CarteBataillesQuizGénéraux
Atlas militaire interactif/Batailles/Bataille de l'Écluse (Sluys)

Moyen Âge

Bataille de l'Écluse (Sluys)

24 juin 1340·Rade de Sluys, embouchure du Zwin

À l'embouchure du Zwin, Édouard III attaque la flotte française mouillée en formation serrée. Les archers anglais, tirant six flèches par minute, déciment les équipages avant l'abordage. Plus de 16 000 marins français périssent. Aucun courtisan n'osa annoncer la défaite à Philippe VI. Selon Froissart, son fou s'en chargea.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Royaume d'Angleterre

Commandant : Édouard III

Effectifs250 navires, 15 000 marins et archers
PertesLégères, quelques navires

Royaume de France

Commandant : Hugues Quiéret et Nicolas Béhuchet

Effectifs213 navires (dont 6 galères génoises), 20 000 hommes
Pertes16 000 à 18 000 tués ou noyés, 166 navires capturés

« Première grande victoire de la Guerre de Cent Ans, donne aux Anglais la maîtrise de la Manche pour trente ans. »

Publié le 8 mai 2026

02 — Chapitre

Contexte

En 1337, Édouard III d'Angleterre revendique officiellement la couronne de France et ajoute les trois lys de France à son blason. La Guerre de Cent Ans commence. Pour porter le combat sur le continent, l'Angleterre a besoin de ravitailler ses armées en Flandre, où Édouard III a noué une alliance avec les villes drapières (Gand, Bruges, Ypres) menées par Jacques van Artevelde. La Manche devient un enjeu vital. Celui qui la contrôle peut soutenir ses armées ; l'autre voit ses lignes de communication coupées.

Philippe VI de Valois saisit l'enjeu. Il rassemble en 1339 une flotte massive dans les ports normands. Son projet : couper les communications entre l'Angleterre et la Flandre, débarquer en Angleterre si l'occasion se présente. La flotte royale française compte 213 navires : nefs flamandes capturées, galères génoises louées au prix fort à Carlo Grimaldi (six bâtiments d'élite avec leurs équipages spécialisés), navires marseillais, barques normandes. Elle aligne près de 20 000 hommes : marins, soldats, arbalétriers génois redoutés, hommes d'armes français. Les amiraux Hugues Quiéret, soldat expérimenté, et Nicolas Béhuchet, ancien financier devenu connétable de la marine sans formation navale, se partagent le commandement. Cette dyarchie va se révéler désastreuse.

Au printemps 1340, la flotte française mouille dans la rade de Sluys (l'Écluse en français), à l'embouchure du Zwin, dans le delta de l'Escaut. Cette baie protégée par des bancs de sable accueille traditionnellement les flottes en hivernage. Les amiraux ordonnent un mouillage défensif inédit : les navires sont enchaînés ensemble, par groupes de trois ou quatre, formant des "îlots flottants" destinés à servir de plateformes de combat. Les ponts sont garnis de hourds de bois pour les arbalétriers. La flotte forme ainsi un mur compact bloquant l'entrée du Zwin.

Édouard III apprend le déploiement français le 10 juin 1340 à Ipswich. Il décide d'attaquer immédiatement avant que la flotte française n'effectue sa sortie sur l'Angleterre. Il rassemble 250 navires anglais : nefs marchandes de Yarmouth, cogues de Londres, navires des Cinque Ports, ainsi que des bâtiments flamands alliés rejoints en cours de route. Sa flotte transporte 15 000 hommes dont une majorité d'archers gallois équipés du redoutable arc long. Édouard III commande personnellement à bord du Cog Thomas, sa nef amirale.

La traversée prend deux semaines. Édouard III double Calais le 22 juin et arrive en vue de Sluys le matin du 24. Le soleil est dans son dos. Le vent est du nord-est, favorable. La marée monte. Édouard III va attaquer.

03 — Chapitre

Déroulement

Le matin du 24 juin 1340, la flotte anglaise s'avance dans le Zwin avec le soleil derrière elle et la marée montante. Édouard III a soigneusement organisé sa formation : ses navires forment trois lignes successives. La première ligne, composée des plus gros bâtiments, alterne deux navires chargés d'archers et un navire chargé d'hommes d'armes. La deuxième ligne suit, prête à exploiter les premiers chocs. La troisième ligne, plus arrière, contient les navires flamands ralliés et la réserve.

Les amiraux français aperçoivent l'arrivée anglaise tardivement. Quiéret veut sortir affronter l'ennemi en pleine mer, où la mobilité des galères pourrait faire la différence. Béhuchet refuse. Il tient à conserver le mouillage défensif enchaîné. La querelle entre les deux commandants paralyse la décision pendant les heures cruciales. Quand Béhuchet l'emporte, il est trop tard. La marée pousse les navires français vers la côte. La formation chaînée se désorganise. Les bâtiments des deux ailes se retrouvent collés contre les bancs de sable, incapables de manoeuvrer.

L'avant-garde anglaise frappe le centre français. Les archers gallois entrent en action. Avec leurs arcs longs, hauts de 1,80 mètre, fabriqués en if et tendus par une corde de chanvre, ils tirent six flèches par minute à 200 mètres de distance. Chaque archer porte une réserve de 60 flèches. Ils en lâchent jusqu'à 400 par homme dans la journée. Sur les ponts français, les arbalétriers génois ripostent. Mais leurs arbalètes ne tirent qu'une fois par minute. La supériorité du tir de saturation anglais est immédiate. Les ponts français sont balayés. Les arbalétriers tombent en quelques minutes. Les hommes d'armes français se réfugient sous les hourds.

L'abordage commence. Les nefs anglaises se collent contre les flancs français. Les passerelles sont jetées. Les hommes d'armes anglais en armures de plates, soutenus par les archers qui continuent de tirer, déferlent sur les ponts. Le combat est confus, brutal, bord à bord. Les navires s'enchevêtrent. Les pieds glissent sur les ponts ensanglantés. Édouard III combat personnellement à bord du Cog Thomas. Selon Froissart, il reçoit un coup d'épée à la cuisse qui laissera une cicatrice.

La résistance française tient pendant l'après-midi. Les hommes d'armes refusent de céder. Mais la pluie de flèches continue. À chaque navire pris, les archers anglais grimpent sur le suivant et reprennent leur tir. La marée descend en début de soirée. Les navires français, échoués sur les bancs de sable, deviennent immobiles. Béhuchet est capturé. Édouard III ordonne sa pendaison immédiate au mât de son propre navire, châtiment infamant, en représailles d'un raid sur Southampton ordonné par Béhuchet l'année précédente. Quiéret meurt au combat.

À la nuit tombée, la bataille s'achève. 166 navires français sont capturés ou coulés. Selon les sources les plus fiables (Hennebert, Sumption), entre 16 000 et 18 000 marins et soldats français périssent, tués au combat, noyés en tentant de gagner la côte, ou massacrés après reddition. Les pertes anglaises restent légères, quelques centaines d'hommes au total. Aucune flotte française ne reformera de menace navale crédible avant le règne de Charles V dans les années 1370.

04 — Chapitre

Conséquences

Sluys donne aux Anglais la maîtrise de la Manche pour trente ans. La marine française, anéantie d'un coup, ne peut plus protéger les côtes ni couper les lignes de ravitaillement anglaises. Édouard III peut désormais débarquer librement en Flandre, en Bretagne, en Normandie, en Aquitaine. Les chevauchées anglaises de Crécy (1346), Calais (1347), Poitiers (1356) deviennent possibles parce que Sluys a éliminé la principale menace stratégique.

Pour Philippe VI, la défaite est humiliante. Selon Froissart, aucun courtisan n'osa annoncer la nouvelle au roi. Le fou de la cour fut chargé de cette mission. Il déclara que les Anglais étaient des "lâches, des poltrons" car, ajouta-t-il, ils n'avaient même pas eu le courage de sauter à l'eau comme les Français. La boutade permit au roi de comprendre par allusion l'ampleur du désastre. La crédibilité militaire du roi est durablement entachée.

Sur le plan financier, la perte de la flotte coûte au trésor royal une fortune. Les six galères génoises louées à Grimaldi représentaient à elles seules 30 000 livres de location annuelle. Les indemnités versées aux familles des marins tués épuisent les caisses. Philippe VI doit alourdir la fiscalité, déclencher des dévaluations monétaires, vendre des charges publiques. Ces expédients alimentent le mécontentement des bourgeois et des paysans, terrain sur lequel grandiront les jacqueries des années 1350.

Sur le plan tactique, Sluys impose une leçon : la suprématie de l'arc long anglais sur l'arbalète génoise. Cette même arme décidera Crécy six ans plus tard, contre l'élite de la chevalerie française. Les chefs de guerre anglais consacreront désormais des sommes considérables à former des archers, à organiser des concours de tir dans chaque paroisse, à interdire les autres jeux le dimanche pour favoriser l'entraînement. L'arc long deviendra l'arme symbolique du royaume insulaire.

Stratégiquement, Sluys redéfinit la nature de la Guerre de Cent Ans. La maîtrise navale anglaise empêche tout débarquement français en Angleterre pendant des décennies. La guerre se déroulera désormais exclusivement sur le sol français. Les côtes anglaises restent inviolables jusqu'aux raids français isolés des années 1370. Cette asymétrie stratégique, fondée à Sluys, expliquera la longue durée du conflit : la France peut perdre des batailles sans risquer son existence, tandis que l'Angleterre n'a jamais à défendre son territoire propre.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Selon la chronique de Jean Froissart, après la bataille, aucun officier ni courtisan n'osa annoncer la nouvelle au roi Philippe VI. La défaite était si écrasante que la royauté française risquait d'y perdre sa face. Pendant plusieurs jours, le roi attendit des rapports qui ne vinrent pas. Finalement, c'est le fou de la cour qui prit l'initiative. Il s'avança devant Philippe VI et déclara, dans le langage codé du fou autorisé à dire ce que les autres taisaient : "Sire, les Anglais sont des lâches, des poltrons, des couards, sans nul courage." Le roi, intrigué, demanda pourquoi. Le fou répondit : "Parce qu'ils n'ont même pas eu le courage de sauter à l'eau comme nos braves Français à Sluys." Philippe VI comprit alors par allusion l'ampleur du désastre. L'anecdote, peut-être enjolivée, illustre l'ampleur du choc politique : la défaite était si totale qu'elle ne pouvait être annoncée que par dérision.

Généraux impliqués

Royaume d'Angleterre :
Édouard III
Royaume de France :
Hugues Quiéret et Nicolas Béhuchet

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Fait partie de

Guerre de Cent Ans

1337 – 1453 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi la flotte française a-t-elle perdu à Sluys ?

Trois erreurs majeures expliquent la défaite française. D'abord, le choix de mouiller dans la rade de Sluys, espace confiné où la mobilité disparaît, alors que les galères génoises étaient conçues pour la haute mer. Ensuite, la division du commandement entre Hugues Quiéret, soldat expérimenté qui voulait sortir au large, et Nicolas Béhuchet, ancien financier sans formation navale qui imposa le mouillage défensif. Cette querelle paralysa la décision quand Édouard III approcha. Enfin, l'enchaînement des navires en formation rigide les rendit incapables de manoeuvrer face à la marée descendante. La supériorité tactique de l'arc long anglais fit le reste.

Quelle était l'importance stratégique de Sluys ?

Sluys donne à l'Angleterre la maîtrise navale de la Manche pour trente ans. Sans flotte de combat, la France ne peut plus couper les lignes de ravitaillement anglaises vers la Flandre, ni envisager un débarquement sur l'île britannique. Toutes les chevauchées qui suivront, Crécy en 1346, Poitiers en 1356, Azincourt en 1415, deviennent possibles parce que Sluys a éliminé la menace navale française. La guerre se déroulera donc exclusivement sur le sol français pendant un siècle, asymétrie stratégique qui expliquera la longue durée du conflit. La France perd des batailles sans risquer son existence ; l'Angleterre n'a jamais à défendre son territoire propre.

Comment Édouard III a-t-il préparé son attaque ?

Édouard III a soigneusement choisi le moment de son attaque le 24 juin 1340. Il aborde la flotte française avec le soleil derrière lui (aveuglant les archers adverses), avec la marée montante (poussant ses navires vers leurs cibles), et avec un vent du nord-est favorable. Il a organisé sa flotte en trois lignes successives, alternant navires d'archers et navires d'hommes d'armes. Cette préparation tactique méticuleuse, combinée à la supériorité de l'arc long sur l'arbalète, lui assure un avantage décisif. Édouard III combat personnellement à bord du Cog Thomas, recevant un coup d'épée à la cuisse qui laissera une cicatrice mentionnée par les chroniqueurs.

Poursuivre la chronologie

Guerre de Cent Ans