Ère Contemporaine — Poche de Korsoun-Tcherkassy
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Ère Contemporaine

Poche de Korsoun-Tcherkassy

24 janvier - 17 février 1944·Korsoun-Chevtchenkivski, Ukraine

La poche de Korsoun-Tcherkassy vit environ 60 000 soldats allemands encerclés par l'Armée rouge dans les plaines enneigées d'Ukraine. La tentative de percée, menée dans des conditions apocalyptiques de boue et de blizzard, se transforma en carnage : des colonnes entières de soldats furent fauchées par les tirs soviétiques et les charges de cavalerie en traversant la rivière Gniloy Tikich gelée.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée rouge (1er et 2e fronts ukrainiens)

Commandant : Ivan Koniev et Nikolaï Vatoutine

EffectifsEnviron 336 000 hommes, 4 000 canons, 800 chars
PertesEnviron 24 000 tués et 55 000 blessés

Wehrmacht (XIe et XLIIe corps d'armée)

Commandant : Wilhelm Stemmermann, puis Theobald Lieb

EffectifsEnviron 60 000 hommes encerclés
PertesEnviron 18 000 tués et disparus, 18 000 prisonniers (estimations variables)

« Premier grand encerclement réussi par l'Armée rouge sur le front de l'Est depuis Stalingrad, Korsoun-Tcherkassy démontra que la Wehrmacht pouvait être piégée même en terrain favorable. »

Contexte de la bataille de Poche de Korsoun-Tcherkassy

À la fin de janvier 1944, le front de l'Est est en pleine transformation. L'Armée rouge, après les victoires de Stalingrad et de Koursk, poursuit des offensives continues qui repoussent la Wehrmacht vers l'ouest. En Ukraine, les 1er et 2e fronts ukrainiens (commandés respectivement par les généraux Vatoutine et Koniev) ont percé les lignes allemandes à plusieurs endroits, créant un saillant allemand autour de la ville de Korsoun-Chevtchenkivski (anciennement Korsun, aujourd'hui renommée en l'honneur du poète Taras Chevtchenko).

Ce saillant, d'environ 100 kilomètres de profondeur sur 50 de large, est tenu par le XIe et le XLIIe corps d'armée allemands, soit environ 60 000 hommes. Hitler, fidèle à sa doctrine du "pas un pas en arrière", interdit tout retrait malgré les avertissements des généraux de terrain. Le saillant constitue un objectif tentant pour les Soviétiques : son encerclement permettrait de détruire deux corps d'armée et d'ouvrir une large brèche dans le front allemand en Ukraine.

Le plan soviétique reprend, à une échelle moindre, la manoeuvre qui avait réussi à Stalingrad : deux pinces blindées convergentes se rejoignant derrière le saillant. Le 1er front ukrainien de Vatoutine attaquera par le nord, le 2e front ukrainien de Koniev par le sud. Les deux pinces doivent se rejoindre dans le secteur de Zvenigorodka pour fermer la poche. Koniev, ambitieux et déterminé, voit dans cette opération l'occasion de prouver sa valeur à Staline et de gagner la promotion au rang de maréchal.

Les conditions météorologiques ajoutent une dimension supplémentaire à la bataille. L'hiver ukrainien alterne entre gel intense et dégels soudains, transformant les routes en rivières de boue (la fameuse "raspoutitsa"). Les blindés s'enlisent, les fantassins pataugent, les chevaux meurent d'épuisement. La logistique, déjà difficile dans les meilleures conditions, devient un cauchemar pour les deux camps.

Comment s'est déroulée la bataille ?

**L'encerclement (24 janvier - 3 février 1944)**

Le 24 janvier 1944, le 2e front ukrainien de Koniev lance son attaque depuis le sud avec la 5e armée de chars de la Garde et la 53e armée. Le lendemain, le 1er front ukrainien de Vatoutine attaque depuis le nord avec la 6e armée blindée et la 27e armée. Les défenses allemandes, étirées sur un front trop large, ne peuvent résister à la pression concentrée de deux groupes blindés convergents.

Le 28 janvier, les pinces soviétiques se rejoignent à Zvenigorodka, fermant la poche autour d'environ 60 000 soldats allemands. L'encerclement est confirmé le 3 février quand les tentatives allemandes de rouvrir un corridor échouent. Le parallèle avec Stalingrad est immédiat dans les esprits des deux camps. Hitler ordonne de tenir la poche et promet une opération de secours, comme il l'avait fait (en vain) pour la 6e armée de Paulus.

**Les tentatives de secours et la vie dans la poche (février 1944)**

Le général Stemmermann, qui commande les forces encerclées, organise la défense du périmètre tout en préparant une percée éventuelle. Les avions de transport allemands tentent de ravitailler la poche par voie aérienne, mais les conditions météo et la chasse soviétique rendent les largages erratiques et insuffisants. Beaucoup de conteneurs tombent dans les lignes soviétiques.

À l'extérieur, le IIIe Panzerkorps du général Breith tente de percer le front soviétique depuis l'ouest pour secourir les encerclés. La 1re division Panzer et la division Panzer "Leibstandarte SS Adolf Hitler" progressent dans la boue et la neige, s'approchant à environ 15 kilomètres du périmètre de la poche. Mais les défenses soviétiques se raidissent, et les chars allemands s'enlisent dans la boue. La jonction ne sera jamais établie.

**La percée et le massacre de Shanderovka (16-17 février)**

Le 16 février, le général Stemmermann ordonne la percée vers le sud-ouest, en direction de la colonne de secours. À 23 heures, les troupes encerclées abandonnent leur artillerie lourde, leurs véhicules et leurs blessés, et commencent leur marche dans un blizzard glacial. La colonne, longue de plusieurs kilomètres, se met en route dans la nuit, espérant atteindre les lignes allemandes avant l'aube.

Ce qui suit est l'un des épisodes les plus sanglants de la guerre sur le front de l'Est. À l'aube du 17 février, les Soviétiques découvrent les colonnes allemandes en terrain découvert. L'artillerie ouvre le feu, les chars T-34 et la cavalerie cosaque chargent les colonnes en marche. Les soldats allemands, épuisés, affamés et sans armes lourdes, sont fauchés par milliers. Les scènes au bord de la rivière Gniloy Tikich sont apocalyptiques : des milliers d'hommes tentent de traverser la rivière partiellement gelée sous le feu des mitrailleuses et les charges de cavalerie. Beaucoup se noient, sont piétinés ou meurent de froid dans l'eau glacée.

Le général Stemmermann est tué pendant la percée. Son adjoint, le général Lieb, parvient à rallier les lignes allemandes avec les survivants. Sur les 60 000 encerclés, environ 30 000 à 35 000 réussiront à s'échapper, mais la plupart sans armes, sans équipement et dans un état physique et psychologique désastreux.

Les conséquences historiques

La bataille de Korsoun-Tcherkassy a des conséquences importantes sur la suite de la guerre sur le front de l'Est. Si la poche ne produit pas l'anéantissement total que les Soviétiques espéraient (un "second Stalingrad"), elle détruit néanmoins deux corps d'armée allemands en tant que forces combattantes. Les 18 000 à 20 000 soldats allemands tués ou portés disparus et les 18 000 prisonniers représentent des pertes que la Wehrmacht ne peut plus remplacer à ce stade de la guerre.

L'opération confirme la maîtrise soviétique de la manoeuvre d'encerclement à grande échelle. Les coordinations entre les deux fronts ukrainiens, bien que parfois déficientes, montrent les progrès considérables de l'état-major soviétique depuis les désastres de 1941-1942. Koniev reçoit le titre de maréchal pour cette victoire, récompense qui alimente sa rivalité avec Joukov.

La bataille alimente également la controverse sur les pertes. Les sources soviétiques affirment que 55 000 Allemands ont été tués et que seuls quelques milliers se sont échappés. Les sources allemandes affirment que 30 000 à 35 000 hommes ont réussi la percée. La vérité se situe probablement entre les deux, mais les chiffres exacts restent débattus par les historiens. Ce qui est certain, c'est que la quasi-totalité de l'équipement lourd (artillerie, blindés, véhicules) fut perdue.

Sur le plan stratégique, Korsoun-Tcherkassy s'inscrit dans la série d'offensives soviétiques hivernales de 1943-1944 qui libérèrent l'Ukraine et repoussèrent la Wehrmacht vers les Carpates et la Pologne, préparant le terrain pour les offensives décisives de l'été 1944.

Le saviez-vous ?

Le dénouement de la percée de Korsoun produisit l'une des scènes les plus mémorables et les plus controversées de la guerre. Quand les colonnes allemandes tentèrent de franchir la rivière Gniloy Tikich à l'aube du 17 février, la cavalerie cosaque du général Selivanov chargea les soldats en déroute dans la neige. Des cavaliers armés de sabres et de pistolets-mitrailleurs fondirent sur des hommes désarmés et épuisés, créant un carnage que les survivants allemands comparèrent aux massacres médiévaux. Le maréchal Koniev, observant la scène depuis une colline, aurait déclaré avec satisfaction : "Voilà un beau spectacle." Après la guerre, les vétérans soviétiques et allemands donnèrent des versions radicalement différentes de cet épisode : pour les Soviétiques, une victoire glorieuse ; pour les Allemands, un massacre de soldats désarmés. Les historiens modernes reconnaissent que la réalité inclut les deux aspects.

Généraux impliqués

Armée rouge (1er et 2e fronts ukrainiens) :
Ivan Koniev et Nikolaï Vatoutine
Wehrmacht (XIe et XLIIe corps d'armée) :
Wilhelm Stemmermannpuis Theobald Lieb

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

CETTE BATAILLE FAIT PARTIE DESeconde Guerre mondiale (1939 – 1945) →

Batailles liées

Questions fréquentes

Korsoun-Tcherkassy fut-elle un "second Stalingrad" ?

La propagande soviétique présenta Korsoun-Tcherkassy comme un "second Stalingrad", mais la comparaison est exagérée. À Stalingrad, 91 000 soldats allemands se rendirent et la totalité de la 6e armée fut anéantie. À Korsoun, environ 30 000 à 35 000 soldats réussirent à percer le encerclement et rejoindre les lignes allemandes, bien que sans équipement lourd. Les pertes allemandes (environ 18 000 tués et 18 000 prisonniers) étaient significatives mais pas comparables aux 300 000 pertes totales de Stalingrad. Korsoun fut néanmoins un succès opérationnel soviétique qui détruisit deux corps d'armée.

Pourquoi les Allemands n'ont-ils pas évacué le saillant avant l'encerclement ?

Hitler interdit catégoriquement tout retrait du saillant de Korsoun, conformément à sa doctrine du "pas un pas en arrière". Les généraux de terrain, notamment Manstein (commandant du Groupe d'armées Sud), recommandaient un repli tactique qui aurait permis de raccourcir le front et de libérer des réserves. Hitler refusa, arguant que chaque mètre de territoire devait être défendu. Cette rigidité stratégique, qui avait déjà causé la catastrophe de Stalingrad, condamna 60 000 soldats à l'encerclement. Quand la percée fut finalement autorisée, il était trop tard pour un retrait organisé.

Quel fut le rôle de la cavalerie dans la bataille de Korsoun ?

La cavalerie soviétique joua un rôle remarquable à Korsoun-Tcherkassy, démontrant que cette arme conservait une utilité sur le champ de bataille moderne dans certaines conditions. Les unités de cavalerie cosaque furent utilisées pour la reconnaissance, le harcèlement des colonnes allemandes en retraite et, surtout, pour la charge dévastatrice du 17 février sur les colonnes en percée. Dans la boue et la neige où les véhicules s'enlisaient, les chevaux conservaient leur mobilité. La charge finale sur les soldats allemands traversant la Gniloy Tikich resta l'une des dernières grandes charges de cavalerie de l'histoire militaire européenne.