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Ère Contemporaine

Bataille de Wissembourg

4 août 1870·Wissembourg, Alsace

La bataille de Wissembourg est le premier choc sérieux de la guerre de 1870. Une division française isolée de 8 500 hommes, commandée par le général Abel Douay, est surprise dès le matin par cinq fois ses effectifs. Douay tombe dès les premières heures, frappé par un éclat d'obus. Les tirailleurs algériens résistent sur le rempart du Geisberg pendant plusieurs heures avant de céder. L'Alsace commence son effondrement.

Forces en Présence

Armée du Rhin, 1re division du 1er corps (France)

Commandant : Général Abel Douay, tué au combat

Effectifs8 500 hommes
Pertes1 600 tués, blessés ou disparus
✓ Vainqueur

IIIe Armée (Prusse et Allemagne du Sud)

Commandant : Prince héritier Frédéric-Guillaume de Prusse

Effectifs50 000 hommes
Pertes1 550 tués ou blessés
Effectifs & Pertes
Armée du Rhin, 1re division du 1er corps (France)IIIe Armée (Prusse et Allemagne du Sud)
013k25k38k50k00EFFECTIFS00PERTES19%des effectifs3%des effectifs

« Premier combat important de la guerre franco-prussienne. Révèle la supériorité tactique allemande et ouvre la route de l'Alsace. »

Publié le 19 avril 2026

02 — Chapitre

Contexte

À l'aube du 4 août 1870, la guerre franco-prussienne n'a que quinze jours. Les deux armées se cherchent encore le long de la frontière lorraine et alsacienne. Côté français, le maréchal Mac-Mahon commande le 1er corps d'armée en Alsace, déployé autour de Strasbourg. Le général Félix Douay et son 7e corps tiennent l'aile droite, face au Rhin. Entre les deux, la 1re division du 1er corps, commandée par le général Abel Douay, frère cadet de Félix, a été détachée en avant-poste à Wissembourg, petite ville fortifiée sur la rivière Lauter. Elle doit surveiller les passages du Palatinat bavarois et donner l'alerte en cas d'offensive allemande.

Douay dispose de 8 500 hommes et d'un bataillon de tirailleurs algériens, les turcos, vétérans d'Afrique du Nord réputés pour leur mordant. Mais la division est isolée, à plus de trente kilomètres des premiers renforts du 1er corps de Mac-Mahon. Les ordres reçus sont contradictoires. Le maréchal Leboeuf, chef d'état-major général, télégraphie des directives changeantes depuis Metz. Le ravitaillement ne suit pas, les cantines sont vides, les officiers ignorent la position exacte des forces adverses.

Face à eux, la IIIe armée allemande du prince héritier Frédéric-Guillaume de Prusse, futur empereur Frédéric III, aligne trois corps allemands et bavarois, soit 125 000 hommes au total. L'état-major de Moltke a décidé de frapper le premier en Alsace, d'abord pour couper la France en deux, ensuite pour empêcher Mac-Mahon de rejoindre Bazaine en Moselle. Les renseignements allemands sur le dispositif français sont précis, alimentés par une cavalerie légère active et des sympathisants dans les villages frontaliers.

Le soir du 3 août, les avant-gardes bavaroises du général von der Tann s'approchent de Wissembourg sans être détectées. Abel Douay ignore qu'un coup de tonnerre se prépare à quelques kilomètres. Ses hommes dorment dans les casernes de la vieille ville et sur les hauteurs du Geisberg, colline fortifiée qui domine Wissembourg. La 1re division française va découvrir le 4 août 1870, au petit matin, que la guerre a vraiment commencé.

03 — Chapitre

Déroulement

Vers huit heures du matin, l'artillerie bavaroise ouvre le feu sur Wissembourg depuis les hauteurs du Palatinat. La surprise est totale. Les soldats français, en train de préparer la soupe, abandonnent leurs cuisines et courent aux armes. Les premiers obus éclatent dans les rues de la vieille ville. Abel Douay, alerté, galope vers la position du Geisberg pour organiser la défense. Son plan : tenir les hauteurs pendant que l'infanterie se replie en bon ordre sur Sultz-sous-Forêts.

Les tirailleurs algériens, commandés par le colonel Nicolas, s'accrochent au rempart médiéval du Geisberg, transformé en point d'appui improvisé. Leurs chassepots, au feu rapide et précis, fauchent les premières vagues d'assaut bavaroises. Les Bavarois tombent par dizaines dans les vignes, mais l'artillerie Krupp pilonne sans relâche les positions françaises. Douay, qui parcourt la ligne à cheval pour encourager ses hommes, est frappé par un éclat d'obus. Il meurt presque sur le coup, atteint à la poitrine. Le colonel Pelletier-Doisy prend le commandement dans la confusion.

Vers onze heures, deux corps prussiens arrivent en renfort depuis l'est : le Ve corps de von Kirchbach et le XIe de von Bose. Ce sont désormais cinquante mille hommes qui convergent sur la poignée de Français. La supériorité numérique devient accablante. Les turcos, entourés, refusent de se rendre. Certains pelotons se battent au corps à corps dans les vignes, à la baïonnette et au couteau. Les positions françaises du Geisberg cèdent l'une après l'autre.

Midi. Le château du Geisberg, tenu par une compagnie de tirailleurs, devient un symbole de résistance désespérée. Les Bavarois l'encerclent, en forcent les portes, combattent chambre par chambre. Seuls une trentaine de défenseurs en sortent vivants. Les derniers feux d'infanterie française crépitent vers treize heures. La retraite générale est alors ordonnée. Les rescapés décrochent vers le sud, harcelés par la cavalerie prussienne qui capture plusieurs centaines de traînards.

À la tombée du jour, Wissembourg est aux mains allemandes. Frédéric-Guillaume entre dans la ville. Les pertes sont comparables numériquement, environ 1 600 hommes hors de combat de chaque côté, mais la disproportion tactique est écrasante. Une division française a été détruite par cinq fois ses effectifs. La route de l'Alsace est ouverte. Mac-Mahon, prévenu trop tard, ordonne à son 1er corps de se concentrer autour de Frœschwiller, à une trentaine de kilomètres au sud. Le prochain choc est déjà programmé pour deux jours plus tard.

04 — Chapitre

Conséquences

Wissembourg est la première secousse qui révèle à la France l'ampleur de la crise. Les illusions de juillet s'effondrent en une matinée. Les foules parisiennes qui criaient "À Berlin !" apprennent qu'une division française a été écrasée par des Bavarois et des Prussiens qu'on ne jugeait pas capables de résister à l'armée impériale. La mort d'Abel Douay, officier respecté, frère d'un général de corps d'armée, frappe l'opinion. Les premières dépêches contradictoires du ministère de la Guerre renforcent la défiance. Le Corps législatif, stupéfait, exige des explications que personne ne sait fournir.

Sur le plan militaire, la défaite force Mac-Mahon à abandonner Strasbourg comme pivot défensif et à replier son 1er corps vers l'ouest. La ligne de défense de l'Alsace, déjà fragile, recule de trente kilomètres. Les populations alsaciennes, d'abord confiantes dans l'armée française, commencent à fermer leurs volets à l'approche des colonnes prussiennes.

La victoire allemande confirme à Moltke que sa doctrine fonctionne. La supériorité de l'artillerie Krupp, la vitesse de concentration par chemin de fer, la capacité des corps d'armée à manœuvrer séparément et à converger au moment décisif : tous ces principes viennent d'être validés au feu. Le prince Frédéric-Guillaume, qui commande en personne, passe du statut d'héritier politique à celui de général victorieux. La presse allemande s'empare du récit. Le "Kronprinz" devient une figure populaire, préfiguration du futur empereur Frédéric III.

Wissembourg est aussi un moment pour les turcos. Les tirailleurs algériens, considérés comme des troupes exotiques en métropole, viennent de prouver leur valeur au combat. Leur résistance au Geisberg entre dans la mémoire militaire française. Elle servira plus tard, pendant la Grande Guerre, à justifier la mobilisation massive des troupes coloniales. La défaite, elle, annonce la série noire qui suit : deux jours plus tard, Frœschwiller et Spicheren enfonceront plus profondément encore le dispositif français.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Le général Abel Douay prit son dernier café à l'auberge de Wissembourg au moment où tombaient les premiers obus bavarois. Il se leva calmement, posa sa tasse, remit son képi, et dit à son aide de camp : "Bien, allons voir ce qu'ils veulent." Il enfourcha son cheval pour rejoindre le Geisberg sans accélérer l'allure, comme pour ne pas donner le spectacle de l'inquiétude à ses soldats. Une heure plus tard, il tombait frappé d'un éclat d'obus à hauteur du rempart. Son corps fut relevé par les turcos, qui voulurent l'emporter malgré le feu. Les Allemands, en entrant dans la ville le soir, rendirent les honneurs à sa dépouille : Frédéric-Guillaume lui-même vint saluer le cercueil, geste de courtoisie militaire qui frappa les témoins. La veuve de Douay reçut plus tard ses effets personnels des mains d'un officier allemand, accompagnés d'une lettre respectueuse du prince héritier.

Généraux impliqués

Armée du Rhin, 1re division du 1er corps (France) :
Général Abel Douaytué au combat
IIIe Armée (Prusse et Allemagne du Sud) :
Prince héritier Frédéric-Guillaume de Prusse

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Fait partie de

Guerre franco-prussienne

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Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi la bataille de Wissembourg fut-elle un désastre pour la France ?

Wissembourg est un désastre parce qu'une seule division française de 8 500 hommes, avec le général Douay à sa tête, fut surprise par la IIIe armée allemande commandée par le prince héritier Frédéric-Guillaume, soit près de 50 000 hommes engagés. La disproportion numérique était de cinq contre un. Mac-Mahon n'avait pas concentré ses forces à temps et Douay fut livré à lui-même. Sa mort dès le matin désorganisa la défense. La rapidité de la concentration allemande par chemin de fer, face à la lenteur de la mobilisation française, venait de démontrer son efficacité pour la première fois.

Qui était le général Abel Douay ?

Abel Douay, né en 1809 à Draguignan, est un général d'infanterie français, frère cadet du général Félix Douay. Officier de carrière formé à Saint-Cyr, il avait servi en Algérie, en Crimée et au Mexique. En 1870, il commande la 1re division du 1er corps d'armée sous Mac-Mahon. Détaché en avant-poste à Wissembourg, il est tué le 4 août 1870 dès les premières heures de la bataille, frappé par un éclat d'obus alors qu'il inspectait les positions du Geisberg à cheval. Il devient le premier général français tué de la guerre, symbole du courage des officiers face à un désastre tactique.

Quel rôle jouèrent les tirailleurs algériens à Wissembourg ?

Les tirailleurs algériens, appelés turcos, furent les héros de la résistance au Geisberg. Un bataillon sous les ordres du colonel Nicolas tint les remparts médiévaux du château pendant près de cinq heures sous le feu de l'artillerie bavaroise et face à des assauts répétés. Quand les Allemands forcèrent les portes, le combat continua dans les couloirs à la baïonnette et au couteau. Seule une trentaine de défenseurs sortirent vivants du château. Leur résistance entra dans la mémoire militaire française et servit plus tard d'argument pour la mobilisation massive des troupes coloniales en 1914.

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