Ère Contemporaine
Bataille de Kiev
En septembre 1941, la Wehrmacht réalise le plus grand encerclement de l'histoire militaire en refermant un piège gigantesque autour de Kiev et du Front du Sud-Ouest soviétique. Plus de 665 000 soldats de l'Armée rouge sont capturés, quatre armées soviétiques anéanties. Mais cette victoire tactique spectaculaire retarde de plusieurs semaines cruciales l'offensive allemande sur Moscou.
Forces en Présence
Wehrmacht (Groupe d'armées Sud et éléments du Groupe Centre)
Commandant : Generalfeldmarschall Gerd von Rundstedt, General Heinz Guderian (2e Panzergruppe)
Armée rouge (Front du Sud-Ouest)
Commandant : Colonel-général Mikhaïl Kirponos (tué le 20 septembre)
« Kiev est le plus grand encerclement de l'histoire militaire : 665 000 prisonniers soviétiques capturés, un désastre qui faillit détruire l'Armée rouge. »
Contexte de la bataille de Bataille de Kiev
L'opération Barbarossa, lancée le 22 juin 1941, est la plus grande invasion terrestre de l'histoire. Plus de 3 millions de soldats allemands attaquent l'Union soviétique sur un front de 2 900 kilomètres. Le Groupe d'armées Centre fonce vers Moscou, le Groupe Nord vers Léningrad, et le Groupe d'armées Sud vers l'Ukraine et ses richesses agricoles et industrielles.
En Ukraine, le Groupe d'armées Sud du maréchal von Rundstedt progresse plus lentement que prévu. Le Front du Sud-Ouest soviétique, commandé par le colonel-général Kirponos, résiste avec acharnement dans la région de Kiev. La capitale ukrainienne, troisième ville de l'URSS, est un objectif politique autant que militaire pour Hitler, qui y voit un symbole de la conquête de l'Ukraine.
Début août 1941, la situation crée un débat stratégique majeur au sein du commandement allemand. Le chef d'état-major Franz Halder et le commandant du Groupe Centre, le maréchal von Bock, veulent poursuivre directement vers Moscou, estimant que la capitale soviétique est l'objectif décisif. Hitler, au contraire, ordonne de détourner le 2e Panzergruppe de Guderian vers le sud pour aider à encercler Kiev. Guderian lui-même s'oppose à cette décision, qu'il juge comme une perte de temps fatale.
Le 21 août 1941, Hitler tranche : Guderian descend vers le sud avec ses divisions blindées. Cette décision, l'une des plus controversées de la guerre, retarde l'offensive sur Moscou de quatre à six semaines. Staline, de son côté, refuse obstinément d'autoriser le repli du Front du Sud-Ouest derrière le Dniepr, malgré les supplications de ses généraux (dont Joukov, chef d'état-major général, qui est relevé de ses fonctions pour avoir insisté). Le dictateur soviétique considère l'abandon de Kiev comme politiquement inacceptable.
Le piège se referme méthodiquement. Le 2e Panzergruppe de Guderian descend du nord, tandis que le 1er Panzergruppe de Kleist monte du sud. Les deux pinces blindées convergent vers la ville de Lokhvitsa, à 200 kilomètres à l'est de Kiev, pour couper toute retraite aux armées soviétiques massées autour de la capitale ukrainienne.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Le mouvement d'encerclement débute véritablement fin août 1941. Le 2e Panzergruppe de Guderian, comprenant environ 500 chars et 100 000 hommes, pivote vers le sud depuis le secteur de Gomel. Il franchit la rivière Desna le 3 septembre et fonce vers le sud à travers les arrières du Front du Sud-Ouest soviétique.
Simultanément, le 1er Panzergruppe de Kleist, partant de la tête de pont de Krementchoug sur le Dniepr, avance vers le nord. Les deux colonnes blindées allemandes progressent à travers les vastes plaines ukrainiennes, contournant les concentrations soviétiques et détruisant les unités isolées qui tentent de barrer le passage.
Les commandants soviétiques locaux perçoivent le danger d'encerclement. Le général Kirponos et son chef d'état-major Touptchine demandent frénétiquement l'autorisation de se replier. Mais Staline, depuis Moscou, refuse catégoriquement toute retraite. La stavka (état-major soviétique) transmet des ordres contradictoires : tenir à tout prix tout en préparant des contre-attaques. Les tentatives soviétiques pour briser les pinces blindées allemandes échouent faute de réserves suffisantes et de coordination.
Le 15 septembre 1941, les pinces se referment. Le 2e Panzergruppe de Guderian et le 1er Panzergruppe de Kleist font jonction à Lokhvitsa, à 200 kilomètres à l'est de Kiev. Quatre armées soviétiques (la 5e, la 21e, la 26e et la 37e) se retrouvent encerclées dans une poche géante de plus de 200 kilomètres de diamètre.
À l'intérieur de la poche, la situation devient chaotique. Les communications entre les unités soviétiques sont coupées. Les dépôts de munitions et de carburant sont perdus. Les colonnes de soldats tentent de percer les lignes allemandes pour s'échapper, mais les divisions d'infanterie allemandes, qui suivent les blindés, referment méthodiquement le piège. L'aviation allemande, maîtresse du ciel, mitraille les concentrations de troupes et les convois soviétiques tentant de fuir.
Kiev tombe le 19 septembre après un siège de plusieurs semaines. Le général Kirponos, tentant de s'échapper avec son état-major, est tué le 20 septembre dans une embuscade près du village de Choumeïkovo. Son chef d'état-major, Touptchine, meurt avec lui. La destruction du commandement accélère la dislocation des forces encerclées.
Les combats dans la poche se poursuivent jusqu'au 26 septembre. Des groupes de soldats soviétiques, parfois plusieurs milliers, tentent des percées désespérées, souvent de nuit. Quelques dizaines de milliers parviennent à s'échapper, mais l'immense majorité est capturée ou tuée. Les chiffres sont écrasants : les Allemands revendiquent 665 000 prisonniers, 884 chars capturés ou détruits, 3 718 canons pris, et un butin matériel colossal.
Les conséquences historiques
La bataille de Kiev est le plus grand encerclement de l'histoire militaire. La destruction de quatre armées soviétiques et la capture de 665 000 prisonniers représentent un désastre stratégique d'une ampleur sans précédent. Le Front du Sud-Ouest soviétique est virtuellement anéanti ; il faudra des mois pour reconstituer ces forces.
Le sort des prisonniers est tragique. Les Allemands, qui n'ont pas prévu de capturer autant d'hommes, les parquent dans des camps improvisés en plein air. Sans nourriture adéquate, sans abri et sans soins médicaux, des centaines de milliers de prisonniers soviétiques meurent de faim, de froid et de maladie au cours de l'hiver 1941-42. Au total, sur les 5,7 millions de prisonniers de guerre soviétiques capturés durant le conflit, environ 3,3 millions périssent en captivité.
Cependant, la victoire de Kiev a un coût stratégique considérable pour l'Allemagne. Le détournement du 2e Panzergruppe de Guderian vers le sud a retardé l'offensive sur Moscou de quatre à six semaines. Quand l'opération Typhon (l'attaque sur Moscou) est finalement lancée le 2 octobre 1941, l'automne arrive avec ses pluies qui transforment les routes russes en bourbier (la raspoutitsa), puis l'hiver avec des températures descendant à -30 °C. L'offensive allemande s'enlise aux portes de Moscou en décembre 1941.
De nombreux historiens considèrent que la décision de Hitler de privilégier Kiev sur Moscou fut l'une des erreurs stratégiques les plus coûteuses de la guerre. Guderian et Halder estimèrent toujours que Moscou aurait pu être prise en septembre si les forces n'avaient pas été détournées vers le sud. D'autres historiens répliquent que laisser le Front du Sud-Ouest intact sur le flanc du Groupe Centre aurait créé un danger tout aussi grave. Le débat reste ouvert.
Le saviez-vous ?
Le maréchal Joukov, alors chef d'état-major général soviétique, avait averti Staline dès la fin juillet 1941 que Kiev devait être évacuée pour éviter un encerclement catastrophique. Staline entra dans une rage violente et releva Joukov de son poste de chef d'état-major, le rétrogradant au commandement du Front de réserve. Joukov, qui avait raison, fut réhabilité quelques semaines plus tard quand la catastrophe qu'il avait prédite se réalisa point par point. Ce fut l'un des rares cas où un général soviétique contredit Staline et survécut pour le raconter. Joukov devint ensuite le plus grand commandant soviétique de la guerre.
Généraux impliqués
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Questions fréquentes
Pourquoi Staline refusa-t-il d'évacuer Kiev malgré le danger d'encerclement ?
Staline refusa le repli pour plusieurs raisons. Politiquement, Kiev, troisième ville de l'URSS et capitale de l'Ukraine, avait une valeur symbolique immense. Staline craignait que l'abandon de Kiev ne démoralise le pays et n'encourage les nationalistes ukrainiens à collaborer avec les Allemands. Militairement, Staline sous-estimait la capacité de la Wehrmacht à mener un encerclement à si grande échelle et surestimait les capacités de contre-attaque de ses forces. Enfin, sa personnalité autoritaire rendait difficile toute remise en question de ses ordres.
Pourquoi la décision de Hitler d'attaquer Kiev plutôt que Moscou est-elle controversée ?
Les partisans de l'offensive directe sur Moscou (Guderian, Halder, Bock) estimaient que la prise de la capitale soviétique en septembre 1941, avant les pluies d'automne et l'hiver, aurait pu être décisive. Le détournement vers Kiev retarda l'opération Typhon de quatre à six semaines fatales. Les défenseurs de la décision de Hitler arguent que laisser 700 000 soldats soviétiques sur le flanc sud du Groupe Centre aurait créé un danger mortel. Ce débat stratégique reste l'un des plus discutés de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale.
Quel fut le sort des 665 000 prisonniers soviétiques capturés à Kiev ?
Le sort des prisonniers fut tragique. Les Allemands, qui n'avaient pas prévu un tel nombre de captifs, les enfermèrent dans des camps improvisés en plein air, sans abri, sans nourriture suffisante et sans soins médicaux. Des centaines de milliers moururent de faim, de froid et de maladie au cours de l'hiver 1941-42. La politique nazie considérait les prisonniers soviétiques comme des "sous-hommes" indignes de traitement humain. Au total, sur les 5,7 millions de prisonniers de guerre soviétiques de la guerre, environ 3,3 millions (58 %) périrent en captivité.