de l'opium, il se suicida à Londres en 1774 à l'âge de 49 ans. Plassey lui avait tout donné — y compris la culpabilité qui le détruisit.

Généraux impliqués

Compagnie britannique des Indes orientales :
Robert Clive
Nawab du Bengale :
Siraj ud-Daulah

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

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Questions fréquentes

La bataille de Plassey était-elle une vraie bataille ou une conspiration ?

Plassey fut autant une conspiration qu'une bataille. Robert Clive avait préalablement coordonné avec Mir Jafar, commandant en chef de l'armée du Nawab, un accord secret : Mir Jafar garderait ses troupes en retrait pendant la bataille en échange de la promesse d'être nommé Nawab. En pratique, les 35 000 hommes de Mir Jafar ne combattirent pas. Clive n'affronta qu'une fraction de l'armée bengalie, et une averse opportune éteignit les canons bengalis. La "victoire" militaire fut facilitée par cette trahison délibérée — ce qui n'en diminue pas l'impact historique monumental.

Quelles furent les conséquences de Plassey pour l'Inde ?

Plassey inaugura la domination britannique progressive de l'Inde. La Compagnie des Indes orientales, enrichie par les revenus fiscaux du Bengale (l'une des régions les plus riches du monde au XVIIIe siècle), put financer des armées de plus en plus grandes et étendre sa domination à d'autres États indiens. En cent ans, la quasi-totalité du sous-continent était sous contrôle britannique direct ou indirect. Plassey est considérée par de nombreux historiens indiens comme l'un des événements les plus traumatiques de leur histoire, marquant le début de deux siècles de colonisation.

Qui était Robert Clive, vainqueur de Plassey ?

Robert Clive (1725–1774), surnommé "Clive of India", était un officier et administrateur de la Compagnie des Indes orientales. D'abord employé de bureau à Madras, il se révéla comme chef militaire lors du siège d'Arcot (1751) qu'il défendit avec 200 hommes contre 10 000. Après Plassey, il devint gouverneur du Bengale, accumulant une fortune considérable. Rappelé en Angleterre et mis en cause pour corruption, il se suicida en 1774 à 49 ans, laissant une postérité ambivalente : héros de l'Empire pour les uns, artisan du pillage colonial pour les autres.